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Full text of "L'onanisme : dissertation sur les maladies produites par la masturbation"

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LIBRAIRIE  ALAIN  BRIEUX 

48,  rue  Jacob  .  75006  PARIS 
Tél.  260.21.98 


Inv.  No.^â&3 19  %:■ 

Case  No 


wm 


^ 


L'ONANISME, 

DISSERTATION 

SUR 

LES    MALADIES 

PRODUITES 

PAR  LA  MASTURBATION. 

Par  M.  TISSOT ,  Docteur  en  Médecine, 
de  la  Société  Royale  de  Londres  y  de 
V  Académie  Médico-Phyfique  de  Bajle  y  & 
de  la  Société  Economique  de  Berne. 

.QUATRIEME    ÉDITION 

Conjidérallement  augmentée. 
•s.,»—  . .      .-■■'',..  s         .  '    — a» 

Propuis  extinûum  viverc  criminibus.  Gall. 


A     LAUSANNE, 
Chez  Marc  Chapuis^et  Compagnie, 

M.    DCC.      L  X  I  X. 


< /s'il  î 


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/70 


J 


PREFACE. 


e  sentis  les  défauts  de  1  ori- 
ginal latin  de  ce  petit  Ouvrage 
en  le  compofant  ;  j'en  fis  mes  ex- 
cufes  ,  ôc  j'indiquai  mes  raifons 
de  juftîfication  dans  la  Préface. 
Ces  défauts  me  frappèrent  enco- 
re plus  vivement  après  Timpref- 
fion  ;  &  je  les  ai  trouvés  intolé- 
rables ,  en  examinant  une  tra- 
dudion  françoife  qu'on  défiroit 
que  jerevifle. 

Outre  beaucoup  d'obferva- 
tions  nouvelles  à  ajouter  ,  il  fal- 
loir remédier  à  des  fautes  d'or- 
dre confidérables  ,  &  donner 
une  jufte  étendue  à  des  articles 
qui  n'étoient  que  des  premiers 
linéaments  ,  prefque  incapables 
de  faire  faifir  ce  que  j'avois  vou- 
lu dire. 

Tant  decorre&ions  rendoient 
l'ouvrage  a  peu  près  neuf,    & 

aij 


iv       P  R  E  F  A  C  E. 

beaucoup  plus  long.  La  difficul- 
té d'exécuter  cette  entreprife  ea 
langue  vivante ,  &  tous  les  défa- 
gréments  qu'elle  entraînoit  ne 
m'échappèrent  pas.  Il  n'y  avoit 
qu'un  motif  auffi  puifîant  que 
celui  de  l'utilité ,  dont  cette  en- 
treprife y  bien  exécutée  (  c'eft 
fans  doute  dire  mieux  que  je  ne 
l'ai  fait  )  pouvoit  être  à  l'huma- 
nité ,  qui  pût  me  décider  ;  <3c 
c'eft  en  effet  le  feul  qui  m'ait  dé- 
cidé. Il  eft  trifte  de  s'occuper  des 
crimes  de  fes  femblables  ;  leur 
confédération  afflige  &  humilie  ; 
mais  il  eft  doux  defpérer  qu'où 
contribuera  a  diminuer  leur  fré- 
quence ,  &  a  adoucir  les  miferes 
qui  en  font  les  fuites. 

Ce  qui  a  rendu  ce  travail  beau- 
coup plus  pénible  qu'il  ne  l'eût 
été  fi  j'euîle  écrit  en  latin ,  c'eft 
1  embarras  d'exprimer  des  ima- 
ges dont  les  termes  &  les  expref- 
ïions  font  déclarées  indécentes 


P  R  É  F  AC  E.  v 
par  Tuf  âge.  Il  m'en  auroit  infi- 
niment coûté  s'il  eût  fallu  me 
difpenfer  de  cette  attention  ;  & 
cette  difpofîtion ,  dont  j'ofe  me 
glorifier,  m'a  rendu  le  travail 
moins  coûteux  qu'il  ne  l'auroit 
été  fî  malheureufement  elle  m'eût 
manqué;  cependant  je  l'ai  enco- 
re trouvé  hériffé  de  difficultés. 
J'ofe  afîurer  que  je  n'ai  négligé 
aucune  précaution  pour  donner 
k  cet  ouvrage  toute  la  bienféan- 
ce  dans  les  termes  dont  il  étoit 
fufceptible.  Il  y  a  des  écueils  in- 
séparables de  la  matière  ;  com- 
ment les  éviter?  Falloit-il  fe  tai- 
re fur  des  objets  aufli  impor- 
tants ?  Non  fans  doute.  Les  Au- 
teurs facrés  ,  les  Pères  de  TEgli- 
fe ,  qui  prefque  tous  écrivoient 
en  langues  vivantes  ,  les  Au- 
teurs Eccléfiaftiques ,  n'ont  pas 
cru  devoir  garder  le  lilence  fur 
les  crimes  obfcenes ,  parce  qu'on 
ne  pouvoit  pas  les  défigner  fans 

aiij 


vj  P  R  ÉFACE. 
mots.  J'ai  cru  devoir  fuivre  leur 
exemple  ;  &  j'oferai  dire  avec 
Saint  Auguftin  >  Si  ce  que  j'ai 
écrit  fcandalife  quelque  perfbnne 
impudique  ,  qu'elle  accufe  plutôt 
fa  turpitude  y  que  les  paroles  dont 
j'ai  été  obligé  de  me  Jervir  pour 
expliquer  ma  penféefur  la  généra- 
tion des  hommes.  J'efpere  que  le 
lecteur  pudique  &  Jage  me  pardon- 
nera aifément  les  exprefjlpns  que 
j'ai  été  obligé  d'employer.  J'ajou- 
terai ^  à  ce  que  dit  ce  faine  hom- 
me, que  j'efpere  mériter  la  re- 
connoifîance  &  l'approbation 
des  gens  vertueux  &  éclairés  5 
qui  connoiffent  la  turpitude  de 
l'Univers  ,  &  qui  loueront  >  fi- 
non  mes  fuccès  ,  au  moins  mon 
entreprife. 

Je  n'ai  pas  touché  ,  non  plus 
que  dans  la  première  édition  , 
la  partie  morale  ;  &  cela  par  la 
raiibn  d'Horace. 

•Quod  Medicorum  eft 


Promittunt  Medici. 


PRÉ  FACE.        vij 
Je  me  fuis  propofé  d'écrire  des 
maladies  produites  par  la  maf- 
turbation,  &  non  point  du  crime 
de  la  mafturbation  ;  neft-ce  pas 
d'ailleurs  aflezen  prouver  le  cri- 
me ,  que  de  démontrer  qu'elle 
eft  un  a£te  de  fuïcide.  Quand  on 
connoît  les  hommes ,  on  fe  per- 
suade aifément  qu'il  eft  plus  aifé 
de  les  détourner  du  vice  par  la 
crainte  d'un  mal  préfent ,    que 
par  des  raifonnements  fondés  fur 
des  principes    dont  on  n'a  pas 
allez  de  foin  de  leur  inculquer 
toute  la  vérité.  Je  me  fuis  appli- 
qué ce  qu'un  homme  y  dont  no- 
tre fiecle  fe  glorifiera  chez  la  pof- 
térité  la  plus  reculée  ,  fait  dire  à 
un  Religieux:  On  nous  fait  entre- 
prendre de  prouver  V utilité  de  la 
prière  à  un  homme  qui  ne  croit  pas 
ai  Dieu  ;  la  nécejjîté  du  jeûne  à  un 
autre  qui  a  nié  toute  fa  vie  l'im- 
mortalité de  Famé.     Uentreprife 
tjl  laborieufe ,  &  les  rieurs  ne  font 

a  iv 


v'iij      P  RÉ  FA  CE. 
pas  pour  nous  (i).  Marphurius 
doutoit  de  tout,    Scanardk  lui 
donna  des  coups  de  bâton  }  & 
il  crut. 

Ces  Zoïles  de  la  fociété  &  de 
la  littérature  >  qui  ne  font  rien  , 
&  qui  blâment  tout  ce  qu'on 
faitj  oferont  dire  que  cet  ouvra- 
ge eft  plus  propre  à  répandre  le 
vice  qu'à  l'arrêter ,  &  qu'il  le  fe- 
ra connoître  à  ceux  qui  l'igno- 
rent. Je  ne  leur  répondrai  point  ; 
on  s'avilit  en  leur  répondant. 
Mais  il  eft  des  âmes  foibles  , 
quoique  vertueufes  ,  fur  iefquel- 
les  ces  difcours  pourraient  faire 
impreffion  ;  je  leur  dois  cette  ré- 
flexion générale  ;  c'eft  que  mon 
livre  eft  à  cet  égard-là  dans  le 
cas  de  tous  les  livres  de  morale  : 
il  faut  les  interdire  tous  ,  fi  c'eft 
multiplier  un  vice  que  d'en  mon- 
trer les  dangers.  Les  Livres 
Saints ,  ceux  des  Pères  ,  ceux 
des  Cafuiftes  doivent  tous  être 

(i)  Lettres  Perfan.  49. 


PRÉ  F  A  CE.         ix 

prohibés  avant  le  mien.    Quelle 
eft  d'ailleurs  la  jeune  perfonne 
qui  s'avifera  de  lire  un  ouvrage 
lur   une    matière  de   Médecine 
dont  elle  ignore  le  nom  ?  Il  eft 
à  fouhaiter  qu'il  devienne  fami- 
lier aux   perfonnes   appellées  à 
diriger  l'éducation  ;  il  leurfer- 
vira  h  démêler  de  bonne  heure 
cette  déteftable  habitude  >  &  les 
mettra  à  même  de   prendre  les 
précautions     qu'elles     jugeront 
néceffaires  pour  en  prévenir  les 
fuites. 

Ceux  qui  n'entendent  pas  le 
latin  trouveront  peut-être  qivil 
y  a  trop  de  vers  en  cette  langue  ; 
je  leur  répondrai  qu  il  n'y  en  a 
point  qui  ne  foitlié  à  la  matière  , 
puifqu'il  n'y  en  a  aucun  qui  ne 
m'ait  été  ra  pelle  parla  chaîne  des 
idées.  J'ai  cependant  fait  en  forte 
par-tout  qu'on  pûtles  fauter  fans 
interrompre  le  fil  du  difcours. 
Ceux  qui  les  entendent  m'en  fçau- 
ront  gré  :  le  voyageur  au  milieu 


*  PRÉFACE. 
des  bruyères  eft  réjoui  par  la 
beauté  d'une  verdure.  Enfin  fi 
c'eft  un  tort ,  il  eft  léger  ;  &  dans 
un  ouvrage  auffi  ingrat^  on  peut 
permettre  ce  délaffement  à  l'Au- 
teur, S'il  n'y  en  a  pas  de  françois, 
ce  qui  auroit  été  plus  naturel  > 
c'eft  peut-être  la  faute  des  Poètes 
plutôt  que  la  mienne. 

Cet  ouvrage  au  refte  n'a  rien 
de  commun  avec  YOnania  An- 
glois  ,  quelefujet;  &  à  deux  pa- 
ges &  demi  près  que  j'en  ai  ti- 
rées ,  cette  rapfodie  ne  m'a  four- 
ni aucun  fecours.  Ceux  qui  li- 
ront les  deux  ouvrages  fentiront , 
j  efpere,  la  différence  totale  qu'il 
y  a  de  l'un  à  l'autre  :  ceux  qui  ne 
liront  que  celui-ci  auroient  pu 
être  trompés  par  le  rapport  des 
titres  y  &  portés  à  fuppofer  quel- 
que refïemblance  entre  les  deux 
livres  ;  heureufement  il  n'y  en  a 
aucune. 

Les  additions ausmiententcet- 
te  nouvelle  édition  ,  prefque  d'un 


P  R  Ê  FA  C  E.  xj 
tiers  y  &c  je  fouhaite  qu'elles  foient 
accueillies  favorablement  par  les 
perfonnes  qui  font  en  état  d'en 
juger.  L'on  me  fera  peut-être, , 
deux  objections  ;  Tune,  que  j'ai 
ajouté  un  grand  nombre  d'obier- 
varions  &  d'autorités  qui  ne  font 
prefque  que  des  répétitions  de 
cellçs  qui  fe  trouvoient  déjà  dans 
la  première  ;  l'autre  ,  que  dans 
quelques  endroits  je  fuis  trop  for- 
ti  de  mon  titre  ,  &  que  j'ai  envi- 
fagé  le  danger  des  plaifirs  de  l'a- 
mour fous  un  point  de  vue  géné- 
ral. Je  réponds  à  la  première  , 
que  dans  une  matière  comme 
celle-ci ,  où  l'on  doit  moins  ef- 
pérer  de  convaincre  par  des  rai? 
ions  ,  que  d'effrayer  par  des 
exemples  y  l'on  ne  peut  pas  trop 
en  accumuler.  Je  réponds  a  la  fé- 
conde ,i°.  que  quand  deux  ma- 
tières font  étroitement  liées , 
plus  on  veut  en  ifoler  une ,  & 
moins  bien  on  la  traite  ;  2°.  que 
j'ai  été  bien  aife  de  rendre  cet  ou- 


xij       P  R  Ê FA  CE. 

vrage  d'une  utilité  plus  générale. 
Quelqu'un  m'a  dit  que  c'eft  cet- 
te le&ure  qui  a  fait  horreur  à  un 
Profefleur  illuftre.  Je  ne  puis  pas 
le  croire  ;  mais  fi  le  fait  eft  vrai  , 
je  le  prie  de  vouloir  bien  lire  cet- 
te Préface  ,  fur  laquelle  il  n'a  voit 
fans  doute  pas  jette  les  yeux. 

En  écrivant  fur  l'Inoculation 
je  me  fuis  propofé  de  propager 
la  méthode  la  plus  propre  à  arrê- 
ter les  ravages  d'une  maladie 
meurtrière  ,  &  j'ai  la  fatisfa&ion 
d'avoir  opéré  au  moins  quelque 
bien  :  en  compofant  cet  ouvra- 
ge ,  j'ai  efpéré  d'arrêter  les  pro- 
grès d'une  corruption  plus  rava- 
geante peut-être  que  la  petite  vé- 
role; &  d'autant  plus  à  craindre, 
que  ,  travaillant  dans  les  ombres 
du  myftere,  elle  mine  fourde- 
ment,  fans  même  que  ceux  qui 
fontfes  vi&imesfe  doutent  de  fa 
malignité.  Il  étoit  important  de 
la  faire  connoître  ;  &  j'ai  actuel- 
lement plufieurs    rations   pour 


P  il  ÈFAC  E.     xiij 

croire  que  j'ai  eu  le  bonheur 
d'être  utile ,  que  les  yeux  de  la 
jeunefïè  fe  déiîillent ,  &  qu'elle 
apprendra  peu  à  peu  a  connoitre 
le  danger  en  même  temps  que  le 
mal  :  ce  feroit  un  des  plus  fûrs 
moyens  de  prévenir  cette  déca- 
dence dont  on  fe  plaint  dans  la 
nature  humaine  ,  &  peut-être 
de  lui  rendre  ,  dans  quelques  gé- 
nérations ,  la  force  qu'avoient 
nos  aïeux  ,  &  que  nous  ne  con- 
noiïîbns  plus  qu'hiftoriquement , 
ou  par  les  monuments  qui  nous 
en  relient.  Mais  pour  parvenir  à 
ce  butileflàfouhaiter  que  MM. 
les  Médecins  veuillent  bien  faire 
quelqu  attention  à  cette  caufe 
trop  négligée  jufques  à  préfent  ; 
j'en  ai  vu,  depuis  la  dernière  édi- 
tion de  cet  ouvrage,qui  croy oient 
que  j'en  avois  exagéré  les  dan- 
gers ,  &  m'afîuroient  qu'ils  n'a- 
voient  jamais  vu  de  maladies  oc- 
casionnées par  cette  caufe  ;  je 
puis  les  afTurer  ?  à  mon  tour ,  que 


::iv  PRÉFACE. 
le  mal  eft  plus  grand  encore  que 
je  ne  l'ai  peint,  qu'il  eft  extrême- 
mentfréquent,  &  qu'ils  ont  trai- 
té très-fouvent  des  malades  de  ce 
genre,  mais  fans  le  foupçonner, 
parce  que  cette  caufe ,  prefqu'o- 
mife  par  le  plus  grand  nombre 
des  auteurs,  nefe  préfentoit  pas 
à  leur  efprit.  Aujourd'hui  les 
coupables  que  la  refîemblance  de 
leurs  maux  avec  ceux  que  je  dé- 
cris dans  cet  ouvrage  ,  force  à 
s'en  avouer  la  caufe  ,  font  les 
premiers  à  l'indiquer,  &  bien- 
tôt tous  les  Médecins  pourront 
juger  fi  j'ai  eu  raifon. 

Veuille  celui  qui  peut  tout ,  ré- 
pandre fur  mes  vues  cette  béné- 
diction ,  fans  laquelle  nos  foi- 
bles  travaux  ne  peuvent  rien  ! 
Paul  plante  ,  Apollos  arrofe  , 
c'eft  Dieu  qui  donne  Paccroif- 
fement. 

A  Laufanne  le  ij  Mai  iy68. 


Uès.z&y^Zêsu.. 


^==±=i^gjfe 


TABLE 

DES     ARTICLES. 
Introduction,        page  i 

ARTICLE    PREMIER. 

Les    Symptômes. 

Section.  I.  Tableau  tire  des  Ouvrages  des 
Médecins.  6 

Sect.  II.  Obfervations  communiquées ,  24 
Sect.  III.  Tableau  tiré  de  /'Onania  ,  27 
Sect.  IV.  Obfervations  de  l'Auteur  5  3  3 
Sect.  V.  Suites  de  la  majlurbation  che^ 
les  femmes  y  60 

ARTICLE     IL 
Les     Causes. 

Sect^  VI.  Importance  de  la  liqueur  fémi- 
nale  5  70 

Sect.  VIL  Examen  des  circonstances 
qui  accompagnent  témijjion  ,        83 

Sect,  VIIL  Caitfes  de  danger  y  particu- 
lières à  la  majlurbation  9  103 


TABLE. 

■  ■  -  -  - 

ARTICLE     III. 
La    Curation. 

Sbct.  IX.  Moyens  de  guéri/on  propofés 


par  les  autres  Médecins  , 

125 

Sect.  X.  Pratique  de  V Auteur , 

145 

L'air , 

148 

Les  aliments  3 

*54 

Le  fommeil , 

177 

Les  mouvements , 

182 

Les  évacuations , 

184 

Les  payions  , 

188 

Les  remèdes  , 

191 

ARTICLE     17. 

Ma  ladies    Analogues. 

Sect.  VI.  Les  pollutions  nocturnes ,  izS 

Digrejjïcns  fur  les  maladies  occajîon- 

nées  par  trop  de  femence ,  231 

Sect.  XII .  Goncrrhce  jimple  ,  255 

Fin  de  la  Table. 

ESSAI 


ç  'Ht 

*  *       «s*v    "£  XXXXXXX    Il      -J»        «  * 

4.i,«  Jt  «  ^^»? XX*  *  «  XXX\»é^>     «  Jf.  «  at 

8N= —  & 


ESSAI 

SUR 

LES    MALADIES 

PRODUITES 

PAR  LA  MASTURBATION. 

INT  RO  DUCTIO  N. 

JN  os  corps  perdent  continuellement; 
&  fi  nous  ne  pouvions  pas  réparer  nos 
pertes ,  nous  tomberions  bientôt  dans 
une  foiblefTe  mortelle.  Cette  réparation 
fe  fait  par  les  aliments  ,  mais  ces  ali- 
ments doivent  fubir  dans  nos  corps  dif- 
férentes préparations  ,  que  ion  com- 
prend fous  le  nom  de  nutrition.  Dès 
qu  elle  ne  fe  fait  pas,  ou  qu  elle  fe  fait 

A 


2  L5  O  N  A  N  I  S   M  E. 

mal  5  tous  ces  aliments  deviennent  inu- 
tiles ,  &  n'empêchent  pas  qu'on  ne  tom- 
be dans  tous  les  maux  que  l'épuifement 
entraîne.  De  toutes  les  caufes  qui  peu- 
vent empêcher  la  nutrition ,  il  n'y  en  a 
peut-être  point  de  plus  commune  que 
les  évacuations  trop  abondantes. 

Telle  eft  la  fabrique  de  notre  ma- 
chine >  &  en  général  des  machines  ani- 
males ,  que  ,  pour  que  les  aliments  ac- 
quièrent ce  degré  de  préparation  né- 
ceffaire  pour  réparer  le  corps ,  il  faut 
qu'il  refte  une  certaine  quantité  d'hu- 
meurs déjà  travaillées,  naturalifées  ,  (î 
Ton  veut  me  permettre  ce  terme.  Si 
cette  condition  manque  ,  la  digeftion 
&  la  co&ion  des  aliments  refte  impar- 
faite y  Se  d'autant  plus  imparfaite  5  que 
l'humeur  qui  manque  eft  plus  travail- 
lée ,  &  d'une  plus  grande  importance. 

Une  nourrice  robufte  ,  qu'on  tueroit 
en  lui  tirant  quelques  livres  de  fang 
dans  vingt-quatre  heures  ,  peut  fournir 
la  même  quantité  de  lait  à  ion  enfant  , 
quatre  ou  cinq  cents  jours  de  fuite  fans 
en  être  fenfiblement  incommodée  ,  par- 
ce que  le  lait  eft  de  toutes  les  humeurs 
la  moins  travaillée  \  c'eft  une  humeur 
qui  eft  prefqu'encore  étrangère,  au  lieu 


l  Onanisme.  j 

que  le  fang  efl:  une  humeur  elfentielle. 
Il  en  eft  une  autre  ,  la  liqueur  féminale, 
qui  influe  fi  fort  fur  les  forces  du  corps  , 
&  fur  la  perfedion  des  digeftions  qui 
les  réparent ,  que  les  Médecins  de  tous 
les  fiecles  ont  cru  unanimement  que  la 
perte  d'une  once  de  cette  humeur  aflfoi- 
blifïoit  plus  que  celle  de  quarante  onces 
de  fang.  L'on  peut  fe  faire  une  idée 
de  fon  importance  y  en  obfervant  les 
effets  qu'elle  opère  dès  qu'elle  com- 
mence à  fe  former  ;  la  voix  ,  la  phyfio- 
nomie  ,  les  traits  même  du  vifage  chan- 
gent \  la  barbe  paroît  \  tout  le  corps 
prend  fouvent  un  autre  air,  parce  que 
les  mufcles  acquièrent  une  groffeur  Se 
une  fermeté  qui  forment  une  différence 
fenfîble  entre  le  corps  d'un  adulte  8c 
celui  d'un  jeune  homme  qui  n'a  pas 
paffé  la  puberté.  L'on  empêche  tous  ces 
développements  en  emportant  l'organe 
qui  fert  à  la  féparation  de  la  liqueur 
qui  les  produit  ;  &  des  obfervations 
vraies  prouvent  que  l'amputation  des 
tefticules ,  dans  1  âge  de  la  virilité  y  a 
procuré  la  chute  de  la  barbe  >  &  le 
retour  d'une  voix  enfantine  (i).  Peut- 

(i)  Boerhaave  ,   praelecliones  ad  inflitut  §.  65$  , 
t.  j  ,  p.  444  ,  edit.  Goett. 

Ai) 


4  L*  O  N  A  N  I  S  M  E. 

on  douter  ,  après  cela ,  de  la  force  de 
fou  action  fur  tout  le  corps ,  &  ne  pas 
fentir  par-là  même  ,  combien  de  maux 
doit  procurer  la  profufion  d'une  hu- 
meur fi  précieufe  ?  Sa  deftination  dé- 
termine le  feul  moyen  légitime  de 
l'évacuer.  Les  maladies  en  procurent 
quelquefois  l'écoulement.  Elle  peut  fe 
perdre  involontairement  dans  des  fon- 
ges  lafcifs.  L'auteur  de  la  Genefe  nous 
a  laifle  Fhiftoire  du  crime  d'Onan, 
fans  doute  pour  nous  tranfmettre  celle 
de  fon  châtiment  ;  &  nous  apprenons 
par  Galicn  ,  que  Diogene  fe  fouilla  en 
commettant  le  même  crime. 

Si  les  dangereufes  fuites  de  la  perte 
trop  abondante  de  cette  humeur  ne 
dépendoient  que  de  la  quantité  ,  ou 
étoient  les  mêmes  à  quantité  égale  ,  il 
importeroit  peu,  relativement  au  phy- 
fîque ,  que  cette  évacuation  fe  fit  de 
Tune  ou  de  l'autre  des  façons  que  je 
viens  d'indiquer.  Mais  la  forme  fait  ici 
autant  que  le  fond ,  qu'on  me  permette 
encore  cette  expreflïon  ,  mon  fujet  au- 
torife  des  licences  de  cette  efpece.  Une 
quantité  trop  conlidérable  de  femence 
perdue  dans  les  voies  de  la  nature  jette 
dans  des  maux  très-fâcheux  j  mais  qui 


l'Onanisme.  5 

le  font  bien  davantage  ,  quand  la  même 
quantité  a  été  diiïïpée  par  des  moyens 
contre-nature.  Les  accidents,  que  ceux 
qui  s'épuifent  dans  un  commerce  na- 
turel éprouvent,  font  terribles  :  ceux 
que  la  mafturbation  entraîne  ,  le  font 
bien  plus.  Ce  font  ces  derniers  qui  font 
proprement  l'objet  de  cet  ouvrage  } 
mais  la  liaifon  intime,  qu'ils  ont  avec 
les  premiers  ,  empêche  d'en  féparer  le 
tableau.  C'eft  ce  tableau  commun  qui 
formera  mon  premier  article  :  il  fera 
fui  vi  de  l'explication  des  caufes ,  fécond 
article  dans  lequel  j'expoferai  celles  qui 
rendent  les  fuites  de  la  mafturbation 
plus  dangereufes  :  les  moyens  de  gué- 
rifon  ,  &  des  remarques  fur  quelques 
maladies  analogues  finironc  l'ouvrage. 
Je  joindrai  par-tout  les  obfervationsdes 
meilleurs  auteurs  à  celles  que  j'ai  faites 
moimême. 


Mi? 


Aiij 


L5  O  N  A  N  î  S  M  E. 


taaBaemaBaassnEŒia 


ARTICLE     PREMIER. 
Les  Symptômes. 

SECTION    PREMIERE. 

Tableau  tiré  des  ouvrages  des  Médecins. 


H 


ippocrate,  le  plus  ancien  & 
le  plus  exadt  des  obfervateurs  ,  a  déjà 
décrit  les  maux  produits  par  l'abus  des 
plaifirs  de  l'amour  >  fous  le  nom  de 
confomption  dorfalc  (î).  »  Cette  ma- 
»  ladie  naît ,  dit-il  ,  de  la  moelle  de 
»  l'épine  du  dos.  Elle  attaque  les  jeunes 
53  mariés  ou  les  libidineux.  Ils  n'ont 
33  pas  de  fièvre}  &c  quoiqu'ils  mangent 
«  bien ,  ils  maigrilîent  &c  fe  confu- 
33  ment.  Ils  croient  fentir  des  fourmis 
»  qui  defeendent  de  la  tête  le  long  de 
»  F  épine.  Toutes  les  fois  qu'ils  vont 
33  à  la  felle  ,  ou  qu'ils  urinent ,  ils  per- 
39  dent  abondamment  une  liqueur  fé- 
3o  minale  très-liquide.  Ils  font  inhabi- 
>3  les  à  la  génération ,  ôc  ils  font  fouvent 

(î)  De  morbis  ,  lib.  II  ,  c,  XLIX  7  Foef.  p.  47p. 


I    O  N  A  N  I   S  M  E.  7 

«  occupés  de  l'a6te  vénérien  dans  leurs 
>■>  fonges.  Les  promenades,  fur-tout 
»  dans  les  routes  pénibles  ,  les  effouf- 
>5  fient ,  les  affoiblifTent ,  leur  procurent 
»des  pefanteurs  de  tête  >  &  des  bruits 
«  d'oreille  j  enfin  une  fièvre  aiguë  (  Li- 
»  pyria  )  termine  leurs  jours  «.  Je  par- 
lerai dans  un  autre  endroit  de  cette 
efpece  de  fièvre. 

Quelques  Médecins  ont  attribué  à 
la  même  caufe  ,  Se  ont  appelle  féconde 
confomption  dorfalc  d ' Hippocrate  ,  une 
maladie  qu'il  décrit  ailleurs  (i),  &c 
qui  a  quelque  rapport  avec  cette  pre- 
mière. Mais  la  confervation  des  for- 
ces ,  qu'il  fpécifie  particulièrement  , 
me  paroît  une  preuve  convaincante 
que  cette  maladie  ne  dépend  point  de 
la  même  caufe  que  la  première.  Elle 
paroît  plutôt  être  une  affe&ion  rhuma- 
tifmale. 

»  Ces  plaifirs  ,  dit  Cclfi  dans  fort 
»  excellent  livre  fur  la  confervation 
»  de  la  fanté  ,  nuifent  toujours  aux 
»  perfonnes  foibles ,  &  leur  fréquent 
«  ufage  affoiblit  les  forts  «  (2). 

L'on  ne  peut  rien  voir  de  plus  ef- 

(1)  De  glandulis ,  Foëf.  p.  275. 

\i)  De  re  medicâ ,  lib.  I ,  cap.  IX  U  T. 

Aiv 


8  l  Onanisme. 

frayant ,  que  le  tableau  opAreue  nous  a 
lai(Te  des  maux  produits  par  une  trop 
abondante    évacuation     de    femence. 
*<  Les  jeune  gens,  dit-il  9  prennent  & 
»  l'air  &  les  infirmités  des  vieillards  ; 
»  ils  deviennent  pâles  ,  efféminés  ,  en- 
»  gourdis ,  pàreffeux  ,    lâches  ,  ftupi- 
35  des  &  même  imbécilles  ;  leurs  corps 
»  fe  courbent ,    leurs  jambes  ne  peu- 
*>  vent  plus  les  porter ,  ils  ont  un  dé- 
fi goût   général ,  ils  font    inhabiles  à 
»  tout  \  pluiîeurs  tombent  dans  la  pa- 
«  ralyfie  »  (i).   Dans  un  autre  endroit 
il  met  les  plaifirs  de  l'amour  dans  le 
nombre  des  fix  caufes  qui  produifent 
la  paralyfie  (  i  ). 

G  aliéna,  vu  la  même  caufe  occafîon- 
ner  des  maladies  du  cerveau  Se  des 
nerfs,  &  détruire  les  forces  (3)  ;  &  il 
rapporte  ailleurs  ,  qu'un  homme  qui 
n'étoit  pas  tout-à-fait  guéri  d'une  vio- 
lente maladie  ,  mourut  la  même  nuit 
qu'il  paya  le  tribut  conjugal  à  fa  femme 
Pline  le  Naturalifte  nous  apprend 
que  Cornélius  Gallus  ,  ancien  Préteur  , 
&c  Titus  JEtherius ,  Chevalier  Romain, 

(  1  )  De  (îgnis  &  cauf.  diut.  morb.  1.  II  ,  c.  V. 
(i)  L.  I  ,  c.  VII  ,   p.  54  ,  edit.  Boerhaave. 
(jjComm.  rert.  in  lib.  III.   Hip.  de  raorb.  yulg., 
oper.  omn,  t.  III ,  p.  5  S  5.. 


l  Onanisme,  9 

moururent  dans  l'ade  même  du  coït(i). 

«L'eftomac  fe  dérange,  è\tAètws% 
»  tout  le  corps  s'affoiblit ,  l'on  tombe 
»  dans  la  pâleur ,  la  maigreur  ,  le  def  \ 
»  féchement  ,  les  yeux  fe  cavent»  (2). 

Ces  témoignages  des  anciens  les  plus 
refpe&ables  font  confirmés  par  ceux 
d'une  foule  de  modernes.  Sanclorius  , 
qui  a  examiné  avec  le  plus  grand  foin 
toutes  les  caufes  qui  agifTent  fur  nos 
corps ,  a  obfervé  que  celle  -  ci  affoi- 
bliflToit  Teftomac  ,  ruinoit  les  digef- 
tions  ,  empêchoit  Tinfenfible  tranfpi- 
ration  dont  les  dérangements  ont  des 
fuites  fi  fâcheufes ,  produifoit  des  cha- 
leurs de  foie  &  de  reins ,  difpofoit  au 
calcul ,  diminuoit  la  chaleur  naturelle , 
&  entraînoit  ordinairement  la  perte 
ou  PafFoibliflTement  de  la  vue  (3). 

Lommius,  dans  fes  beaux  commen- 
taires fur  les  paflTagesde  Celfe,  que  j'ai 
cité  ,  appuie  le  témoignage  de  fon  au- 
teur par  fes  propres  obfervations.  *  Les 
»  émiflïons  fréquentes  de  femence  re- 
j>  lâchent,  deflechent  ,  affoibliffent, 
»  énervent,    &  produisent  une  foule 


(i)Hiftoriamundi,  Lib.  VII ,   c  LUI  ,  p.  124. 

(i)Tetrab.  III,   Serm.  III  ,   c.  XXXIV. 

(3)  Med.  ftatic.  fe&.  6 ,  aph.  if ,  19  ,  11 ,  13  &  24. 

Av 


10  l'  O  N  A  N  I  S  M  E, 

»  de  maux  }  des  apoplexies  ,  des  léthar- 
y  gies,  des  épilepfies  >  des  afTbupifle- 
»  ments  3  des  pertes  de  vue  ,  des  trem- 
»blements,  des  paralyfies,  des  fpaf- 
j>  mes ,  &  toutes  les  efpeces  de  gouttes 
»les  plus  douloureufes  >?  (i). 

L'on  ne  lit  point  fans  horreur  ladef- 
cription  que  nous  a  laifTée  Tulpius  ,  ce 
célèbre  Bourg  -  meftre  &  Médecin 
d'Amfterdam  :  »  Non- feulement ,  dit- 
»  il  3  la  moelle  de  l'épine  maigrit  5  mais 
*>tout  le  corps  &  l'efprit  languiflent 
3>  également  \  l'homme  périt  miféra- 
w  blement.  Samuel  Vtrfpraius  fut  atta- 
»  que  d'une  fluxion  d'une  humeur  excef- 
»  fivement  acre  qui  fe  jetta  d'abord  fur 
»  le  derrière  de  la  tête  ôt  la  nuque  \  elle 
w  paflfa  de-là  fur  l'épine  ,  les  lombes, 
55  les  flancs  &  l'articulation  de  la  cuifle , 
55  &  fit  fouffrir  à  ce  malheureux  des 
»  douleurs  fi  vives ,  qu'il  devint  tout- 
55  à  fait  défiguré,  &:  tomba  dans  une 
*  petite  fièvre  qui  le  confumoit,  mais 
55  pas  aflez  vite  à  fon  gré  -y  Se  fon  état 
»  étoit  tel ,  qu'il  invoqua  plus  d'une 
»  fois  la  mort ,  avant  qu'elle  vint  far- 
55racher  à  fes  maux»  (2). 


a 


Comment,  de  fanit.  tuend.  p.  m.  37. 
Obf.Med.I.  111,  c.  XXIV. 


l'  Onanisme  ii 

Rien,  dit  un  célèbre  Médecin  de 
Louvain  ,  n'affoiblit  autant  ,  &  n'abrè- 
ge autant  la  vie  (i). 

Blancard  a  vu  des  gonorrhées  (im- 
pies ,  des  confomptions ,  des  hydropi- 
iies  qui  dépendoient  de  cette  caufe  (2)  ; 
&  Muys  a  vu  un  homme  encore  d'un 
bon  âge  attaqué  d'une  gangrené  fponta- 
née  du  pied,  qu'il  attribuai  des  excès 
vénériens  (5). 

Les  mémoires  des  Curieux  de  la 
Nature  parlent  d'une  perte  de  vue  : 
l'obfervation  mérite  d'être  rapportée 
en  entier.  L'on  ignore  ,  dit  l'auteur  3 
quelle  fympathie  les  tefticules  ont  avec 
tout  le  corps  ,  mais  fur  -  tout  avec  les 
yeux.  Salmuûhzvxxxxn  fçavant  hypocon- 
driaque devenir  fou  ,  &un  autre  hom- 
me fe  deffécher  fi  prodigieufement  le 
cerveau  ,  qu'on  l'entendoit  vaciller 
dans  le  crâne  ;  l'un  &  l'autre  pour  s'être 
livrés  à  des  excès  du  même  genre.  J'ai 
vu  moi-même  un  homme  de  cinquante- 
neuf  ans  qui ,  trois  femaines  après  avoir 
époufé  une  jeune  femme  >  tomba  tout- 

(1)  Zypaeus  ,  fundam.  meJîc,  Part.  II ,  arc.  C. 
(1)  Inftit.  medic.  Fart.  II,   c,  XXVIII. 
(3)  Praxis  chirurgica  ,  Decur.  I ,  obf.  4. 

Avj 


1 Z  L5  O  N  A  M   I  S  M  £ . 

à  coup  dans  l'aveuglement,  &  mourut 
au  bout  de  quatre  mois  (i). 

»  La  trop  grande  diffipation  des  ef- 
*>  prits  animaux  affoiblit  l'eftomac  ,  ôte 
m  l'appétit  y  &c  la  nutrition  n'ayant  plus 
55  lieu  ,  le  mouvement  du  cœur  s'afFoi- 
35  blit,  toutes  les  parties languiflent, 
»  Ton  tombe  même  dans  l'épilepfîe  *(  i). 
Nous  ignorons,  il  eft  vrai,  fi  les  ef- 
prits  animaux  &  la  liqueur  génitale 
font  la  même  chofe }  maisl'obfervation; 
nous  a  appris  ,  comme  on  le  verra  plus 
bas  >  que  ces  deux  fluides  ont  une  très- 
grande  analogie  ,  &  que  la  perte  de 
l'un  ou  de  l'autre  produit  les  mêmes 
maux.  yi.Hoffman  a  vu  les  plus  fâcheux 
accidents  fuivre  la  diffipation  de  la  fe- 
mence.  «  Après  de  longues  pollutions 
m  nofturnes ,  dit-il ,  non-feulement  les 
55  forces  fe  perdent ,  le  corps  maigrit , 
3>  le  vifage  pâlit  \  mais  de  plus  la  mé- 
»  moire  s'affoiblit,  une  fenfation  con- 
»  timielle  de  froid  faifit  tous  les  mem- 
»  bres,  la  vue  s'obfcurcit  ,  la  voix  de- 
«  vient  rauque  (  $  )  :  tout  le  corps  fe 


(1)  Decur.  II ,  ann.  Ç  ,  Append.  obfecv.  8$  ,  p.  jtf. 
(1)  Schelammer.,  aïs  medendi  univerfa.  Lib.  II. 
fett     I  ,  c.  IV  ,  $.  13. 
(3)  Confulc.  Ceatt  z  &  }>  Caf.  102,  T,  ILI,p.  1^3, 


l'Onanisme,  15 

«  détruit  peu-à-peu  ,  le  fommeil  trou- 
»  blé  par  des  rêves  inquiéranrs  ne  répare 
»  point ,  &  Ton  éprouve  des  douleurs 
»  femblables  à  celles  qu'on  reflent  après 
»  qu'on  a  été  meurtri  par  des  coups  »(  1  ). 
Dans  une  confultation  pour  un  jeune 
homme  qui ,  entr'autres  maux ,  s'étoit 
attiré  par  la  mafturbation  une  foiblefïe 
totale  des  yeux  ,  il  dit  n  qu'il  a  vu 
«  plufieurs  exemples  de  gens  qui ,  me- 
»  me  dans  l'âge  fait,  c'eft-à-dire  quand 
»  le  corps  jouit  de  toutes  fes  forces  > 
»  s'étoient  attiré  non  -  feulement  des 
«  rougeurs  &  des  douleurs  extrême*- 
»  ment  vives  dans  les  yeux ,  mais  en- 
"  core  une  fi  grande  foiblelfe  de  vue, 
»  qu'ils  ne  pouvoient  lire  ni  écrire 
»  quoi  que  ce  foit.  J'ai  même  vu  , 
»  ajoute- t-il,  deux  gouttes  fereines  pro- 
»  duites  par  cette  caufe  «  (2).  L'on 
verra  avec  plaifir  Phiftoire  même  de 
la  maladie  qui  donna  lieu  à  cette  con- 
fultation. »  Un  jeune  homme  s'étant 
»  livré  à  la  mafturbation  à  l'âge  de 
»  quinze  ans ,  8c  l'ayant  exercée  très- 
»  fréquemment  jufqu'à  vingt  -  trois  , 
m  tomba  pendant  cette  période  dans 

(1)  Même  endroit ,  Caf.  105, 
(1)  Même  endroit ,  Caf.  103* 


14  l'Onanisme, 

55  une  fï  grande  foibleffe   de  tête   & 
»  des  yeux ,  que  fouvent  ces  derniers 
*>  étoient  faifis  de  violents  fpafmes  dans 
»  le  temps  de  Pémifîion  de  la  femence. 
*>  Dès  qu'il  vouloit  lire  quelque  chofe  , 
»  il  éprouvent  un  étourdi(Tement  fem- 
«  blable  à  celui  de  l'ivreffe  ;  la  pupille 
w  fe  dilata  extraordinairement;  il  fouf- 
55  froit  dans  l'œil  des  douleurs  exceffi- 
55  ves }  les  paupières  étoient  très-pefan- 
55  tes ,  elles  fe  colloient  toutes  les  nuits  j 
»  fes  yeux  étoient  toujours  baignés  de 
»  larmes  ,  &  il  s'armfïoit  dans  les  deux 
m  coins,  qui  étoient  très-douloureux  , 
»  beaucoup. d'une  matière  blanchâtre. 
*>  Quoiqu'il  mangeât   avec  plaifir  ,  il 
s©  étoit  réduit  à  une  extrême  maigreur  ; 
55  &  dès  qu'il  avoit  mangé  ,  il  tomboit 
*>  dans  une  efpece  d'ivreffe  -.  Le  mê- 
me auteur   nous  a  confervé   une  au- 
tre obfervation  dont   il   avoit   été  le 
témoin  oculaire  ,  &  que  je  crois  de- 
voir placer  ici.  *j  Un  jeune  homme  de 
»  dix -huit  ans,  qui  s'étoit  livré  fré- 
55  quemment  à  une  fer  van  te  ,  tomba 
55  tout  à  coup  en  foibleiTe  avec  un  trem- 
33  blement  général  de  tous  les  mem- 
55  bres ,  le  vifage  rouge  &  le  pouls  très- 
55  foible.  On  le  tira  de  cet  état  au  bout 


i/  Onanisme.  15 

m  d'une  heure ,  mais  il  refta  dans  une 
»  langueur  générale.  Le  même  accès 
i>  revenoit  très-fréquemment  avec  une 
s>  très-forte  angoifle,  &  lui  procura  au 
»  bout  de  huit  jours  une  contraction 
o>  &  une  tumeur  du  bras  droit ,  avec 
»  une  douleur  au  coude  qui  redoubloit 
«  toujours  avec  l'accès.  Le  mal  alla 
»j  pendant  long  temps  en  augmentant, 
»  malgré  beaucoup  de  remèdes  :  enfin 
m  M.  Hoffman  le  guérit  (  1  ). 

M.  Boerhaave  peint  ces  maladies 
avec  cette  force  &  cette  précifion  qui 
cara&érifent  tous  fes  tableaux.  »  La 
»  .trop  grande  perte  de  femence  pro- 
m  duit  la  laffitude  ,  la  débilité  5  l'im- 
•*  mobilité  ,  des  convulfions  ,  la  mai- 
»  greur  ,  le  deiféchement,  des  douleurs 
>3  dans  les  membranes  du  cerveau  } 
»  émouiTe  les  fens ,  &  fur-tout  la  vue  ; 
35  donne  lieu  à  la  confomption  dorfale  , 
»  à  l'indolence ,  Se  à  diverfes  maladies 
»  qui  ont  de  la  liaifon  avec  celles- 
»  là  «  (  1  ). 

Les  observations  que  ce  grand  hom- 
me communiquoit  à  fes  auditeurs  ,  eu 

J[\)  De  moi  bis  ex  nimiâ  venere  ,  $.  18  ,  oper.  omn. 
fuppl.  fecund.  pars  prim.  p.  406. 

(i)  Initituc.  §,  776  de  la  trad.  de  M.   D.  L.  M. 


iC  l'Onanisme, 

leur  expliquant  cet  aphorifme,  &  qui 
portent  fur  les  différents  moyens  d'é- 
vacuations, ne  doivent  pas  être  omifes. 
m  J'ai  vu  un  malade  dont  la  maladie 
>5  commença  par  une  lafîîtude  Se  une 
55  foiblefTe  dans  tout  le  corps,  fur-tout 
3>  vers  les  lombes  ;  elle  fut  accompa- 
»  gnée  du  jeu  des  tendons ,  de  fpafmes 
33  périodiques  &  de  la  maigreur  ,  de 
3>  manière  à  détruire  tout  le  corps  :  il 
»  fentoit  aufïi  de  la  douleur  dans  les 
»  membranes  même  du  cerveau ,  dou- 
ai leur  que  les  malades  nomment  ar- 
j>  deur  feche  >  qui  brûle  continuelle- 
»  ment  en  dedans  les  parties  les  plus 
w  nobles* 

»  J'ai  vu  auffi  un  jeune  homme  atta- 
33  que  de  la  confomption  dorfale.  Il 
»  étoit  d'une  fort  jolie  figure  ,  &  mal- 
»  gré  qu'on  l'eût  fouvent  averti  de  ne 
3>  fe  point  trop  livrer  au  plaifir ,  il  s'y 
33  livra  néanmoins ,  &  il  devint  fi  dif- 
»  forme  avant  fa  mort ,  que  cette  grof- 
33  feur  charnue ,  qui  paroît  au-de(Tus 
»  des  apophyfes  épineufes  des  lombes , 
m  s'étoit  entièrement  affailTée.  Le  cer- 
»  veau  même  dans  ce  cas  paroît  être 
33  confumé  }  en  effet ,  les  malades  de- 
t>  viennent  ftupides.  Ils  deviennent  fi 


l'Onanisme.  iy 

»  roides  ,  que  je  n'ai  point  vu  une  aufïï 
»  grande  immobilité  du  corps  produite 
»  par  une  autre  caufe.  Les  yeux  même 
»  font  fi  hébétés  qu'ils  n'ont  plus  la 
»  facilité  de  voir  «  (  i  ). 

M.  de  Scnac  peignoit  5  dans  la  pre- 
mière édition  de  fes  effais,  les  dangers 
de  la  mafturbation  ,  &  annonçoit  aux 
vi&imes  de  cette  infamie  toutes  les 
infirmités  de  la  vieillefle  la  plus  lan- 
guiffante ,  à  la  fleur  de  leur  âge.  L'on 
peut  voir  dans  les  éditions  fuivantes 
les  raifons  de  la  fuppreflîon  de  ce  mor- 
ceau ,  &  de  quelques  autres. 

M.  Lndwig  ,  en  décrivant  les  maux 
qui  furviennent  aux  évacuations  trop 
abondantes  ,  n'oublie  pas  la  fpermati- 
que.  »  Les  jeunes  gens  de  l'un  ou  de 
»  l'autre  fexe  ,  qui  fe  livrent  à  la  lafci- 
35  veté ,  ruinent  leur  fanté  en  diflîpant 
m  des  forces  qui  étoient  deftinées  à 
35  amener  leur  corps  à  fon  point  de  plus 
»  grande  vigueur  5  &  enfin  ils  tombent 
>3  dans  la  confomption  «  (  x  ). 

M.  de  Gorter  donne  un  détail  des 
accidents  les  plus  triftes,  dépendants  de 
cette  caufe ,  mais  il  feroit  trop  long  de 

(0  Comment,  fur  le  même  endroit ,  T.  VII ,  p»  1 14* 
(i)  Inftituc.  Phyfiol.  §.  870  ôc  Zju 


18  l'Onanism  e. 

le  copier  :  je  renvoie ,  à  fon  ouvrage 
même ,  tous  ceux  qui  entendent  la  lan- 
gue dont  il  s'eft  fervi  (  i  ). 

Le  D.  N.  Robinfon ,  dans  fon  ou- 
vrage fur  la  confomption  (z)  9  a  mis  un 
aflfez  long  chapitre   très-bien  fait  fur 
la  confomption  dorfale,  que  je  ne  puis 
point  inférer  ici.  La  conftipation  .>  la 
trifteflfe  ,  la  crainte  de  ne  jamais  guérir 
lors  même  que  la  guérifon  eft  affurée  , 
la  douleur  fixe  à  la  croifée  des  reins  , 
la  grande  foiblefle  ,  les  douleurs  pa(Ta- 
geres  de  toutes  les  articulations,  TafFoi- 
bliflTement   des  facultés  &  des   fens  , 
les  pollutions  nodturnes  ,  la  gonorrhée 
fimple  ,  font  les  caractères  qui  ,  fui- 
vant  lui,  diftinguent  cette  efpece  des 
autres  (  5  ). 

Après  avoir  rapporté  la  defcription 
de  la  confomption  dorfale  &Hippo~ 
cratc ,  telle  qu'on  l'a  lue  plus  haut, 
M.  vu7i  Swictcn  ajoute  :  »  J'ai  vu  tous 
»  ces  accidents  ^  &c  plufîeurs  autres  , 
«>  dans  les  malheureux  qui  s'étoient 
»  livrés  à  de  honteufes  pollutions.  J'ai 
»  employé   inutilement  pendant  trois 

(1)  Deinfenfibil.  perfp.  cap.   uk. 
f  1)  -A  ntw  Method  of  treating  confumptions  ,    &C. 
Lond.  1717  ,  8. 

(3)  Voy.  Chap.  8.  p.  g*. 


h     O  N  A  N  I  S   M  E.  T9 

»  ans  tous  les  fecours  de  la  Médecine 
"  pour  un  jeune  homme  qui  s'étoit  atri- 
**  ré  ,  par  cette  infâme  manœuvre  >  des 
»  douleurs  vagues ,  étonnantes  8c  gé- 
»  nérales ,  avec  une  fenfation  tantôt 
»  de  chaleur  ,  tantôt  d'un  froid  très- 
»  incommode  par  tout  le  corps  ,  mais 
»  fur  -  tout  aux  lombes.  Dans  la  fuite 
»  ces  douleurs  ayant  un  peu  diminué  > 
»  il  fentoit  un  iî  grand  froid  dans  les 
»  ctiiffes  8c  dans  les  jambes  ^  quoiqu'au 
»  tadt  ces  parties  parufTent  conferver 
m  leur  chaleur  naturelle  5  qu'il  fe  cnauf- 
»  foit  continuellement  auprès  du  feu , 
»  même  pendant  les  plus  grandes  cha- 
m  leurs  de  l'été.  J'admirai  fur  -  tout 
»  pendant  tout  ce  temps  un  mouvement 
»  continuel  de  rotation  des  tefticules 
»  dans  le  fcrotum ,  8c  le  malade  éprou- 
w  voit  dans  les  lombes  la  fenfation 
3?  d'un  mouvement  femblable  ,  qui  lui 
»  étoit  très  à  charge  «  (  i  ).  Ce  détail 
nous  laiiTe  ignorer  11  ce  malheureux 
termina  fa  vie  au  bout  de  trois  ans  ,  ou 
s'il  continua  à  languir  pendant  quelque 
temps  5  ce  qui  eft  bien  plus  fâcheux  :  il 
n'y  a  cependant  pas  une  troifîeme  iflue* 

(i)Aph.  $8£,   T.  II,  p.  4$. 


^ 


iô  l'Onanîsml 

M.  Klockofy  dans  un  très -bon  ou- 
vrage fur  les  maladies  de  l'efprit  qui 
dépendent  du  corps ,  confirme  par  fes 
obfervations  celles  qu'on  vient  de  lire. 
»  Une  trop  grande  diflipation  de  fe- 
*>  mence  affoiblit  le  refîbrt  de  toutes 
3>  les  parties  folides  }  de-là  naiiTent  la 
»  foiblefle  5  la  parefle  ,  l'inertie  ,  les 
3>  phthifies  3  les  confomptions  dorfales , 
»  l'engourdiflement  &  la  dépravation 
»  des  fens  ,  la  ftupidité  ,  la  Folie  ,  les 
»  évanouissements,  les  convulfions«(i). 

M.  Hoffmann  avoit  déjà  remarqué 
que  les  jeunes  gens  ,  qui  fe  livrent  à 
l'infâme  pratique  de  la  mafturbation , 
perdoient  peu  à  peu  toutes  les  facultés 
de  leur  ame  ,  fur-tout  la  mémoire  ,  & 
devenoient  tout-à-fait  inhabiles  à  l'é- 
tude (  2). 

M.  Lewis  (  3  )  décrit  tous  ces  maux. 
Je  ne  tranfcrirai  ici ,  de  fon  ouvrage  f 
que  ce  qui  a  rapport  à  ceux  de  l'ame. 
3>  Tous  les  maux,  qui  naifTent  des  excès 
*>  avec  les  femmes  ,  fuivent  plus  promp- 
j>  tement  encore  ,  &  dans  un  âge  ten- 


(1)  De  morb.  anirn.  ab  infirm.  medul.   ccrcb.  p.  $7. 
(1)  Oper.  omn.  fol.  T.  III  ,  p.  29^ 
0)  A  pra&ical.  EiTay  upon  thc  tabès  dorfalis ,  Lond. 
1748,   &  3e.  édit.   1758» 


l'Onanisme.  zt 

»  dre  ,  l'abominable  pratique  de  la 
»  pollution  de  femence  ,  qu'il  feroit 
ù  difficile  de  peindre  avec  des  cou- 
*>  leurs  aufli  aflfreufes  qu'elle  le  mé- 
y>  rite  :  pratique  à  laquelle  les  jeunes 
»  gens  le  livrent ,  fans  connoître  toute 
»  l'énormité  du  crime  ,  &  tous  les 
»  maux  qui  en  font  les  fuites  phy- 
»  fiques  (i).  L'ame  fe  reffent  de  tous 
»  les  maux  du  corps ,  mais  fur-tout  de 
••  ceux  qui  naiflent  de  cette  caufe.  La 
»  plus  noire  mélancholie,  l'indifférence 
«  pour  tous  les  plaifîrs  ,  (  ne  pourroit- 
»  on  pas  dire  l'averfïon  ?  )  l'impoflibi- 
»  lité  de  prendre  part  à  ce  qui  fait  le 
»  fujet  de  la  converfation  des  compa- 
»  gnies  dans  lefquelles  ils  fe  trouvent 
■>  fans  y  être  }  le  fentiment  de  leur 
»  propre  mifere ,  &  le  défefpoir  d'en 
53  être  les  artifans  volontaires ,  la  né- 
35  ceflité  de  renoncer  au  bonheur  du 
*>  mariage  ,  font  les  idées  bourrelantes 
»  qui  contraignent  ces  malheureux  à 
33  fe  féparer  du  monde }  fort  heureux 
*>  fi  elles  ne  les  portent  pas  à  terminer 
b  eux-mêmes  leur  carrière  «  (  i  ). 
De  nouvelles  obfervations  confirme- 


(  îbid.  p.  i  3. 
(x)  lbid.  p.  ijfc 


il  l'Onànis  M  I. 

ront  plus  bas  la  vérité  de  cet  effrayant 
tableau.  Celui  qu'a  fait  M.  Storck  > 
dans  le  bel  ouvrage  qu'il  a  publié  fur 
l'hiftoire  &  le  traitement  des  mala- 
dies ,  n'eft  pas  moins  terrible  ;  mais 
je  renvoie  à  l'ouvrage  même  ,  dont 
aucun  Médecin  ne  peut  fe  paflTer,  ceux 
qui  voudront  le  voir  (  i  ). 

Avant  que  de  paffer  aux  obfervations 
qui  m'ont  été  communiquées  ,  je  ter- 
minerai cette  feétion  par  le  beau  mor- 
ceau qui  fe  trouve  dans  l'excellent  ou- 
vrage dont  M.  Gaubius  a  enrichi  U 
Médecine.  Non-feulement  il  peint  les 
maux  .,  mais  il  en  indique  les  caufes  , 
avec  cette  force,  cette  vérité,  cette  fa- 
gacité  &  cette  précifîon ,  qui  n'appar- 
tiennent qu'au  plus  grand  maître.  C'eft 
un  morceau  précieux,  dont  on  me  fçaura 
gré  de  çonférver  le  coloris ,  en  le  rap- 
portant tel  que  l'auteur  l'a  écrit.  Im- 
moderata  feminis  pwfufîo  ,  non  folum 
UtiliJJîmi  humoris  jaclurâ  ,  fcd  ipfoetiam 
motu  convulfivo  >  quo  cmittitur ,  frequen- 
ûîis  repaito  ,  imprimis  lœdit.  Etenim 
fummam  voluptaum  univerfalis  cxciplt 
virium  refolutio  ,  quce  cnbrbfirri  nequit  , 

(i)Medicusannuus,T.  II ,  p.  n  j  ,  &o 


l'Onanisme,  23 

quin  enervet.  Colatoria  autem  corporis 
qub  magis  emulgentur ,  eb  plus  humorum 
aliunde  ad  fe  trahunt ,  fuccifque  Jic  ad 
genitalia  derivatis  ,  reliques  partes  depau- 
perantur.  Inde  ex  nimiâ  venere  lajjitudo  > 
débilitas  ,  immobilitas  y  incejjus  delum- 
bis  5  encephali  dolores  ,  convuljiones  fen- 
fuum  omnium  ,  maximh  vifus  hebetudo , 
cœcitas  ^fatuitas  ,  circula tio  febrilis  ,  ex^ 
Jiccatio  ,  macies  ,  tabès  &  pulmonica  & 
dorfalis ,  effeminatio.  Augentur  hœc  mala 
atque  infanabilia  fiunt  ob  perpetuum  in 
venerem  pruritum  ,  quem  mens  \  non  mi- 
nus quam  corpus  5  tandem  contrahit ,  quo- 
que  effzcitur  ,  ut  &  dormientes  obfcena 
phantafmata  exerceant ,  &  in  tentiginem 
pronce  partes  quâvis  occajione  impetum 
concipiant ,  onerique  &  Jlimulo  Jlt  quam- 
libtt  exigua  reparati  fpermatis  copia  3 
levijffzmv  conatu  ,  &  vel  jîne  hoc  5  de 
relaxatis  loculis  relapfura.  Quocirca 
liquet  5  quart  adolefcentice  jlorem  adeo 
pejfumdet  ifle  exce(fus  (1). 

(i)  Tnflitutiones  Pathologie   Medicinalis ,    auftere 
H.  D.  Gaubio  ,  Lud.  Bat.  1758. 


£4  l'Onanisme, 

■      *  '  — ■ — ^p— — — — » 

SECTION     IL 
Obfcrvations    communiquées. 

J  e  ne  fuivrai  d'autre  ordre  que  celui 
des  dates  de  réception.  J  ai  vu  ,  me  dit 
mon  illuftre  ami ,  M.  Zimmermann  5  un 
homme  de  ving-trois  ans  qui  devint 
épileptique  >  après  s'être  aflfoibli  le 
corps  par  de  fréquentes  manuftupra- 
tions.  Toutes  les  fois  qu'il  avoit  des 
pollutions  nodturnes  il  tomboit  dans 
un  accès  d'épiiepfie  parfait.  La  même 
chofe  lui  arrivoit  après  les  manuftupra- 
tions ,  dont  il  ne  s'abftenoit  point  5  mal- 
gré les  accidens  8c  tout  ce  que  l'on 
pouvoit  lui  dire.  Quand  l'accès  étoit 
pafle ,  il  éprouvoit  des  douleurs  très- 
fortes  aux  reins  8c  autour  du  coccyx. 
Cependant  ayant  enfin  ceflfé  cette  ma- 
nœuvre pendant  quelque  temps  ,  je  le 
guéris  des  pollutions  ,  &  j'efpérai 
même  de  le  guérir  de  l'épilepfie  ,  dont 
les  accès  avoient  déjà  difparu.  Il  avoit 
repris  les  forces ,  l'appétit  ^  le  fommeil  > 
8c  une  très-belle  couleur ,  après  avoir 
reflTemblé  à  un  cadavre.  Mais  ,  étant 
revenu  à  fes  mafturbations ,  qui  étoient 

toujours 


l'Onanisme.  z$ 

roujours  fuivies  d'une  attaque  ,  il  eut 
enfin  les  accès  dans  les  rues  même ,  & 
on  le  trouva  mort  un  matin  dans  fa 
chambre  ,  tombé  hors  de  fon  lit ,  & 
baigné  dans  fon  fang.  Qu'on  me  per- 
mette ici  une  queftion  qui  fe  préfenta 
à  moi  quand  je  lus  cette  obfervation  : 
ceux  qui  fe  tuent  d'un  coup  de  piftolet  , 
qui  fe  noient  volontairement,  ou  qui 
s'égorgent ,  font  ils  plus  comptables  de 
leur  mort,  font -ils  plus  fuicides  que 
cet  homme  ci  ?  Sans  entrer  dans  le  dé- 
tail ,  mon  ami  ajoure  qu'il  en  connoît 
un  autre  qui  eft  dans  le  même  cas  :  j'ai 
appris ,  depuis ,  qu'il  avoit  fini  de  la 
même  manière.  J'ai  connu ,  (c'eft  encore 
M.  Z Immermannqm  parle) ,  un  homme 
d'un  très-beau  génie  ?  &c  d'un  fçavoir 
prefqu'univerfel ,  à  qui  de  fréquentes 
pollutions  avoient  fait  perdre  toute 
l'activité  de  fon  efprit  ,  &  dont  le 
corps  étoit  exactement  dans  l'état  de 
celui  du  malade  qui  confulta  M.  Boer- 
haavc  ( i) ,  &  que  je  rapporterai  ailleurs. 
Je  dois  les  deux  faits  fuivants  à  M* 
Raft  le  fils  ,  célèbre  Médecin  de  Lyon , 
avec  qui  j'ai  eu  le  plaifir  de  paflfer  quel* 


il)  Conful»  Mcd.  c.  II,  p.  $6. 

B 


%&  L     O  N  A   N   I  S    M  E. 

ques  mois  à  Montpellier.    Un   jeune 
homme  de   Monpellier  ,   étudiant  en 
Médecine  ,  mourut  par  l'excès  de  ces 
fortes  de  débauches*  L'idée  de  fon  cri- 
me avoit  tellement  frappé  {on  efprit , 
qu'il  mourut  dans  une  efpece  de  défef- 
poir  ,  croyant  voir  l'enfer  ouvert  à  fes 
côtés  ,   prêt  à  le  recevoir.  Un  enfant 
de  cette  ville ,  âgé  de  fix  ou  fept  ans , 
inftruit  ,  je  crois,  par  une  fervante  ,  fe 
pollua  fi  fouvent ,    que  la  fièvre  lente 
qui  furvint  l'emmena  bientôt.  Sa  fu- 
reur pour  cet  acte  étoit  fi  grande ,  qu'on 
ne  put  l'en  empêcher  jufqu'aux  derniers 
jours  de  fa  vie.  Lorfqu'on  lui  repréfen- 
toit  qu'il  hâtoit  fa  mort  ,  il  fe  confo- 
loit ,  endifant  qu'il  iroit  plutôt  trouver 
fon  père  ,  mort  depuis  quelques  mois. 
M.Mieg,  célèbre  Médecin  de  Balle, 
connu  dans  le  monde  fçavant  par  d'ex- 
cellentes difiertations ,  &c  à  qui  fa  pa- 
trie a  l'obligation    de    l'inoculation  , 
qu'il  continue  avec   autant   de  fuccès 
que  d'habileté  ,  m'a  communiqué  une 
lettre   de  M.    le  Profefieur  Stchdin  , 
nom  cher   aux  lettres  ,    dans  laquelle 
j'ai  trouvé  plufieurs  obfervations  inté- 
reiTantes  &  utiles.    J'en  réferve  quel- 
ques-unes pour  la  fuite  de  cet  Ouvra- 


L*  O  N  A  N  I  S  M  E.  Xj 

ge  ,  où  elles  feront  mieux  placées  , 
c'eft  ici  le  lieu  des  deux  autres.  Le  fils 
de  M*  *  *  ,  âgé  de  quatorze  à  quinze 
ans,  eft  mort  de  convulfions,  &  d'une 
efpece  d'épilepfîe,  dont  l'origine  ve~ 
noit  uniquement  de  la  mafturbation  : 
il  a  été  traité  inutilement  par  les  Mé- 
decins les  plus  expérimentés  de  notre 
ville.  Je  connois  aufli  une  jeune  De- 
moifelle  de  douze  à  treize  ans  qui  , 
par  cette  déteftable  manœuvre  >  s'eft 
attiré  une  confomption ,  avec  le  ven- 
tre gros  &  tendu  >  une  perte  blanche , 
&  une  incontinence  d'urine.  Quoique 
les  remèdes  l'aient  foulagée  >  elle  lan- 
guit toujours  ,  ôc  je  crains  desxfuites 
funeftes. 


SECTION     III. 

Tableau  tiré  de  UOnania. 

[Jepuis  la  publication  de  cet  Ou- 
vrage ,  j'ai  appris  ,  par  le  canal  le  plus 
refpe&able,  que  Ton  ne  devoit  pas 
ajouter  une  entière  créance  aux  faits  de 
la  colie&ion  angloife  ,  Se  que  cette 

Bij 


28  1/  O  N  A  N  I  S  M  E. 

raifon  ,  quelques  calomnies,  desobfcé- 
nicés ,  &  la  fuppofition  d'un  privilège 
impérial  avoienc  fait  prohiber  la  tra- 
duction allemande  dans  l'Empire.  Ces 
motifs  m'auroient  déterminé  à  fuppri- 
mer  tour  ce  que  j'ai  tiré  de  cet  Ouvra- 
ge ,  mais  quelques  confidérations  m'ont 
engagé  à  le  conferver  fous  la  modifi- 
cation de  cet  avis.  La  première  eft  , 
que  quelques  -  unes  de  ces  raifons  ne 
regardent  que  l'édition  allemande. 
La  féconde  ,  que  quoiqu'il  puiiTe  s'y 
trouver  quelques  faits  fuppofés  ,  &c  que 
quelques-uns  paroifTent  même  porter 
ce  caractère  >  il  eft  cependant  prouvé 
que  le  plus  grand  nombre  n'eft  que  trop 
vrai.  Enfin,  une  troifieme  confidéra- 
tion  qui  m'a  décidé,  c'eft  ce  que  je 
trouve  dans  la  même  lettre  de  M. 
Stchelin.  J'ai  reçu  ,  dit-il ,  une  lettre  de 
M.  Hoffrnan  de  Maftrich  ,  dans  laquel- 
le il  me  marque  avoir  vu  un  mafturba- 
teur  qui  s'étoitdéjà  attiré  une  confomp- 
tion  dorfaie ,  qu'il  traita  fans  fuccès  , 
&  qui  fut  guéri  par  les  remèdes  de 
TOnania ,  dont  le  Dofteur  Bekkers  ,  à 
Londres,  doit  être  l'Auteur  ,  &fîbiea 
guéri ,  qu'il  eft  redevenu  gros  &  gras  , 
8c  qu'il  a  quatre  enfants. 


i/O  n  a  ni  s  m  e.  29 

L'Onania  anglois  eft  un  vrai  chaos , 
l'ouvrage  le  plus  indigefte  qui  fe  foit 
écrit  depuis  long-tems.  On  ne  peut  lire 
que  les  obfervations }  toutes  les  ré- 
flexions de  l'Auteur  ne  font  que  des- 
trivialités  théologiques  &  morales.  Je 
ne  tirerai  de  tout  cet  ouvrage  ,  qui  eft 
aiïez  long  >  qu'un  tableau  des  accidents 
les  plus  ordinaires ,  dont  les  malades 
fe  plaignent  :  la  vivacité  ,  Pexpreflîon 
énergique  de  la  douleur  &  du  repen- 
tir qui  fe  trouvent  dans  un  petit  nom- 
bre de  lettres  ,  &  qui  ne  peuvent  point 
fe  trouver  dans  l'extrait ,_  ne  doivent 
pas  affoiblir  Pimpreflïon  d'horreur  que 
leur  le&ure  infpire  5  parce  que  cette 
impreffion  dépend  des  faits  }  &  les  lec- 
teurs m'auront  l'obligation  de  leur  épar- 
gner la  le&ure  d'un  bien  plus  grand 
nombre  d'autres  lettres  fans  tour  Se 
fans  ftyle.  Je  rangerai  fous  fix  chefs  les 
maux  dont  fe  plaignent  les  malades 
ânglois  ,  en  commençant  par  les  plus 
fâcheux  ,  ceux  de  l'ame. 

i°.  Toutes  les  facultés  intelleduelles 
s'affoiblifTent ,  la  mémoire  fe  perd  ,  les 
idées  s'obfcurciflent  9  les  malades  tom- 
bent même  quelquefois  dans  une  légère 
démence  ,  ils  ont  fans  cefTe  une  efpece 

B  iij 


$0  L$  O  N  A  N  I  S  M   E. 

d'inquiétude  intérieure ,  une  angoiffe 
continuelle  ,  un  reproche  de  leur  con- 
fcience ,  fi  vif  5  qu'ils  verfent  fouvent 
des  larmes.  Ils  font  fujets  à  des  verti- 
ges; tous  leurs  fens,  mais  fur- tout  la 
vue  &  l'ouïe ,  s'afFoibliflent  }  leur  fom- 
rneil ,  s'ils  peuvent  dormir  5  eft  troublé 
par  des  rêves  fâcheux. 

2°.  Les  forces  du  corps  manquent 
entièrement  ;  Taccroiflement  de  ceux 
qui  fe  livrent  à  cqs  abominations  avant 
qu'il  fuit  fini  5  eft  confidérablement 
dérangé.  Les  uns  ne  dorment  point 
du  tout  ,  les  autres  font  dans  un  affou- 
piflement  prefque  continuel.  Prefque 
tous  deviennent  hypocondriaques  ou 
hyftériques^  &  font  accablés  de  tous 
les  accidents  qui  accompagnent  ces  fâ- 
cheufes  maladies  .,  trifteue  ,  foupirs  , 
larmes  5  palpitations ,  fuffocations ,  dé- 
faillances. L'on  en  a  vu  cracher  des  ma- 
tières calcaires.  La  toux ,  la  fièvre  len- 
te ,  la  confomption  font  les  châtiments 
que  d'autres  trouvent  dans  leurs  pro- 
pres crimes. 

3°«  Les  douleurs  les  plus  vives  font 
un  autre  objet  des  plaintes  des  mala- 
des y  l'un  fe  plaint  de  la  tête ,  l'autre  de 
la  poitrine ,  de  l'eftomàc,  des inteftins , 


l'Onanisme.  51 

de  douleurs  de  rhumatifme  extérieu- 
res, quelquefois  d'un  engourdiflement 
douloureux  dans  toutes  les  parties  de 
leur  corps  ,  dès  qu'on  les  comprime  le 
plus  légèrement. 

4°.  L'on  voit  non  -  feulement  des 
boutons  au  vifage  3  c'eft  un  fymprôme 
des  plus  communs ,  mais  même  de 
vrais  puftules  fuppurantes  fur  le  vifage , 
dans  le  nez  ,  fur  la  poitrine  ,  fur  les 
cuifTes  ;  des  démangeaifons  cruelles 
de  ces  mêmes  parties.  Un  des  malades 
fe  plaignoit  même  d'excrefeences  char- 
nues fur  le  front. 

5°.  Les  organes  de  la  génération 
éprouvent  aufli  leur  part  des  miferes 
dont  ils  font  la  caufe  première.  Plu- 
fieurs  malades  deviennent  incapables 
d'éredtion  }  chez  d'autres ,  la  liqueur 
féminale  fe  répand  au  moment  du  plus 
léger  prurit ,  ôc  de  la  plus  foible  érec- 
tion ,  ou  dans  les  efforts  qu'ils  font  pour 
aller  à  la  felle.  Un  grand  nombre  eft 
attaqué  d'une  gonorrhée  habituelle 
qui  abat  entièrement  les  forces ,  8c 
dont  la  matière  relfemble  fouvent ,  ou 
à  une  fanie  fœtide  ,  ou  à  une  mucofité 
fale.  D'autres  font  tourmentés  par  des 
priapifmes  douloureux.  Les  dyfuries  , 

R  iv 


31  l'  O  N  A  N  I  S  M  E. 

les  ftranguries,  les  ardeurs  d'urine,  l'af- 
foibliflement  de  fon  jet  font  cruelle- 
ment foufFrir  quelques  malades.  Il  y  en 
a  qui  ont  des  tumeurs  très-douloureu- 
fes  aux  tefticules  ,  à  la  verge  ,  à  la  vef- 
iîe3  au  cordon  fpermatique.  Enfin  ,  ou 
rimpoffibilité  du  coït ,  ou  la  déprava- 
tion de  la  liqueur  génitale  ,  rendent 
ftériles  prefque  tous  ceux  qui  fe  font 
livrés  long- temps  à  ce  crime. 

6°.  Les  fondions  des  inteftins  font 
quelquefois  totalement  dérangées  ,  & 
quelques  malades  fe  plaignent  de  con- 
ftipations  opiniâtres ,  d'autres  d'hémor- 
rhoïdes,  ou  d'un  écoulement  de  ma- 
tière fœtide  par  le  fondement.  Cette 
dernière  obfervation  me  rappelle  le 
jeune  homme  dont  parle  M.  Hoffman  , 
qui  ,  après  chaque  mafturbation  ,  étoit 
attaqué  de  la  diarrhée ,  nouvelle  caufe 
de  la  perte  de  fes  forces. 


l'Onanisme, 


53 


SECTION     IV. 

Obfcrvations  de  V Auteur, 

jLj  e  tableau  5  qu'offre  ma  première 
obfervation ,  eft  terrible  ;  j'en  fus  ef- 
frayé moi-même  la  première  fois  que 
j^  vis  l'infortuné  qui  en  eft  le  fujet.  Je 
fentis  alors  plus  que  je  n'avois  fait  en- 
core ,  la  néceflîté  de  montrer  aux  jeu- 
nes gens  toutes  les  horreurs  du  préci- 
pice dans  lequel  ils  fe  jettent  volontai- 
rement. 

L.  D*  *  *  *.  Horloger  5  avoit  été 
fage  ,  &  avoit  joui  d'une  bonne  fanté 
jufqu'à  l'âge  de  dix-fept  ans  ;  à  cette 
époque  il  fe  livra  à  la  mafturbation  5 
qu'il  réitéroit  tous  les  jours ,  fouvent 
jufqu'à  trois  fois  y  Se  l'éjacuiation  étoit 
toujours  précédée  Se  accompagnée 
d'une  légère  perte  de  connoiffance ,  & 
d'un  mouvement  convuliif  dans  les 
mufcles  extenfeurs  de  la  tête ,  qui  la  re- 
tiroient  fortement  en  arrière  5  pendant 
que  le  col  fe  gonfloit,  extraordinaire- 
ment.  Il  ne  s'étoit  pas  écoulé  un  an , 
qu'il  commença  à  fentir  une  grande 

B  v 


34  l'Onanisme. 

foibleiïe  après  chaque  acte  ;  cet   avis 
ne  fut  pas  fuffifant   pour  le  retirer  du 
bourbier  -y  fon  ame  déjà  toute  livrée  à 
ces  ordures  n'étoit   plus  capable  d'au- 
tres idées ,    &  les   réitérations  de  fon 
crime  devinrent  tous  les  jours  plus  fré- 
quentes ,    jufqu'à  ce    qu'il    fe    trouva 
dans  un  état ,  qui  lui  fit  craindre  la 
mort.  Sage  trop  tard  ,  le  mal  avoir  dé- 
jà fait  tant  de   progrès  ,  qu'il  ne  pou- 
voit  être  guéri  ;  &  les  parties  génitales 
étoient  devenues  fi  irritables  &  fi  foi- 
bles ,  qu'il  n'étoit  plus  befoin  d'un  nou- 
vel a£te  de  la  part  de  cet  infortuné  5 
pour  faire  épanchçr  la  femence.  L'irri- 
tation la  plus  légère  procuroit  fur  le 
champ  une   éreétion  imparfaite  ,   qui 
étoit  immédiatement  fuivie  d'une  éva- 
cuation de  cette  liqueur  ,  qui  augmen- 
tait journellement  fa  foiblelfe.  Ce  fpaf- 
me  ,  qu'il  n'éprouvoit  auparavant  que 
dans  le  temps  de  la  confommation  de 
l'adte,  &  quiceffoit  en  même  temps, 
étoit  devenu  habituel  >    &  l'attaquoit 
fouvent  fans  aucune  caufe  apparente  , 
&   d'une  façon  fi  violente  ,  que  pen- 
dant tout  le  temps  de  l'accès  ,   qui  du- 
roit  quelquefois  quinze  heures,  &  ja- 
mais moins  de  huit,  il  éprouvoit  dans 


i/  O  N   A  N  I  S  M  E.  35 

route  la  partie  poftérieure  du  co! ,  des 
douleurs  fi  violentes  ,  qu'il  poufifoit  or- 
dinairement, non  pas  des  cris,   mais 
des  hurlements  j  &  il  lui  croit  impoflS- 
ble  pendant  tout  ce  temps-là  ,  d'avaler 
rien  de  liquide  ou  de  folide.    Sa  voix 
étoit  devenue  enrouée ,    mais   je  n'ai 
pas  remarqué  qu'elle  le  fut  davantage 
dans  le  temps  de  l'accès.  11  perdit  tota- 
lement (es  forces  ;  obligé  de  renoncer 
à  fa  profeflion  3  incapable  de  tout  ,  ac- 
cablé de  mifere  ,   il   languit  prefque 
fans  fecours  pendant  quelques  mois } 
d'autant  plus  à  plaindre  5  qu'un  refte  de 
mémoire  ,  qui  ne  tarda  pas  à  s'éva- 
nouir ,  ne   fervoit  qu'à   lui    rappeller 
fans  cefle  les  caufes  de  fon  malheur  , 
&  à  l'augmenter  de  toute  l'horreur  des 
remords.  Ayant  appris  fon  état ,  je  nie 
rendis  chez  lui  }  je  trouvai  moins  un 
être  vivant  qu'un  cadavre  giflant  fur  la 
paille  ,  maigre  5  pâle ,  fale  ,  répandant 
une   odeur  infede ,    prefqu'incapable 
d'aucun  mouvement.   Il  perdoit   fou* 
vent  par  le  nez  un  fang  pâle  &  aqueux  > 
une  bave   lui   fortoit  continuellement 
de  la  bouche  ,  attaqué  de  la  diarrhée, 
il  rendoit  {qs  excréments  dans  fon  lit 
fans  s'en  appercevoir  ;  le  finx  de  fe- 

Bvj 


$6  l'Onanisme, 

mence  étoit  continuel ;  tes  yeux  chaf- 
ïieux  ,  troubles  5  éteints  n'avoient  plus 
la  faculté  de  fe  mouvoir  ;  le  pouls  étoit 
extrêmement  petit  >  vite  Se  fréquent  ; 
la  refpiration  très-gênée  ,  la  maigreur 
exceflive  ,  excepté  aux  pieds  qui  corn- 
mençoient  à  être  œdémateux.  Le  dé- 
fordre  de  l'efprit  n'étoit  pas  moindre  ; 
fans  idées  ,  fans  mémoire  >  incapable 
de  lier  deux  phrafes,  fans  réflexion  , 
fans  inquiétude  fur  fon  fort ,  fans  au- 
tre fentiment  que  celui  de  la  douleur  , 
qui  revenoit  avec  tous  les  accès  au 
moins  tous  les  trois  jours.  Etre  bien 
au  -  deiïbus  de  la  brute  ,  fpe&acle  dont 
on  ne  peut  pas  concevoir  l'horreur  , 
Ton  avoit  peine  à  reconnoître  qu'il 
avoit  appartenu  autrefois  à  l'efpece  hu- 
maine. Je  parvins  affez  promptement, 
à  l'aide  des  remèdes  fortifiants ,  à  dé- 
truire ces  violents  accès  fpafmodi- 
ques ,  qui  ne  le  rappelloient  fi  cruel- 
lement au  fentiment  que  par  les  dou- 
leurs; content  de  l'avoir  foulage  a  cet 
égard  5  je  difeontinuai  des  remèdes 
qui  ne  pouvoient  pas  améliorer  fon 
état;  il  mourut  au  bout  de  quelques 
femaines,  en  Juin  1757  ,  oedémateux 
par  tout  le  corps. 


l'Onanisme.  37 

Tous  ceux  qui  fe  livrent  à  cette 
odieufe  &  criminelle  habitude  ne  font 
pas  auffî  cruellement  punis  \  mais  il 
n'en  eft  point  qui  ne  s'en  revente  du 

f)lus  au  moins.  La  fréquence  des  a&es , 
a  variété  des  tempéraments ,  plu- 
fieurs  circonftances  étrangères  occa- 
iîonnent  des  différences  confîdérables. 
Les  maux  que  j'ai  vus  le  plus  fouvent , 
font y  i°.  Un  dérangement  total  de 
l'eftomac  ,  qui  s'annonce  chez  les  uns 
par  des  pertes  d'appétit  ou  par  des 
appétits  irréguliers }  chez  les  autres  3 
par  des  douleurs  vives  >  fur-tout  dans 
le  temps  de  la  digeftion,  par  des  vo- 
miffements  habituels ,  qui  réfîftent  à 
tous  les  remèdes ,  tant  que  Ton  refte 
clans  fes  mauvaifes  habitudes.  20.  Un 
affoibliiïement  des  organes  de  la  ref- 
piration ,  d'où  réfultent  fouvent  des 
toux  feches ,  prefque  toujours  des  en- 
n>uemens  ,  des  foiblefTesde  voix  ,  des 
efToufflemens  dès  qu'on  fe  donne  un 
mouvement  un  peu  violent.  30.  Un 
relâchement  total  du  genre  nerveux. 

11  n'eft  pas  néceflfaire  de  connoître 
beaucoup  l'économie  animale  ,  pour 
fentir  que  ces  trois  caufes  peuvent  pro- 
duire toutes  les  maladies  de  langueur  > 


38  l'Onanisme. 

&  l'expérience  prouve  qu'elles  les  pro- 
duifenc  tous  les  jours.  Les  premiers 
accidents  qui  en  résultent,  dans  les  maf- 
turbateurs ,  font  3  outre  ceux  que  je 
viens  d'indiquer ,  une  diminution  con- 
fidérable dans  les  forces  ,  une  pâleur 
plus  ou  moins  confidérable  ,  quelque- 
fois une  légère  jauniffe  ,  mais  conti- 
nuelle ,  fouvent  des  boutons  qui  ne 
partent  que  pour  faire  place  à  d'autres , 
&  fe  reproduire  continuellement  par 
tout  le  vifage  >  mais  fur- tout  au  front > 
aux  tempes  &  près  du  nez  5  une 
maigreur  confidérable  ,  une  fenfibilité 
étonnante  aux  changements  des  faifons, 
fur- tout  au  froid  }  une  langueur  dans 
les  yeux ,  un  affoiblilîement  de  la  vue, 
une  diminution  confidérable  de  toutes 
les  facultés  ,  fur-tout  de  la  mémoire. 
3>  Je  fens  bien  ,  m'écrivoit  un  patient , 
5)  que  cette  mauvaife  manœuvre  m'a 
m  diminué  la  force  des  facultés  ,  &  fur- 
»  tout  la  mémoire  «  (1).  Qu'il  me  foit 
permis  d'inférer  ici  les  fragments  de 
quelques  lettres  ,  qui  réunis  formeront 
un  tableau  affez  complet  des  défordres 
phyfiques  que  produit  la  mafturbation  > 

(1)  En  date  du  ly  Septembre  J7?ï« 


l'Onanisme,  39 

&  donc  la  langue  dans  laquelle  j'écri- 
vois  ,  m'empêcha  de  faire  ufage  dans 
la  première  édition   de  cet   ouvrage. 
»  J'eus  le  malheur  ,  comme  bien  d'au- 
»  très  jeunes  gens  ,  (  c'eft  dans  l'âge 
mûr  qu'il  m'écrit  )  »  de  me  laifler  aller 
»  à  une  habitude  aufli  pernicieufe  pour 
33  le  corps  que  pour  l'ame  y  l'âge  aidé 
»  de  la  raifon  a  corrigé  depuis  quel- 
»  que  temps  ce  miférable  penchant  > 
»  mais   le   mal  eft   fait.  À  l'affeétion 
»  &  fenfibilité  extraordinaire  du  genre 
»  nerveux ,  Se  aux  accidents  qu'elle  oc- 
»  cafionne ,  fe  joignent  une  foiblefle  , 
»  un  mal-aife,  un  ennui,  une  détrefîe 
»  qui   femblent   m'affiéger  comme    à 
»  l'envi  ;  je  fuis  miné  par  une  perte  de 
»  femence   prefque  continuelle  ;  mon 
»  vifage  devient  prefque  cadavéreux, 
»  tant  il  eft  pâle  Se  plombé.  La  foi- 
»  blelfe  de  mon  corps  rend  tous  mes 
w  mouvements  difficiles  ;  celle  de  mes 
»  jambes  eft   fouvent   telle  ,  que  j'ai 
m  beaucoup  de  peine  à  me  tenir  de- 
>3  bout ,  &  que  je  n'ofe  pas  me  hafarder 
»  à  fortir  de  ma  chambre.  Les  digef- 
»  tioiis  fe  font  fi  mal ,  que  la  nourri- 
»  ture  fe  repréfente  aufli  en  nature  , 
»  trois  ou  quatre  heures  après  l'avoir 


40  l'Onanisme, 

»  prife ,  que  fi  je  ne  venois  que  de  la 
35  mettre  dans  mon  eftomac,  Ma  poi- 
»  trine  fe  remplit  de  phlegmes ,  dont 
»  la  préfence  me  jette  dans  un  état 
»  d'angoifTe  ,  &  l'expectoration  dans 
»  un  état  d'épuifement.  Voilà  un  ta- 
y>  bleau  raccourci  de  mes  miferes ,  qui 
»  font  encore  augmentées  par  la  trifte 
»  certitude  que  j'ai  acquife  ,  que  le 
»  jour  qui  fuit  fera  encore  plus  fâ- 
w  cheux  que  le  précédent  ;  en  un  mot , 
«  je  ne  crois  pas  que  jamais  créature 
ac  humaine  ait  été  affligée  de  tant  de 
»  ma*ix  que  je  le  fuis.  Sans  un  fecours 
w  particulier  de  la  providence  ,  j'aurois 
»  bien  de  la  peine  à  fupporter  un  far- 
m  deau  fi  pefant  <*. 

Je  lus  en  frémiflant ,  dans  la  lettre 
d'un  autre  malade  ,  ces  mots  terribles , 
qui  me  rappellerent  ceux  de  l'Onania. 
»  Si  la  religion  ne  me  retenoit  pas  ? 
3>  j'aurois  déjà  terminé  une  vie  ,  a  au- 
m  tant  plus  cruelle  ,  qu'elle  l'eft  par 
»  ma  propre  faute  «.  Il  n'eft  pas  au 
monde,  en  effet ,  d'état  pire  que  celui 
de  l'angoifie  }  la  douleur  n'eft  rien  en 
comparaison  ,  &  quand  elle  fe  joint  à 
une  foule  d'autres  maux ,  il  n'eft  point 
étonnant  qu'un  malade  defire  la  more 


i/O  n  anisme.  41 

comme  fon  plus  grand  bien ,  &c  re- 
garde la  vie  comme  un  malheur  réel  5 
h  l'on  peut  appeller  vie  un  état  aufll 
trifte. 

Vivere  quum  nequeam^  fit  mîhi  pofle  mori  j 
Duke  mori  miferis  ,  fed  mors  optata  recedit.  M. 

La  defcription  fuivante  eft  tnni 
courte  &  moins  terrible.  *>  J'ai  eu  le 
jî  malheur  dès  ma  tendre  jeuneffe  ,  je 
y>  crois  entre  huit  &  dix  ans  ,  de  con- 
»  tracter  cette  pernicieufe  habitude  , 
*>  qui  5  de  bonne  heure ,  a  ruiné  mon 
»  tempérament  ;  mais  fur  -  tout  de- 
»  puis  quelques  années  je  fuis  dans  un 
»  accablement  extraordinaire  y  j'ai  les 
»  nerfs  extrêmement  foibles  ,  mes 
»  mains  font  fans  force  ,  toujours  trem- 
*>  blantes  ,  &  dans  une  fueur  conti- 
»  nuelle  }  j'ai  de  violents  maux  d'efto- 
>3  mac  ,  des  douleurs  dans  les  bras  , 
»  dans  les  jambes ,  quelquefois  aux  reins 
»  &  à  la  poitrine  3  fouvent  de  la  toux  ; 
»  mes  yeux  font  toujours  foibles  & 
n  ca(Tés  ,  mon  appétit  eil  dévorant  ; 
»  &  cependant  je  maigris  beaucoup  , 
»  &:  j'ai  tous  les  jours  plus  mauvais 
»  vifage  «.  L'on  verra  dans  la  fe&ion 
du  traitement  le  fuccès  des  remèdes 


4*  l'Onanisme. 

dans  ce  cas.  Je  ne  détaillerai  pas  la  cure 
du   premier  à  caufe  de   fa  longueur, 
«  La  narure  ,  écrivoit  un    troifieme  3 
»  m'ouvrit  les  yeux  fur  la  caufe  de  la 
3>  langueur  dans  laquelle  je  me  trou- 
»  vois  ,  &  fur  le  danger  de  l'abyfme 
»  où  je  me  précipitois  ,  foit  par   des 
»  boutons  ou  vefîies  qui   furvenoient 
»  à  la  partie  qui  fervoit  d'infiniment 
*>  à  mon  crime  ,  foit  auffi  par  la  foi- 
»  bleffe  que  j'éprouvois  au  milieu  du 
»  crime  même  ,  8c  qui  ne  me  permet- 
3>  toit  pas   de  douter  quelle   étoit  fa 
»  caufe.  Un  autre  me  marqua  »  qu'il 
30  éprouvoit    pendant    cet    a<5te  5    une 
«douleur  au  vifage  femblable  à  celle 
»  que   l'on    auroit  fenti   fi  on    y    eût 
»  appliqué  des  épingles.  Les  premiers 
»  fymptomes  maladifs  furent  beaucoup 
»  de  boutons  au  vifage,  à  la  poitrine 
s?  &  aux  reins  ,  avec  une  inquiétude 
»  générale  &  continuelle  }  bientôt  l'af- 
»  foibliffement  du  corps  &c  fur -tour 
»  des  facultés  le  jetta  dans  une   pro~ 
»  fonde   mélancolie    &  l'état   le  plus 
33  horrible  &  le  plus  indéfiniflable  :  il 
*>  a  été  pendant  fept  ans  incapable  de 
>3  toute  application  &r  fans  jouir  d'un 
»  feul  inftant  de  bonheur.  Je  ne  vivois . 


l'Onanisme.  4? 

»  dit-il ,  que  pour  l'angoiffe  ,  l'inquié- 
»  tude ,  l'agitation  la  plus  cruelle  ,  les 
3>  reflTerrements  les  plus  affreux  ,  &  un 
»  étourdiffement  fi  terrible  ,  que  lorf- 
»  qu'on  me  parloit  je  n'entendois  quel- 
»  quefois  que  des  fons  auxquels  je  n'at- 
m  tachois  aucune  idée,  J'avois  des  dou- 
»  leurs  vives  au  cerveau  ,  au  col  &  de 

*  la  roideur  dans  tout  le  corps  «. 

Je  pourrois  ajouter  ici  un  grand 
nombre  de  relations  de  maladies  pour 
lefquelles  j'ai  été  confulté  depuis  la  fé- 
conde édition  de  cet  ouvrage  j  mais 
ce  feroit  des  répétitions  inutiles  ,  &  je 
me  borne  à  deux  ou  trois  des  plus  ré- 
centes. 

Un  homme  ,  qui  eft:  dans  la  fleur  de 
fon  âge  ,  m'écrivoit ,  il  n'y  a  que  peu 
de  jours  :  >->  J'ai  contracté  fort  jeune 
35  une  affreufe  coutume  >  qui  a  ruiné 
»  ma  fanté  }  je  fuis  accablé  d'embar- 
m  ras  &  de  tournoiemens  de  tête  9  qui 
>3  m'ont  fait  craindre  l'apoplexie  3  & 
»  pour  lefquels  on  m'a  faigné  ;  mais 
»  on  s'apperçut  d'abord  que  Ton  avoit 

*  eu  tort.  J'ai  la  poitrine  ferrée  ,  &c 
»  par  conféquent  la  refpiration  gênée  ; 
»  j'ai  fréquemment  des  douleurs  d'ef- 
»  tomac ,  &  je  fouffre  fucceffivement 


44  l'Onanisme, 

»  prefque  par  tout  le  corps  ;  je  fais 
»  tout  le  jour  aflbupi  &  inquiet  ;  peu- 
»  dant  la  nuit  mon  fommeil  eft  troublé 
»  &c  agité  ;,  &  il  ne  me  répare  point  ; 
»  j'ai  fouvent  des  démangeaifons  ;  je 
»  fuis  pâle  j  j'ai  les  yeux  affoiblis  & 
«  douloureux ,  le  teint  jaune  3  la  bouche 
»  mauvaise ,  &c. 

»  Je  ne  puis  faire  ,  m'écrivoit  un 
9$  fécond ,  deux  cents  pas  fans  me  re- 
35  pofer  y  ma  foiblefle  eft  extrême  }  j'ai 
»  des  douleurs  continuelles  dans  tout 
»  le  corps,  mais  fur-tout  dans  les  épau- 
la les  ;  je  fouflfre  beaucoup  des  maux 
m  de  poitrine  ;  j'ai  confervé  de  l'appé- 
»  tit ,  mais  c'eft  un  malheur  ,  puif- 
35  que  j'ai  des  douleurs  d'eftomac  dès 
33  que  j'ai  mangé  5  &  que  je  rends  tout 
»  ce  que  je  mange  :  fi  je  lis  une  page 
»  ou  deux  ,  mes  yeux  fe  remplirent  de 
33  larmes  3  &  me  font  fouffrir }  j'ai  fou- 
*  vent  des  foupirs  très -involontaires, 
33  Filo  xylino  Jlaccidius  veretrum  y  om- 
9}  nifque  ercclionis  impouns  9  fcmen  qui- 
»  dem  y  manu  follicitatum  ,  effluere  finit  y 
*>  ncquaquam  verb  ejaculat ,  adeà  cœterum 
35  imminutum  &  retraclum  ut  oculi  de 
»fexu  vix  judicare  poffint  «.  L'on  trou- 
vera les  détails  de  les  fuccès  du  trai- 


l'Onanisme*  45 

tement  dans  la  fuite  de  cet  ouvrage  ; 
je  la  donnerai ,  parce  que  c'eft  le  plus 
affoibli  ôc  le  plus  docile  des  malades 
que  j'ai  vus. 

Un  troifieme ,  qui  s'étoit  livré  à  cette 
horrible  manœuvre ,  à  l'âge  de  douze 
ans  ,  paroiflToit  plus  attaqué  dans  les 
facultés  intellectuelles  ,  que  dans  la 
fanté  corporelle.  »  Je  fens  ma  chaleur 
>->  diminuer  feniiblement  my  le  fentiment 
»  eft  confîdérablement  émoufle  chez 
»  moi  5  le  feu  de  l'imagination  extrè- 
33  mement  ralenti  ,  le  fentiment  de 
»  Texiftence  infiniment  moins  vif;  tout 
»  ce  qui  fe  pa(Te  à  préfent  me  paroît 
>j  prefque  un  fonge }  j'ai  plus  de  peine 
»  à  concevoir  ,  &  moins  de  préfence 
»  d'efprit  }  en  un  mot  >  je  me  (cas 
»  dépérir  5  quoique  je  conferve  du 
»  fommeil  ,  de  l'appétit ,  8c  affez  bon 
»  vifage  «. 

Une  fuite  qui  n'eft  pas  rare  >  c'eft 
rhypocondrialgie  ;  &  fi  les  hypocon- 
driaques fe  livrent  à  cette  pratique  3  elle 
empire  tous  les  accidents  du  mal ,  &  le 
rend  totalement  incurable.  J'ai  vu  les 
inquiétudes ,  les  agitations ,  les  anxiétés 
les  plus  cruelles,  être  l'effet  de  ces  deux 
canfes    réunies  j  &  des  obfçrvations 


4<ï  l'Onanisme, 

réitérées  m'ont  prouvé  que  dans  les 
hypocondriaques  qui  font  fujets  à 
avoir  quelquefois  des  attaques  de  dé- 
lire ou  de  manie ,  la  mafturbation  hâte 
toujours  les  accès.  Le  cerveau  affoibli 
par  cette  double  caufe  perd  fucceffive- 
ment  toutes  fes  facultés  ;  &c  les  malades 
tombent  enfin  dans  une  imbécillité  qui 
n'eft  fufpendue  que  par  quelques  atta- 
ques de  phrénéfie.  Les  Mémoires  d^s 
Curieux  de  la  Nature  parlent  d'un 
homme  mélancolique  ,  qui  ,  fuivant  le 
confeil  d'Horace  ,  cherchoit  quelque- 
fois à  diffiper  fes  triftetTes  par  le  vin  , 
&  qui ,  s'étant  trop  livré  à  un  autre 
genre  de  plaifirs  dans  les  premiers 
jours  d'un  fécond  mariage,  tomba  dans 
une  manie  fi  terrible  ,  qu'il  fallut  l'en- 
chaîner (  i  ). 

Jakin  nous  a  confervé  ,  dans  fes 
Commentaires  fur  Rhumes  >  l'hiftoire 
d'un  mélancolique,  que  des  excès  dans 
le  même  genre  jetterent  dans  une  con- 
fomption  accompagnée  de  manie  ,  qui 
le  tuèrent  en  peu  de  jours  (  z  ). 

L'on  fçair  que  les  paroxyfmes  épilep- 
tiques,  accompagnés  d'une  effufion  de 

(i)  Dccur.  II ,  ann.  4  ,  obf.  166  ,  p.  32.7. 
(x^Schenckius,  1,  1  ,  obf.  2. ,  Demaniâ,  p.  ï  ji* 


L*0   NANISME.  47 

liqueur  féminale  ,  laiflfent  plus  d'épni- 
fement  encore  ,  &  fur-tout  plus  d'é- 
tourdiflTement  que  les  autres.  Le  coït 
excite  les  accès  du  mal  dans  ceux  qui 
y  font  fujets,  &  c'eft  à  cette  caufe  que 
M.  van  Swieten  attribue  le  grand  acca- 
blement dans  lequel  les  malades  tom- 
bent ,  (î  les  accès  font  fréquents  (  i  ). 
M.  Didier  avoit  connu  un  Marchand 
de  Montpellier  ,  qui  ne  facrifioit  ja- 
mais à  Vénus ,  fans  avoir  d'abord  après 
une  attaque  d'épilepfîe  (  i  ). 

Galien    rapporte    une   obfervation 
femblable  (  3  )  ,  &  Henri  van  Heers  té- 
moigne la   même  chofe  (4).  J'ai  eu 
occafion  de  m'en  convaincre  moi-mê- 
me, M.  van  Swicten  a  connu  un  épi- 
leptique,qui  fut  attaqué  de  l'accès  la 
nuit  de  fts  noces   (5).    M.  Hoffhian 
connoifîoit  une  femme  très-lubrique , 
qui  avoit  le  plus  fouvent  un  accès  d'é- 
pilepfie   après  chaque  aéce   vénérien. 
L'on  peut  placer  ici  ce  que  dit  M.  Boer- 
haave  dans  fon  traité  des  maladies  des 
nerfs  ,  que   dans   l'ardeur  vénérienne 

(1)  §.  ic77 ,  t.  ?.  p.  429. 

(2.)  Quaeft.  Medic.  anepileplla»  mercurius  viti* 
(  3)  De  iocis  atFe&is  ,  Lj,c.6, 
(4)  ObfervationesMedicae  oppidô  rarae ,  obf.  î  3- 
0)  M075  >  *•  3  ,p.41^- 


48  l'Onanisme, 

tous  les  nerfs  font  affe&és ,  quelque- 
fois jufqu'à  mort.  Il  rapporte  l'exem- 
ple d'une  femme  qui  tomboit  3  à  chaque 
coït  5  dans  une  fyncope  aflfez  longue  , 
&  celui  d'un  homme  qui  mourut  dans 
le  premier  coït  }  la  force  du  fpafme 
l'avoit  jette  fur  le  champ  dans  une  pa- 
ralyfîe  totale  (1)  ;  &  je  trouve,  dans 
l'excellent  ouvrage  dont  M.  de  Sauva- 
ges  vient  d'enrichir  la  Médecine,  l'ob- 
fervation  très-finguliere  ,  &  peut-être 
unique ,  d'un  homme  qui ,  au  milieu 
de  l'adte  étoit  attaqué  (  &  le  mal  a 
duré  dou^e  ans  (  d'un  fpafme  qui  lui 
roidiflbit  tout  le  corps  ,  avec  perte  de 
fentiment  &  de  connoifTance.  Ita  ut 
Ulum  prœ  oneris  impotentiâ  in  altérant 
lecîi  partent  excutere  cogeretur  uxor  ,  & 
evacuatio  fpermatis  lenta  jlaccidoque  ve- 
retro  demum  fuccedebat ,  rémittente  cor- 
poris  rigiditate  (2).  Je  connois  plufieurs 
faits  analogues  ,  M.  de  Haller  en  a  in- 
diqué un  grand  nombre  dans  fes  re- 
marques fur  les  inftituts  de  M.  Boer- 
haave  (  3  )  >  &  Ton  en  trouve  plufieurs 
autres  chez  les  obfervateurs. 

(1  )  Dc%orb«  ncrv.  p-  462. 

(1)  Nofologia  m  ci  hcdica  feu  clafTes  mortoi'tmi, 

t.   C  ,    P.    M°« 

(0  Ad  j.  058,  n.  f.  *  t.  s  ,  p.  446. 

L  on 


l'Onanisme.  49 

L'on  a  vu  plus  haut  que  la  maftur- 
bation  procurent  l'épilepfie  ,  &c  cela  ar- 
rive plus  fouvent  peut-être  qu'on  ne 
le  croit  :  eft-il  étonnant  que  fes  adfces 
rappellent  les  accès ,  comme  je  l'ai  vu 
plus  d'une  fois  ,  dans  ceux  qui  y  font 
déjà  fujets  ?  Eft-il  étonnant  qu'elle  rende 
cette  maladie  incurable  ? 

Cette  rigidité  totale  de  tout  le  corps , 
dont  parle  M.  Boerhaave  ,  eft  un  des 
fymptômes  les  plus  rares  }  je  ne  Pavois 
vue  qu'une  fois  ,  quand  on  imprima 
la  dernière   édition   de  cet  ouvrage  , 
mais   dans  le   degré  le   plus  complet. 
Le  mai  avoir  commencé  par  une  roi- 
deur  du  col&  de  l'épine  }  il  gagna  fuc- 
ceflivement  tous  les  membres,  ôc  je 
vis  cet  infortuné  jeune  homme  ,  quel- 
que temps  avant  fa  mort ,   ne  pouvant 
avoir    d'autre    fituation  ,    que    d'être 
couché  à  la  renverfe  dans  un  lit ,  fans 
pouvoir  remuer  ni  les   pieds  ,  ni  les 
mains  ,  incapable  de  tout  autre  mou- 
vement, de  réduit  à  ne  prendre  d'ali- 
ments ,  que  ceux  qu'on  lui  mettoit  dans 
la  bouche  :   il  vécut   quelques  femai- 
nes  dans  ce  trifte  état  ,  &c  mourut  ,  ou 
plutôt  s'éteignit  ^   prefque  fans  fouf- 
france. 

C 


JO  L*  O  N   A  N  I   S   M  E. 

J'ai  vu  depuis  un  autre  exemple  ter- 
rible dexette  rigidité  totale  &c  mortel- 
le 5  qui  mérite  bien  d'être  rapporté. 
Je  fus  demandé  le  10  Février  1760  , 
pour  voir ,  à  la  campagne  ,  un  hom- 
me de  quarante  ans  qui  avoit  été  très- 
fort  &  très-robufte  ,  mais  qui  avoit 
fait  beaucoup  d'excès  en  femmes  &  en 
vin  ,  &  qui  s'étoit  fouvent  exercé  à  ce 
qu'on  appelle  des  tours  de  force.  Son 
mal  avoit  commencé  ,  il  y  avoit  plu- 
lîeurs  mois  ,  par  une  foiblefle  dans  les 
jambes  qui  le  faifoit  chanceler  en  mar- 
chant ?  comme  s'il  avoit  trop  bu  }  il 
tomboit  quelquefois  5  même  en  fe  pro- 
menant dans  la  plaine  ;  il  ne  pouvoit 
defcendre  les  degrés  qu'avec  beaucoup 
de  peine,  &  il  n'ofoit  prefque  plus 
fortir  de  fon  appartement.  Ses  mains 
trembloient  beaucoup  •  il  ne  pouvoit 
écrire  quelques  mots  qu'avec  beau- 
coup de  difficulté  >  &  il  les  écrivoit 
très-mal  ;  mais  il  diétoit  aifément  > 
quoique  fa  langue  ,  qui  n'avoit  jamais 
eu  une  bien  grande  volubilité,  com- 
mençât à  en  avoir  un  peu  moins.  Sa 
mémoire  le  fervoit  bien  ;  8c  la  feule 
chofe  qui  put  faire  foupçonner  quel- 
que léfion  dans  les  facultés,  c'eft qu'il 


c 


h    O  N  A  N  ï  S  M  E*  J  I 

étoit  moins  attentif  au  /*#  de  Dames, 
&  que  fa  phyfionomie  étoit  afTez  chan- 
gée 5  il  avoit  de  l'appétit  &  il  dor- 
moit ,  mais  il  avoit  un  peu  de  peine  à 
fe  tourner  dans  le  lit. 

Il  me  parut  que  les  excès  en  femmes 
8c  en  vin  étoient  la  caufe  première  du 
mal ,  &  je  penfois  que  les  tours  de 
force  qu'il  avoit  fouvent  faits  ,  pou- 
voient  être  la  caufe  de  ce  que  les  muf- 
clés  étoient  plus  particulièrement  atta- 
qués. La  faifon  étoit  peu  favorable  aux 
remèdes  ,  mais  il  ralloit  cependant 
chercher  à  arrêter  les  progrès  du  mal  ; 
je  lui  confeillai  des  frictions  de  tout  le 
corps  avec  de  la  flanelle  &  quelques 
fortifiants  ;  je  me  propofois  d'en  aug- 
menter les  dofes ,  &  de  leur  joindre 
-lïifage  du  bain  froid ,  dans  le  com- 
mencement de  l'été  ;  au  bout  de  quel- 
ques femaines  le  tremblement  des 
mains  paroifloit  un  peu  diminué.  Il  j 
eut  une  confultation  au  mois  d'Avril: 
on  attribua  le  mal  à  ce  que  le  malade 
avoit  écrit  pendant  quelques  mois ,  il 
y  avoit  deux  ans  3  dans  une  chambre 
nouvellement  recrépie  ;  on  employa 
des  bains  tiedes,  des  fri&ions  graif- 
feufes  p  des  poudres  qu'on  dit  être  dia- 

Cij 


5  Z  L    O  N  A  N  I  S  M  E. 

phoréciques  &  antifpafmodiques,  il  ne 
furvint  aucun  changement.  Au  mois  de 
Juin  une  féconde  confulration  décida 
qu'il  iroit  prendre  les  eaux  de  Leuk 
en  Valais  :  au  recour  il  avoir  plus  de 
rremblemenr  &  plus  de  roideur.  De- 
puis lors  (  Septembre  1750  ) ,  jufques 
au  mois  de  Janvier   1764,  je  ne  l'ai 
revu  que  trois  ou  quatre  fois.  En  1762  , 
fur  la  foi  de  je  ne  fçais  quelle  annon- 
ce y  il  fit  venir  de  Francfort  les  remèdes 
de  XOnania  ^  qui  n'opérèrent  rien.  Il 
en  prit,  l'année  dernière,  d'un  Méde- 
cin étranger  avec  aulli  peu  de  fuccès. 
Le  mal  a  fait ,  dès  le  commencement , 
des   progrès  lents  ,  mais  journaliers  ; 
&  plufîeurs  mois  avant  fa  mort  il  ne 
pouvoit  plus  fe  foutenir  fur  fes  jambes  ; 
il  ne  pouvoit  plus  remuer  feul  les  bras 
ni  les  mains  \  l'embarras  de  la  langue 
augmenta  ,  Se  il  perdit  tellement  la 
voix  ,   qu'on    ne    pouvoit   l'entendre 
qu'avec  beaucoup  de  peine  ;  les  muf- 
cles  exrenfeurs  de  la  tête  la  laiflToient 
continuellement  tomber  fur  la  poitri- 
ne }  il  avoit  toujours   de  l'inquiétude 
dans  les  reins  ;  le  fommeil  de  l'appétit 
diminuèrent  fuccefîivement  :  les  der- 
niers mois  de  fa  vie  il  avoit  beaucoup 


L*  OnAnisme,  5  j 

de  peine  a  avaler }  depuis  Noël  il  fur- 
vint  de  l'opprefîïon ,  avec  une  fièvre 
irréguliere  ;  les  yeux  s'éteignirent  fin- 
guliéremenr  :  il  patfbit  ,  quand  je  le 
revis ,  au  mois  de  Janvier  ?  tout  le 
jour  &  une  grande  partie  de  la  nuit 
fur  un  fauteuil ,  panché  en  arrière  ,  les 
jambes  étendues  fur  une  chaife ,  la  tête 
tombant  à  chaque  inftant  fur  la  poi- 
trine ,  ayant  toujours  une  perfonne 
debout  auprès  de  lui ,  fans  cefTe  occu- 

f)ée  à  le  changer  d'attitude ,,  à  lui  re- 
ever  la  tête ,  à  l'alimenter ,  à  lui  donner 
du  tabac  5  à  le  moucher,  &  à  écouter 
attentivement  tout  ce  qu'il  difoit.  Les 
derniers  jours  de  fa  vie  il  étoit  réduit 
à  prononcer  lettre  par  lettre  ,  8c  on 
les  écrivoit  à  mefure  qu'il  les  pronon- 
çoit.   Voyant  que  je  ne  lui  donnois 
aucune  efpérance  ,  &  que  je    n'em- 
ployois  que  quelques  lénitifs  pour  l'op- 
preffion  &  la  fîevre  ,  prefle  par  le  defîr 
de  vivre  ,  il  fit  à  un  de  fes  amis. ,  pour 
venir  me   la  faire   tout  de  fuite  ,  la 
confidence   de  la  caufe  à  laquelle  il 
attribuoit    tous    fes  maux  ,    en    lui 
avouant  que  c'étoit  la  mafturbation  ; 
qu'il  avoit  commencé  cette  infamie  il 
y  avoit  plusieurs  années  ;  qu'il  l'avoir 

C  iij 


54  l'Onanisme, 

continuée  aufli  long-temps  qu'il  Pavoit 
pu ,  &  qu'il  avoit  fenti  croître  fes 
maux  à  mefure  qu'il  s'y  livroit.  Il  me 
confirma  cet  aveu  quelques  jours  après  \ 
8c  c'eft  ce  qui  l'avoir  déjà  déterminé  à 
employer  les  remèdes  de  l'Onania. 

L'excès  dans  les  plaifirs  de  l'amour 
ne  produit  pas  feulement  des  maladies 
de  langueur  ;  il  jette  quelquefois  dans 
des  maladies  aiguës  \  &C  toujours  il  dé- 
range celles  qui  dépendent  d'une  autre 
caufe  ;  il  produit  très-aifément  la  ma- 
lignité ,  qui  n'eft  3  félon  moi ,  que  le 
défaut  de  forces  dans  la  nature.  Hippo- 
crate  nous  a  déjà  laiflTé ,  dans  fes  his- 
toires des  maladies  épidémiques  ,  l'ob- 
fervation  d'un  jeune  homme  qui  y 
après  des  excès  vénériens  &c  vineux  5 
fut  attaqué  d'une  fièvre  accompagnée 
des  fymptômes  les  plus  fâcheux  ,  les 
plus  irréguliers >  &  enfin  mortelle  (i). 

Tout  ce  que  M.  Hoffman  dit  fur 
cette  matière  mérite  d'être  rapporté. 
Après  avoir  parlé  du  danger  des  plai- 
iîrs  de  l'amour ,  pour  les  blefTés  ,  il 
examine  celui  que  courent  les  perfon- 
nes  qui  ont  la  fièvre  en  s'y  livrant ,  & 

(i)  Epid.  1.  3  ,  feû.  5  ,  a?g.  16  ,  Fofcï.  p.    1117. 


l*  Onanisme  55 

commence  par  citer  une  obfervation 
de  Fabrice  de  Hilden  ,  qui  dit  qu'un 
liomme  ayant  eu  commerce  avec  une 
femme,  le  dixième  jour  d'une  pleu- 
réfie  qui  avoit  été  terminée  le  feptieme 
par  des  fueurs  abondantes ,  il  fut  atta- 
qué par  une  forte  fièvre  &  un  trem- 
blement confidérable  ,  &  mourut  le 
treizième  jour.  Il  donne  enfuite  l'hif- 
toire  d'un  homme  de  cinquante  ans  , 
goutteux ,  &  livré  aux  femmes  &  au 
vin  ,  qui  dans  les  premiers  jours  de 
la  convalefcence  d'une  faufTe  pleuré- 
fie,  fut  attaqué,  immédiatement  après 
le  coït ,  d'un  tremblement  général , 
avec  une  rougeur  exceffive  au  vifage  , 
la  fièvre ,  &  tous  les  fymptômes  de  la 
maladie  dont  il  relevoit  ,  mais  beau- 
coup plus  violemment  que  la  première 
fois  ,  &  il  fut  dans  un  bien  plus  grand 
danger.  Il  parle  d'un  homme  qui  ne 
fe  livroit  jamais  à  des  excès  vénériens 
fans  avoir  une  fièvre  d'accès  pendant 
plufieurs  jours.  Il  finit  par  une  obferva- 
tion de  Bartholln  qui  vit  un  nouveau 
marié  attaqué  le  lendemain  de  (es 
noces ,  après  des  excès  conjugaux,  d'une 
fièvre  aiguë,  avec  un  grand  abatte- 
ment ,  des  défaillances  ,  des  fouléve- 

C  iv 


$6  l  Onanisme* 

ments  d'eftomac  ,  une  foif  immodérée,, 
àes  rêveries,  finfomnie  &  beaucoup 
d'inquiétudes  :  il  guérit  par  le  repos 
&  quelques  fortifiants  (i). 

N.  Chefneau  vit  deux  jeunes  mariés 
attaqués  5  la  première  femaine  de  leur 
noce  y  d'une  violente  fièvre  continue  , 
avec  une  rougeur  &  un  gonflement 
confîdérable  du  vifage  :  l'un  des  deux 
avoit  une  violente  douleur  au  crou- 
pion :  ils  périrent  Pun  &  l'autre,  au 
bout  de  peu  de  jours  (2). 

M.  V andermonde  décrit  une  fièvre 
produite  par  la  même  caufe ,  qui  fut 
auffi  très-longue  >  &  accompagnée  des' 
accidents  les  plus  effrayants,  mais  donr 
l'ifïue  fut  plus  heureufe  que  dans  le 
malade  d'Bippocrate.  Je  ne  rappor- 
terai pas  ici  la  description  qu'il  en 
donne  ,  parce  qu  elle  eft  un  peu  lon- 
gue ,  mais  je  confeille  aux  Médecins 
de  la  lire  dans  l'ouvrage  même  ,  qui 
aujourd'hui  fe  trouve  par-tout  ;  je  par- 
lerai plus  bas  du  traitement.  M.  de 
Sauvages  peint  cette  maladie  fous  le 
nom  de  fièvre  ardente  des  épuifes  ;  le 


(i)De  raorb.  ex  nim.  vener.  §.  10  ,  îr. 
(1)  Nie.  Chesneau  ,  obferv.  medic.  lib.  quinque  , 
1.  5,  obf.  36,  37- 


l'Onanisme.  57 

pouls  eft  tantôt  fort  Se  plein  ,  tantôt 
foible  Se  petit  ;  les  urines  font  rouges  , 
la  peau  feche  ÔC  chaude  ,  la  foif  confi- 
dérable  }  ils  ont  des  naufées  >  Se  ne 
peuvent  point  dormir  (1). 

J'ai  vu,  en  \-]6\  Se  1761,  deux 
jeunes  hommes  très-fains  ,  très  forts  , 
très-vigoureux  ,  qui  furent  attaqués  , 
l'un  le  lendemain,  l'autre,  la  féconde 
nuit  de  leurs  noces  ,  fans  aucun  frilfon , 
d'une  fièvre  très-forte  ,  avec  le  pouls 
vite  Se  dur ,  des  rêveries  ,  beaucoup  de 
légers  mouvements  convulfifs  ,  une 
inquiétude  infoutenable  ,  Se  la  peau 
très-feche  }  le  fécond  avoit  beaucoup 
d'altération ,  Se  beaucoup  de  peine  à 
uriner.  Je  penfai  d'abord  que  l'excès 
du  vin  pouvoir  auiïî  ^jvoir  quelque  part 
à  ces  accidents  ,  mais  je  fus  pleine- 
ment difiTuadé  ,  au  moins  pour  le  fé- 
cond. Ils  furent  guéris  l'un  Se  l'autre 
au  bout  de  deux  jours  ,  circonftance 
qui  ,  jointe  à  l'époque  de  la  maladie  , 
&  à  fts  cara&eres  ,  ne  laiflfe  aucun 
doute  fur  fa  caufe. 

De  triftes  obfervations  m'ont  ap- 
pris que  les  maladies  aiguës  dans  les 


(l)  Nofûlog.  t,    1  ,  pa   ICI. 

Cv 


5  8  h    O  N  A  N  I  S  M  E. 

mafturbateurs  étoient  très  -  dangereu- 
£es  'y  leur  marche  eft  ordinairement  ir- 
réguliere  ,  leurs  fymptômes  bizarres , 
leurs  périodes  dérangées  ;  l'on  ne  trou- 
ve point  de  refïburces  dans  le  tempé- 
rament, l'art  eft  obligé  de  tout  faire  ; 

6  comme  il  ne  procure  jamais  de  cri- 
tes  parfaites,  quand ,  après  beaucoup  de 
peine  ,  la  maladie  eft  furmontée  ,  le 
malade  refte  dans  un  état  de  langueur 
plutôt  que  de  convalefcence,  qui  exi- 
ge une  continuation  de  foins  les  plus 
affidus,  pour  empêcher  qu'il  ne  tom- 
be dans  quelque  maladie  chronique  y 
8c  je  vois  que  Fonfeca  avoit  déjà  averti 
de  ce  danger.  Plusieurs  jeunes  gens , 
dit-il,  même  très-robuftes ,  font  atta- 
qués après  des  excès  avec  les  femmes , 
dans  une  même  nuit,  ou  d'une  fièvre 
aiguë  qui  les  tue  ,  ou  ils  tombent  dans 
des  maladies  fâcheufes  ,  dont  ils  ont 
beaucoup  de  peine  à  guérir;  car  quand 
le  corps  eft  affoibli  par  d^s  excès  vé- 
nériens ,  s'il  eft  attaqué  par  quelque 
maladie  aiguë  ,  il  n'y  a  point  de  re- 
mède (i). 

Un  jeune  garçon  qui  n'avoir  pas  en- 
Ci  )  De  faniute  tuendâ  ,  p.  no. 


l'  Onanisme.  59 

core  feize  ans  s'étoit  livré  à  la  maftur- 
bation  avec  tant  de  fureur ,  qu'enfin 
au  lieu  de  fperme  il  n'avoit  amené 
que  du  fang  ,  dont  la  fortie  fut  bien- 
tôt fuivie  de  douleurs  exceflives  ,  & 
d'une  inflammation  de  tous  les  orga- 
nes de  la  génération  ;  me  trouvant  par 
hafard  à  la  campagne,  on  me  conful- 
ta  ;  j'ordonnai  des  cataplafmes  extrê- 
mement émollients  ,  qui  produifirent 
l'effet  que  j'en  attendois;  mais  j'ai  ap- 
pris depuis  ,  qu'il  étoit  mort  peu  de 
temps  après  de  la  petite  vérole  ;  ôc  je 
ne  doute  point  que  les  atteintes, qu'il 
avoit  portées  à  fon  tempérament ,  par 
{es  infâmes  fureurs  ,  n'aient  beaucoup 
contribué  à  rendre  cette  maladie  mor- 
telle. Quel  avis  aux  jeunes  gens! 

Tous  ceux  qui  ont  fouvent  occafion 
de  traiter  le  mal  vénérien  fçavent  que 
dans  les  fujets  ufés  par  la  fréquence 
des  débauches  ,  il  devient  fréquem- 
ment mortel.  J'ai  vu  les  plus  affreux 
fpe&acles  en  ce  genre. 

M.  Morgagni ,  dit  que  de  trop  fré- 
quentes idées  vénériennes  fufïifenc 
pour  produire  des  varicoceles  ,  ôc  des 
hydroceles  ,  qui  font  ?  fouvent  ,  des 
maladies  fâcheu  fes. 

C  vj 


éo  l'Onanismï, 


SECTION      V. 

Suites   de    la    majlurbation   cke^   les 
femmes. 

Les  obfervations  précédentes  pa- 
roifiTent  toutes  ,  fi  Ton  en  excepte  celle 
de  M*  Stehelin  5  regarder  principale- 
ment les  hommes;  ce  feroit  traiter  in- 
complettement  cette  matière  ,.  que  de 
ne  pas  avertir  le  fexe  ,  qu'en  courant 
la  même  carrière  de  mauvaifes  œuvres , 
il  s'expofe  aux  mêmes  dangers  ;  que 
plus  d'une  fois  il  s'efl;  attiré  tous  les 
maux  que.  je  viens  de  décrire,  &r  que 
tous  les  jours  les  femmes  livrées  à  cette 
luxure  périffent  miférablement  fes  vi- 
ctimes. LOnania  Anglois  eft  rempli 
d  aveux ,  quon  ne  lit  point  lans  être 
faifi  d'horreur  &  de  compaflion  ;  le 
mal  paroît  même  avoir  plus  d'activité 
dans  le  fexe  que  chez  les  hommes. 
Outre  tous  les  fymptômes  que  j'ai  déjà 
rapportés ,  les  femmes  font  plus  particu- 
lièrement expofées  à  des  accès  d'hyfté- 
rie  ou  de  vapeurs,  affreux;  à  des  jau- 
nifles  incurables  ;  à  des  crampes  cruel- 
les de  l'eftomac  &  du  dos;      de  vives 


l'Onanisme.  61 

douleurs  de  nez  -y  à  des  pertes  blanches, 
dont  lacreté  eft  une  fource  continuelle 
de  douleurs  les  plus  cuifantes  ;  à  des 
chûtes,  à  des  ulcérations  de  matrice, 
&  à  toutes  les  infirmités  que  ces  deux 
maux  entraînent  ;  à  des  prolongements 
&  à  des  dartres  du  clitoris  -y  a  des  fu- 
reurs utérines  qui ,  leur  enlevant  à  la 
fois   la  pudeur  8c  la  raifon  ,  les  met- 
tent au  niveau  des  brutes  les  plus  lafci- 
ves  ,  jufqu'à  ce  qu'une  mort  défefpérée 
les  arrache  aux  douleurs  8c  à  l'infamie. 
Le  vifage  ,  ce  miroir  fidèle  de  l'état 
de  Pâme  8c  du  corps ,  eft  le  premier  à 
nous  faire  appercevoir   des   dérange- 
ments intérieurs.  L'embonpoint  8c  le 
colons ,  dont  la  réunion  forme  cet  air 
de  jeuneflTe  ,  qui  feul  peut  tenir  lieu 
de   beauté  ,  fans  lequel  la  beauté  ne 
produit  plus  d'autre  imprefîion  ,   que 
celle  d'une  admiration  froide  ;  l'em- 
bonpoint ,  dis-je  ,  8c  le  coloris  difpa- 
roiflent  les  premiers;  la  maigreur  ,  le 
plombé  du  teint  9  la  rudeffe  de  la  peau 
leur  fuccedent    immédiatement  ;   les 
yeux  perdent  leur  éclat ,  feterniffent, 
8c  peignent  par  leur  langueur  celle  de 
toute  la  machine  }  les  lèvres  perdent 
leur  vermillon  ,  les  dents  leur  blan- 


6l  L    O  N  A  N  I  S    M  E. 

cheur  ,  8c  enfin  il  n'eft  pas  rare  que  la 
figure  reçoive  un  échec  confidérable 
par  la  déformation  totale  de  la  taille. 
Le  rhachitis  ,  ce  qu'on  appelle  commu- 
nément la  noueure  ,  n'eft  pas  uae  ma- 
ladie qui  ,  comme  l'a  écrit  le  grand 
Boerhaave  ,  n'attaque  jamais  depuis 
l'âge  de  trois  ans.  L'on  voit  commu- 
nément des  jeunes  gens  de  l'un  &  de 
l'autre  fexe ,  mais  fur -tout  parmi  les 
femmes  ,  qui  ^  après  avoir  été  bien 
faits  jufqu'à  8,10,12,14,  même  1 6 
ans ,  tombent  peu  à  peu  dans  un  dé- 
rangement de  la  taille  par  la  courbure 
de  l'épine,  &le  défordre  devient  quel- 
quefois très-confidérable.  Ce  n'eft  pas 
ici  la  place  des  détails  de  cette  mala- 
die ,  ni  de  l'énumération  des  caufes 
qui  la  produifent.  Hippocrate  en  a  déjà 
indiqué  deux  (  1  ).  J'aurai  peut-être 
occafion  de  communiquer  dans  un 
autre  ouvrage  ce  que  plusieurs  obfer- 
vations  m'ont  appris  là  deflus  ;  mais 
ce  que  je  dois  dire  ici ,  c'eft  que  parmi 
ces  caufes  la  mafturbation  occupe  un 
des  premiers  rangs  (2). 

(0  Aphor.  feft.  6  ,46. 

(1)  L'on  trouve  dans  les  collecteurs  ci'obfervations 
chirurgicales .  quelques  exemples  de  maladies  arFreu- 


l'Onanisme.  6$ 

M.  Hoffman  avoit  déjà  dit  que  les 
jeunes  gens  qui  fe  livrent  aux  plaifirs 
de  l'amour  avant  que  d'avoir  fait  leur 
crue  y  maigrifïbient  &  décroiîToient 
au  lieu  de  croître  (  i  )  ;  &  Ton  fent 
qu'une  caufe  ,  qui  peut  empêcher  l'ac- 
croiiTement ,  doit  à  plus  forte  raifon 
en  troubler  l'ordre ,  &  produire  ces 
inégalités  dans  fa  marche  ,  qui  con- 
tribuent à  la  maladie  dont  je  parle. 

Un  fymptôme  commun  aux  deux 
fexes  ,  &c  que  je  place  dans  cet  article  , 
parce  qu'il  eft  plus  fréquent  chez  les 
femmes  ,  c'eft  l'indifférence  que  cette 
infamie  laiflfe  pour  les  piaifirs  légitimes 
de  l'hymen  5  lors  même  que  les  defirs 
&  les  forces  ne  font  pas  éteints  :  indif- 
férence qui  non -feulement  fait  bien 
des  célibataires  ,  mais  qui  fouvent 
pourfuit  jufques  dans  le  lit  nuptial. 
Une  femme  avoue  ,  dans  la  colle&ion 
du  Dodeur  Bckkcrs ,  que  cette  ma- 
res de  la  veffie  chez  de  jeunes  filles  qui  fe  les  étoient 
attirées  par  leurs  odieufes  manœuvres  -,  les  inftru- 
ments,  qu'elles  employoient  leur  ayant  échappé  ,  pafTe- 
rent  dans  la  veffie  ,  &  leur  occasionnèrent  des  douleurs 
atroces,  &  la  mort.  Morgagni  defedib»  &  cauf.  morbor* 
epift.  42  ,  §.  i9&  20. 

(1)  Dea^ateconjugio  opporuuiâ,  §.  10  ,  fupplem. 
fecund.  p.  340.  Toute  cetce  diifertation  mérite  d'être 
lue  ,  quoiqu'elle  pût  être  mieux  faite. 


64  t*  Onanisme. 

nœuvre  a  pris  tant  d'empire  fur  Tes 
fens ,  qu'elle  détefte  les  moyens  légi- 
times d'amortir  l'aiguillon  de  la  chair. 
Je  connois  un  homme  qui ,  inftruit  à 
ces  abominations  par  fon  précepteur  > 
éprouva  le  même  dégoût  dans  les  com- 
mencements de  fon  mariage  ,  &  l'an- 
goiife  de  cette  fituation  jointe  à  l'épui- 
fement  dû  à  fes  manœuvres ,  le  jetta 
dans  une  profonde  mélancholie,  qui 
céda  cependant  à  l'ufage  des  remèdes 
nervins  &  fortifiants. 

Avant  que  d'aller  plus  loin  ,  qu'on 
me  permette  d'inviter  les  pères  &  les 
mères  à  réfléchir  fur  Poccafion  du  mal- 
heur de  ce  dernier  malade  >  &  il  en  eft 
plus  d'un  dans  le  même  cas.  Si  Ton 
peut  être  trompé  à  ce  point  dans  le 
choix  de  ceux  à  qui  l'on  confie  le  foin 
important  de  former  l'efprit  &  le  cœur 
des  jeunes  gens  ,  que  ne  doit-on  pas 
craindre  ,  &  de  ceux  qui  n'étant  defti- 
nés  qu'à  développer  leurs  talents  corpo- 
rels font  examinés  moins  rigoureufe- 
ment  fur  les  mœurs  ,  &c  des  domefti- 
ques  qu'on  engage  fouvent  fans  s'in- 
former s'ils  en  ont  ?  Le  jeune  enfant 
dont  j'ai  parlé  d'après  M.  Rajî  y  fut 
inftruit  au  mal ,  comme  on  Ta  vu ,  par 


I,'On  ANISML  6} 

6ne  fervante}  la  colleftion  angloife 
eft  pleine  d'exemples  pareils }  8c  je  ne 
poarrois  produire  qu'un  trop  grand 
nombre  de  jeunes  plantes  perdues  par 
le  jardinier  auquel  on  avoit  confié  le 
foin  de  leur  tournure.  Il  eft  dans  cette 
efpece  de  culture,  des  jardiniers  de 
deux  fexes  ?  Quels  remèdes  ,  me  dira-t- 
on ,  à  ces  maux  ?  La  réponfe  fort  de 
mafphere  ,  je  la  ferai  courte.  Apporter 
la  plus  grande  attention  au  choix  d'un 
précepteur,  &  veiller  fur  lui  &c  fur  fon 
élevé  avec  cette  vigilance  qui  ,  dans 
un  père  de  famille  attentif  &  éclairé  3 
découvre  ce  qui  fe  fait  dans  les  endroits 
les  plus  obfcurs  de  fa  maifon  >  de  cette 
vigilance  qui  découvre  le  bois  du  cerf 
échappé  à  tous  les  autres  yeux  5  &  qui 
eft  toujours  polïible  quand  on  veut 
fortement  l'avoir. 

Boetrit  enim  fabula  dominum  videre  plurimum  m 
rébus  fuis.  Phed. 

Ne  laiffcr  jamais  les  jeunes  gens 
feuls  avec  les  maîtres  fufpedts  ;  empê- 
cher tout  commerce  avec  les  domefti- 
ques. 

Il  n'y  a  pas  long-temps  qu'une  fille 
âgée  de  dix-huit  ans  ,  qui  avoit  joui 


66  l'Onanisme, 

d'une  très-bonne  fanté  ?  tomba  dans 
une  foibleffe  étonnante  y  fes  forces  di- 
minuoient  journellement  ,  elle  étoit 
tout  le  jour  accablée  par  l'affoupiffe- 
ment  5  &  la  nuit  par  Finfomniej  elle 
n'avoit  plus  d'appétit  ,  &  une  enflure 
œdémateufe  s 'étoit  répandue  par  tout 
le  corps  :  elle  confulta  un  habile  Chi- 
rurgien ,  qui,  après  s'être  afïuré  qu'il 
n'y  avoit  point  de  dérangements  dans 
les  règles  ,  foupçonna  la  mafturbation. 
L'effet  j  que  produifit  fa  première  que- 
ftion  ,  lui  confirma  la  juftefle  de  {on 
foupçon  ,  &  l'aveu  de  la  malade  le 
changea  en  certitude  ;  il  lui  fit  fentir  le 
danger  de  cette  manœuvre  ,  dont  la 
ceflacion  Se  quelques  remèdes  ont  ar- 
rêté en  très-peu  de  jours  les  progrès  du 
mal ,  &  produit  même  quelque  aman- 
dément. 

Outre  la  mafturbation  ou  la  fouil- 
lure  manuelle  ,  il  eft  un  autre  fouillure 
qu'on  pourroit  appeller  clïtoridiennc  y 
dont  l'origine  connue  remonte  jufqu'à 
la  féconde  Sapho  y 

Lcsbides  ^  infamem  qua?  me  feciflis ,  amata?  5 

&  qui  trop  commune  parmi  les  fem- 
mes de  Rome  ,  à  l'époque  où  toutes  les 


l'Onanisme.  67 

mœurs  s'y  perdirent,  fut  plus  d'une 
fois  l'objet  des  Epigrauimes  &  des 
Satyres  de  ce  fiécle. 

Lenonum  ancillas  pofîta  Laufella  coiona 
Provocat ,  &  tollit  pendentis  pra»mia  coxa% 
Ipfa  Medulliwa  fri&um  crifTantis  adorât* 
Palmam  intcr  dominas  virtus  notalibus  squat  (  1). 

La  nature  ,  dans  fes  jeux  ,  donne  a 
quelques  femmes  une  demi-  reflem- 
blance  aux  hommes ,  qui ,  mal  exami- 
née ,  a  fait  croire  pendant  bien  des  fic- 
elés à  la  chimère  des  hermaphrodites* 
La  taille  furnaturelle  d'une  partie  très- 
petite  à  l'ordinaire  ,  &  fur  laquelle  M. 
Tronchin  a  donné  une  fçavante  Di(Ter- 
tation,  opère  tout  le  miracle,  &  l'abus 
odieux  de  cette  partie  ,  tout  le  mal. 
Giorieufes  peut-être  de  cette  efpece  de 
reffemblance ,  il  s'eft  trouvé  de  ces  fem- 
mes imparfaites  qui  fe  font  emparées 
des  fondions  viriles.  (2)  Le  danger 
n'eft  cependant  pas  moindre  que  dans 

(1)  Juvev.  Sat.  VI ,  v.  311. 

(i)  Mas  dixit  Gracia  Tribades,  Gallis  dicuniur 
Ri  b  AU  de  s  :  monftrum  quoiidie  nafeens  ,  &  cui  eo  con~ 
fidentiùs  fefe  tradunt  puelU  ,   quod  abeft  foecunditas  ^ 

&  Ut  dtxit  JUVENALIS  , 

quod  abonivo  non  cft  opus* 


et  L*  O  N  A  N  I  S  M  1. 

les  autres  moyens  de  fouillure  ;  les  fui- 
tes en  font  également  affreufes.  Toutes 
ces  routes  mènent  à  l'épuifement ,  aux 
langueurs  ,  aux  douleurs  ,  à  la  mort. 
Ce  dernier  genre  mérite  d'autant  plus 
d'attention  qu'il  eft  fréquent  de  nos 
jours ,  &  qu'il  feroit  aifé  de  trouver 
plus  d'une  Laujfella  &  d'une  Medul- 
lina,  qui,  comme  ces  Romaines,  efti- 
ment  affez  les  dons  de  la  Nature,  pour 
croire  qu'ils  doivent  faire  difparoître 
les  différences  arbitraires  de  la  naif- 
fance. 

L'on  a  vu ,  fouvent  des  femmes  ai- 
mer des  filles  avec  autant  d'empreffe- 
méiit  que  les  hommes  les  plus  paffioil- 
nés  ,  concevoir  même  la  jaloufîe  la 
plus  vive  ,  contre  ceux  qui  paroifloient 
avoir  de  l'affeftîon  pour  elles. 

Il  efi:  temps  de  finir  de  fi  triftes  dé- 
tails y  je  me  îa(fe  de  peindre  les  turpi- 
tudes &  les  miferes  de  l'humanité.  Je 
n'accumulerai  pas  ici  un  plus  grand 
nombre  de  faits  j  ceux  qui  me  reftent 
trouveront  naturellement  leur  place 
ailleurs  ,  &  je  paife  à  l'examen  des 
cauies  ,  après  cette  obfervation  géné- 
rale }  c'eft  que  les  jeunes  gens  nés  avec 
une  conftitiuion  foible ,  ont ,  à  parité 


l'Onanisme,  6$ 

de  crimes ,  bien  plus  de  maux  à  redou- 
ter ,  que  ceux  qui  font  nés  vigoureux. 
Aucun  n'évite  le  châtiment,  tous  ne 
l'éprouvent  pas  également  févere.  Ceux 
fur  tout  qui  ont  à  craindre  l'hérédité 
de  quelques  maladies  paternelles  ou 
maternelles,  qui  font  menacés  de  la 
goutte  ,  du  calcul ,  de  l'he£tifîe ,  des 
écrouelles  >  qui  ont  eu  quelques  attein- 
tes de  toux  ,  d'afthme  ,  de  crachements 
de  fang  ,  de  migraines  ,  d'épilepfie  , 
qui  ont  du  penchant  à  cette  efpece  de 
noueure  dont  j'ai  parlé  plus  haut  ;  tous 
ces  infortunés  ,  dis-je  ,  doivent  être 
intimement  perfuadés  ,  que  chaque 
adte  de  ces  débauches  porte  une  forte 
atteinte  à  kur  constitution  ,  hâte  à 
coup  sûr  l'apparition  des  maux  qu'ils 
craignent ,  en  rendra  les  accès  infini- 
ment plus  fâcheux ,  &  les  jettera ,  à  la 
fleur  de  leur  âge  ,  dans  toutes  les  infir- 
mités d'une  vieilleffe  la  plus  languif- 
fante. 

Tartareas  vivum  confiât  inire  vias, 


*&> 


70 

i/  O  N  A   N    I   S  M  £ 

* 

ARTICLE 
Les    Caufcs. 

IL 

SECTION     VI. 

Importance  de  la  liqueur  féminale. 

o  m  m  e  n  t  une  trop  grande  émif- 
fion  de  femence  produit-elle  tous  les 
maux  que  je  viens  de  décrire  ?  c'eft 
ce  que  je  dois  examiner  actuellement. 
On  peut  réduire  ces  caufes  à  deux  , 
la  privation  de  cette  liqueur ,  &  les 
circonftances  qui  en  accompagnent  l'é- 
miffion.  Le  détail  anatomique  des  or- 
ganes qui  la  féparent ,  les  conjectures 
plus  ou  moins  probables  fur  la  façon 
dont  fe  fait  cette  féparation ,  les  ob- 
fervations  fur  ùs  qualités  feniibles  , 
feraient  autant  d'objets  déplacés  dans 
cet  ouvrage.  Il  ne  s'agit  que  de  prouver 
ion  utilité  par  les  témoignages  des  Mé- 
decins les  plus  refpe&ables  >  j'en  ai  déjà 
rapporté  quelques-uns  >  ôc  de  déter- 


l'Onanisme.  71 

miner  fes  effets  fur  le  corps.  La  fe- 
ftion  fuivante  fera  deftinée  à  l'examen 
des  effets  que  doivent  produire  les 
circonftances  qui  accompagnent  l'é- 
mifîion. 

Hippocrau  a  cru  qu  elle  fe  féparoit 
de  tous  le  corps  ,  mais  fur-tout  de  la 
tête.  La  femence  de  l'homme  vient , 
dit-il  ,  de  toutes  les  humeurs  de  (on 
corps ,  elle  en  eft  la  partie  la  plus  im- 
portante. Ce  qui  le  prouve  c'eft  la  foi- 
oleffe  qu'éprouvent  ceux  qui  en  per- 
dent par  l'union  charnelle  5  quelque 
petite  que  foit  la  do(e  qu'ils  en  per- 
dent. Il  y  a  des  veines  &  des  nerfs  qui 
de  toutes  les  parties  du  corps  vont  fe 
rendre  aux  parties  génitales  ;  quand 
celles-ci  fe  trouvent  remplies  &  échauf- 
fées ,  elles  éprouvent  un  prurit ,  qui  fe 
communiquant  dans  tout  le  corps ,  y 
porte  une  impreilîon  de  chaleur  &  de 
plaifîr  ;  les  humeurs  entrent  dans  une 
efpece  de  fermentation ,  qui  en  fépare 
ce  qu'il  y  a  de  plus  précieux  &  de  plus 
balfamique,  6c  cette  partie,  ainfî  fépa- 
rée  du  refte ,  eft  portée  par  la  moelle 
de  l'épine  aux  organes  génitaux  (1). 

(  1)  De  Genicura  ,  Foef.  p.  i  j  i . 


JX  i/  O  N  A  M  I  S  M  E. 

Galien  adopte  ces  idées.  Cette  humeur 
dit-il ,  riejl  que  la  partie  la  plus  fubtile  de 
toutes  les  autres ,  elle  a  fes  veines  &  fes 
nerfs  qui  la  portent  de  tout  le  corps  aux 
teflicules  (i).  En  perdant  la  femence ,  dit- 
il  ailleurs ,  onperd  en  même  temps  Vefprit 
vital  ;  ainfi  il  neft  point  étonnant  quun 
jçoït  trop  fréquent  énerve  ^  puifqu  il  prive  le 
corps  de  ce  qu'il  a  de  plis  pur  (2).  Le 
même    auteur   nous  a  confervé   dans 
fon  hiftoire  de  la  Philo  fophie,  les  opi- 
nions   de   différents  Philofophes   an- 
ciens fur  ce  fujet  :  qu'on  me  permette 
de  les  rapporter  ici.  Ariflote  >  dont  les 
ouvrages  phyiîques  feront  eftimés  tant 
qu'on  connoîtra  le  prix  des    obferva- 
rions  ,  &  le  mérite  &  la  difficulté  qu'il 
y  a  à  en  ouvrir  la  carrière  ,  l'appelle 
t  excrément  du  dernier  aliment ,  (   ce  qui 
fignifie  en  termes  plus  clairs  ,  la  partie 
la  plus  perfectionnée  de  nos  alimens ,  ) 
qui  a  la  faculté  de  reproduire  des  corps 
femblakles  à  celui  qui  C a  produit*  Pytha- 
gore  dit  que  c'eft  la  fleur  dufang  le  plus 
pur.  Alcmccon  fon  élevé ,  Phyfîcien  & 
Médecin  diftingué  ,  lun des  premiers 
qui  aient  connu  l'importance  de  diffe- 


! 


1)  De  Speimate,  1.  i  ,  c.  c.  t.  8  ,  p.  x  *ç. 
i)  De  Seminc  ,  1.  ï.c^y,  1. 1  ,  p.  xzSi. 


quer 


t*  O  N  A  N  I  S  M  E.  7$ 

qu?r  les  animaux ,  &c  celui  des  Philofo- 
phes  payens  qui  paroît  avoir  eu  les 
idées  les  plus  vraies  de  la  nature  de 
l'ame,  Alcmœon  ,  dis  je  ,  la  regardoit 
comme  une  portion  du  cerveau  ,  &  il  n'y 
a  que  deux  ou  trois  ans  ,  qu'un  Méde- 
cin célèbre  a  adopté  &c  amplifié  ce  fy- 
ftême  ;  il  indique  les  partages  par  lef- 
quelsle  cerveau  va  aux  tefticules  ,  qu'il 
regarde  comme  cLqs  ganglions  ,  &  non 
pas  comme  des  glandes  ,  3c  c'eft  par  la 
dillipation  du  cerveau  qu'il  explique 
tous  les  phénomènes  de  l'épuifemenç 
vénérien. 

Platon  envifageoit    cette    liqueur 
comme  un  écoulement  de  la  moelle  de 
T  épine.  Démocrite  penfoit  comme  Hip- 
pocrate  &  Galien.  Epicure,  cet  homme 
refpeétable  ,  qui  a  connu    mieux   que 
perfonne  que  l'homme  n'étoit  heureux 
que  par  les  plaifirs  ,  mais  qui  en  mê- 
me temps  a  fixé  ces  plaifirs  par  des  rè- 
gles   que  le  héros  chrétien  ne   défa- 
voueroit  pas  ;  Epicure  dont  la  doétrine 
a  été  fi  cruellement  défigurée  5c  déni- 
grée par  les  Stoïciens  ,  que  ceux  qui 
ne  l'ont  connue  que  par  leur  canal  s'y 
font  laiffe  uirprendre  ,  &c  ont  pris  pour 
un  débauché,  dit  M.  de  Fénélon,  un 

D 


47  l'Onanisme, 

homme- d'une  continence  exemplaire  , 
&  dont  les  mœurs  ont  toujours  été  très- 
réglées  ,  j'ajouterai  ,  dont  les  princi- 
pes font  la  cenfure  la  plus  févere  des 
dogmes  de  fes  prétendus  fe&ateurs 
modernes,  qui  ne  connoiffant  de  lui  , 
que  fon  nom  ,  en  abufent  indignement 
pour  autorifer  des  fyftêmes  d'infamie  y 
qu'il  abhorreroit ,  &  dont  les  fages , 
qui  aiment  le  vrai  J  ne  doivent  pas 
permettre  qu'on  déshonore  la  mémoi- 
re ,  fi  tant  eft  que  des  gens  perdus 
puiiTent  déshonorer  quelqu'un  j  £fi- 
cure  y  dis -je,  regardoit  la  femence 
comme  une  parcelle  de  Came  &  du  corps  , 
&  fondoit ,  fur  cette  idée  ,  les  précep- 
tes qu'il  donnoit  de  la  conferver  foi- 
gneufement. 

Quoique  pîufîeurs  de  ces  fentiments 
différent,  en  quelque  chofe,  tous  prou- 
vent combien  l'on  a  cru  cette  humeur 
précieufe. 

L'on  a  demandé,  eft -elle  analogue 
à  quelqu'autre  humeur  ?  Eft-ellela  mê- 
me ,  que  ce  liquide  ,  qui ,  fous  le  nom 
d'efprits  animaux  ,  parcourt  les  nerfs  , 
concourt  à  toutes  les  fondions  un  peu 
importantes  de  la  machine  animale,  Se 
dont  la  dépravation  produit  une  infi- 


l'Onanisme.  75 

nité  de  maux  ,  fi  fréquents  &  fi  bizar- 
res ?  Pour  répondre  positivement  à 
cette  queftion  ,  il  faudrait  connoître 
intimement  la  nature  de  ces  deux  hu- 
meurs. Nous  fommes  loin  de  ce  de^ré 
de  connoiflance  ,  &c  nous  n'avons  à 
oropofer  que  d'ingénieufes  &  de  pro- 
bables conjectures. 

L'on  comprend  aifèment ,  dit  M.  Hoff- 
man  ,  comment  il  y  a  un  rapport  fi  étroit 
entre  le  cerveau  &  les  tefzicules  ;  puifque 
ces  deux  organes  fèparznt ,  du  fang ,  la 
lymphe  la  plus  fubtile  &  la  plus  exquife  y 
qui  ejl  definée  à  donner  la  force  &  le 
mouvement  aux  parties ,  &  âfervir  même 
aux  fondions  de  tame.  Aujfi  il  ejl  impof- 
Jlble  ,  quune  dijfipation  trop  abondante 
de  ces  liqueurs  ne  détruife  pas  les  forces 
de  Famé  &  du  corps  (1).  Le  liquide  Jé- 
minal^  dit-il  ailleurs  5  fe  diflribue  com- 
me les  efprits  animaux  fêparès  par  le  cer- 
veau ,  dans  tous  les  nerfs  du  corps  :  il 
paroît  être  de  la  même  nature  ;  de  -  là 
vient  y  que  plus  on  en  difjipe  ,  moins  il 
fe  fépare  de  ces  efprits.  M.  de  Gorter  eft 
dans  la  même  idée  :  lefperme  ejl  la  plus 
parfaite  &  la  plus  importante  des  liqueurs 


(1)  Mêm«  endroit ,  Caf.  lot  ,  p.  293. 

Dij 


7<?  l'Onanism  e. 

animales ,  la  plus  travaillée  >  le  rèfultat 
de  toutes  les  digejlions  'y  fort  intime  rap- 
port avec  les  efprits  animaux  prouve  , 
que ,  comme  eux  5  elle  tire  fon  origine 
dzs  humeurs  les  plus  parfaites  (i).  En 
un  mot  il  paroît  par  ces  témoignages  , 
6:  par  une  foule  d'autres  qu'il  feroic 
inutile  de  citer  ,  que  c'eft  une  liqueur 
extrêmement  importante  ,  qu'on  pour- 
roit  appelles:  Ihuile  cffentielle  des  li-*- 
queurs  animales  ,  ou  plus  exactement 
peut-être  Vefprit  recleur ,  dont  la  dif- 
(ipation  laifle  les  autres  humeurs  foi- 
bles  ,  ôc  y  en  quelque  façon  ,  évenr- 
tées. 

Quelle  que  foit ,  dira-t-on  ,  l'im- 
portance de  cette  humeur  ,  puifqu'elle 
eftdépofée  dans  fes  réfervoirs  5  de  quel 
ufage  peut-elle  être  au  corps  ?  L'on 
accorde  y  qu'une  trop  grande  évacua- 
tion des  humeurs  qui  circulent  actuel- 
lement dans  les  vaifleaux  ,  qui  par-là 
même,  fournirent  à  la  nutrition  ,  telles 
que  le  fang  ,  la  férofité,  la  lymphe, 


(i)  Deperfpirationeinfenfibili ,  c.  ij  ,  §.  5  >  p.  nj> 

En  1710  le  DodteurG.  A.  Jacques  foutinc  à  Paris 

«ne  Thefe  fur  cetre  queftion  :  *dn  humorum  prœftaniior 

ftmen  }  &  ,  fuivanc  l'ufage  ,  il  répondit  affirmative-» 

mène. 


L    O  N   A  N  I  S  M  E.  77 

&c,  doit  affoiblir;  mais  il  eft  plus  dif- 
ficile de  comprendre  comment  une 
humeur  ,  qui  ne  circule  plus,  qui  eft 
ifolée,peut  produire  cet  effet.  Je  ré- 
ponds d'abord,  que  des  exemples  fem- 
blables  ,  &  trop  fréquents  pour  n'être 
pas  généralement  connus ,  auroient  dû 
prévenir  cette  objection.  Il  n'y  a  per- 
fonne  qui  n'ait  vu,  qu'une  évacuation 
de  lait  pour  me  borner  à  celle-ci ,  quoi- 
que médiocre  &  peu  longue ,  affoiblit  > 
a  un  point  dont  les  influences  fe  font 
quelquefois  reffentir  pendant  le  refte 
de  la  vie  ,  une  nourrice  dont  la  ianré 
n'eft  pas  vigoureufe  ,  &c  que  la  plus 
robufte  fuccombe  au  bout  d'un  certain 
terme,  La  raifon  en  eft  fenfible  ':  en 
vuidant  trop  fouvent  les  réfervoirs 
deftinés  à  recevoir  quelque  liqueur  , 
l'on  détermine  les  humeurs  >  par  une 
fuite  néceftaire  des  loix  de  la  machi- 
ne ,  à  y  affluer  en  plus  grande  abon- 
dance :  cette  fécrétion  devient  excef- 
five  ;  toutes  les  autres  en  fouffrent  , 
fur- tout  la  nutrition  ,  qui  n'eft  qu'une 
efpece  de  fécrétion  ;  l'animal  languit 
ôc  s'affoiblit.  Mais ,  en  fécond  lieu  ,  il 
y  a  pour  la  femence  une  réponfe , 
qui  n'a  pas  Heu  pour  le  lait  :  le  lait  eft 

Diij 


y  S  l'Onanisme. 

une  liqueur  Amplement  nutritive ,  dont 
la  trop  grande  fécrétion  ne  nuit  qu'en 
diminuant  trop  la    quantité  des    hu- 
meurs :   la  femence    eft  une  liqueur 
aérive,   dont  la  préfence   produit  des 
effets  néceffaires  au  jeu  des  organes  9 
qui  cefle  ,   fi  on  l'évacué  :  une  liqueur  , 
par-là  même  ,    dont   l'émifiion  fuper- 
flue  nuit  par  un   double   endroit.    Je 
m'explique:   il  eft  des  humeurs,  tel- 
les font   la  fueur  &  la  tranfpiration  , 
qui    abandonnent    le  corps    au    mo- 
ment où  elles  font    féparées    des  au- 
tres humeurs,  &  expulfées  des  vaif- 
feaux  de  la  circulation.  Il  en  eft  d'au- 
tres ,  telle  eft  l'urine  ,  qui ,  après  cette 
fcparation  &:  cette  expulfion  ,  font  re- 
tenues pendant  un  certain  temps  dans 
des  réfervoirs  deftinés  à  cela,  &  donc 
elles  ne  fortent ,  que  quand  elles  font 
en  afiTez  grande  quantité  pour  exciter  , 
fur  ces  réfervoirs,  une  irritation  ,  qui 
les  force  méchaniquement  à  fe  vuider. 
Il  en  eft  detroiiiemes  ,  qui  font  fépa- 
rées Se  retenues  ,  comme  les  fécondes  , 
dans  des   réfervoirs  ,  non  point  dans 
la  vue  d'être  ,  du  moins  entièrement, 
évacuées  }   mais   pour  acquérir  ,  dans 
ces  réfervoirs  ,  une  perfection  qui  les 


L    O   N  A  N  I  S  M  Ê.  7^ 

rend  propres  à  de  nouvelles  fondions  5 
quand  elles  rentrent  dans  lamaffe  des 
humeurs.    Telle    eft:  ,  entre    plufïeurs 
autres  ,   la   liqueur  génitale.   Séparée 
dans  les  tefticules,  elle  paflfe  de-là  par 
un  canal  affez  long  ,  dans  les  véficubs 
féminales  ,  &  eft  conftamment  repom- 
pée par  les  vaifTeaux  abforbants  5  &  , 
de    proche  en    proche  >   rendue   à   la 
maiTe  totale   des  humeurs.  C'eft  une 
vérité  que  l'on  démontre  par  bien  <\qs 
preuves  ;    une    feule  fuffit.   Dans   un 
homme  fain  ,  la  féparation  de   cette 
liqueur   fe   fait  continuellement  dans 
les   tefticules  ;   elle  fe  rend  dans  fes 
réfervoirs  ,  dont  l'étendue  eft  très-bor- 
née ,  &c  ne  peut  peut-être  pas  en  con- 
tenir  tout  ce  qui  fe  fépare  dans   un 
jour  ;  cependant  il   eft   des   hommes 
continents    qui   n'en    évacuent    point 
pendant  des  années  entières.  Que  de- 
viendroit-elle    (i  elle  ne  rentroit    pas 
continuellement  dans  les  vaiflTeaux  de 
la  circulation  ?   Rentrée  qui  eft  extrê- 
mement facilitée  par  la  ftru&ure  de 
tous  les  organes  qui  fervent  à  la  fépa- 
ration ,  à  la  route  &  à  la  confervation 
de  cette  humeur.  Les  veines  y  font 
beaucoup    plus    confidérables  que  les 

Div 


£o  L*  O  N  A  N  I  S  M   £y 

artères  ,  &  cela  dans  une  proportion 
qui  ne  fe  trouve  point  auili  grande 
ailleurs  (i).  Aufîi  il  eft  probable  que  ce 
repcrnpement  ne  fe  fait  pas  feulement 
dans  les  véficules  féminales  ,  mais  qu'il 
a  déjà  lieu  dans  les  tefticules  3  dans  les 
épididymes  ,  qui  font  une  efpece  de 
premier  réfervoir  adhérent  aux  tefti- 
cules ^  &  dans  le  canal  déférent ,  qui 
eft  celui  par  lequel  la  femence  va  du 
tefticule  à  la  véficule  féminaire. 

Galien  avoir  fçu  que  les  humeurs 
s'enrichiiîent  de  la  femence  retenue  > 
quoiqu'il  en  ignorât  le  méchanifme  : 
Tout  en  eft  plein  y  dit-il  ,  cke^  ceux  qui 
m  commercent  pas  avec  les  femmes  ;  Von 
nen  trouve  pas  che^  ceux  qui  fe  livrent 
Couvent  à  ce  commerce.  Il  fe  donne  en- 
fuite  beaucoup  de  peine  pour  décou- 
vrir comment  une  petite  quantité  de 
cette  humeur  peut  donner  autant  de 
force  au  corps  \  enfin  il  décide ,  quelle 
tfl  d'une   vertu  exquife  ,  &   quainfi  elle 

(i)  J'adopte  ou  je  parois  adopter  ici  le  fyftême 
commun  que  les  veines  ordinaires  abforbent  ^  dans  le 
fyitême  de  M.  Hunter.  ,  qui  croit  que  l'abforption  ne 
fe  fait  que  par  les  veines  lymphatiques  ,  les  parties 
génitales  font  également  propres  à  une  très-grande  ab- 
sorption ,  puifque  les  vaiileaux  de  cette  efpece  y  font 
ucs  abondants, 


l'Onanisme,  8i 

peut  communiquer  tres-promptement  de  fa 
force  à  toutes  les  parties  du  corps  (j).  Il 
prouve  enfuite  par  plufîeurs  exemples, 
qu'une    petite  caufe  produit  fouvent 
de  grands  effets,  &c  conclut  enfin  :  Efl- 
il  donc  étonnant  que  les  teficuhs  fournif 
fent   une   liqueur  propre  à  répandre  une 
nouvelle  vigueur  fur  tout  le  corps  ?  Le  cer- 
veau produit    bien  les  fenfations  &   les 
mouvements  ,  &  le  cœur  donne  aux  artè- 
res la  force  de  battre  !  Je  finirai  cette 
fection  par  rapporter  ce  que  dit  delà 
femence  l'un  des  plus  grands  hommes 
de  ce  fîécle.  La  Jemence  ejl  gardée  dans 
les    véfcules  feminaïres  jufquà   ce    que 
r homme  en  faffe  ufage  ,  ou  que  les  écoule- 
ments   nocturnes    Ven  privent.    Pendant 
tout  ce  temps-là  ,  la  quantité  qui  s  y  en 
trouve  ,  excite  V animal  à  l'acte  vénérien  ; 
mais  la  plus  grande  quantité  de  cette  fe- 
mence ,  la  plus  volatile  ,  la  plus  odoran- 
te ,  celle  qui  a  le  plus  de  force  ,  ejl  repom- 
pée dans  lefang,  &  elle  y  produit ,  en  y 
entrant  ,    des   changements  bien  furpre- 
nants  \  la  barbe  ,  les  poils  ,  les  cornes  ; 
elle  change  la  voix  &  les  mœurs  ;  car  rdge 
ne  produit  pas  dans  les   animaux   ces 


(i)  De  femine,  1.  J  >c.  34,  t.  j  ?  p.  1179» 

Dv 


I  I  l'Onanis  m  e. 

changements  ,  c'ejl  la  femence  feule  qui 
les  opère  ,  &  on  ne  les  remarque  jamais 
dans  les  eunuques  (i). 

Comment  la  femence  opere-t-elle 
ces  effets?  C'eft- là  un  de  ces  problè- 
mes dont  la  folution  n'eft  peut-être 
pas  encore  mûre.  Ce  qu'on  peut  cepen- 
dant dire  ,  avec  beaucoup  de  probabi- 
lité ,  c'eft  que  cette  liqueur  eft  imjlimu- 
lus  ,  un  éguillon  qui  irrite  les  parties 
qu'il  touche; Ton  odeur  forte,  &  1  irri- 
tation évidente  qu'elle  exerce  fur  les 
organes  de  la  génération  ,  ne  laifTent 
aucun  doute  là-de(Tus  ,  <k  l'on  com- 
prend que  ces  particules  acres,  étant 
continuellement  repompées  &  remê- 
lées aux  humeurs  ,  aiguillonnent  lé- 
gerement ,  mais  fans  interruption  ,  les 
vailTaux  qui  ,  par-là  même  ,  fe  con- 
tractent avec  plus  de  force  }  leur  action 
fur  les  fluides  eft  plus  efficace  }  la  cir- 
culation eft  plus  animée  ;  la  nutrition 
plus  exadte  ;  toutes  les  autres  fondions 
fe  font  d'une  manière   plus  parfaite  ; 

(i)  Haller.  ,  prîm.  lin.  phyf.  §.  790.  L'on  peut 
con^ulrer  fur  ces  matières  Wharton  de  glandulis  , 
Russel  ne  œconomia  nature  in  glanJul.  mnb.  p.  5>ii. 
Skmkider.  de  regrejfu  fem>nis  a.i  înajfam  famguiiUdM  9 
Supplém.  aux  attes  des  Sçavans  de  Leiptîc  ,  t.  5.  p* 
M  2.  ,  &  une  foule  d'autres  auteurs  phyfîologiiles. 


l'Onanisme,  &J 

quand  ces  fecours  manquent  5  plusieurs 
fonctions  ne  fe  développent  jamais  ; 
c'eft  le  cas  des  eunuques  (i),  toutes 
fe  font  mal. 

Il  fe  préfente  ici  une  queftion  alfez 
naturelle  ;  c'eft,  pourquoi  les  eunuques 
n'éprouvent  pas  les  mêmes  maux  5  que 
ceux  qui  s'épuifent  par  les  débauches 
vénériennes  ?  il  n'eft  guère  poflible 
de  répondre  exactement  à  cette  que- 
ftion y  qu'à  la  fin  de   la  fe&ion  fui- 


vante. 


SECTION     VIL 

Examen     des    circonflances  qui   accom- 
pagnent rémijjion. 

J.  l  y  a  plufieurs  évacuations  qui  fe 
font  fans  qu'on  s'en  apperçoive  :  toutes 
les  autres  fe  font  dans  l'état  de  parfaite 
fanté ,  avec  une  facilité  qui  fait  qu'el- 
les n'ont  aucune  influence  fur  le  refte 
de  la  machine  )  le  plus  léger  mouve- 

(i)Ceux  qui  voudront  lire  un  tres  bon  ouvrage  fur 
ces  hommes  imparfaits ,  doivent  fe  procurer  Withob 
de  cajlratis* 

Dvj 


84  l'Onanis  m  e. 

ment  dans  l'organe  qui  en  renferme 
la  matière  ,  fuffit  à  l'expulsion.  Il  n'en 
eft:    pas  de   même  de   l'évacuation  du 
fperme.  Il  ne  faut  rien  moins  que  dts 
ébranlements  généraux  ,  une  convul- 
fîon  de  toutes  les  parties  5  une  augmen- 
tation de  vîtefle  dans  le  mouvement 
de  toutes  les  humeurs  ,  pour  la  dépla- 
cer &  lui  donner  iiïue.  Eft-ce  trop  ha- 
farder  de  dire  qu'on  peut  regarder  ce 
concours  néceffaire  de  toute  la  machi- 
ne ,  au   moment  de  fon  évacuation  , 
comme  une  preuve  fenfble  de  l'in- 
fluence qu'il  a  fur  tout  le  corps  ?  Le 
coït  ,   dit  Démocrite ,  eft   une  efpece 
d'épilepfîe.  Cejl  ,  dit  M.  de   Haller  , 
une  action  tres-violente ,  qui  ejl  tres-voi- 
Jine  de  la   convulfion  y  &   qui  y  par-la 
même  ajfoiblit  étonnamment  5   &  nuit  à 
tout  le  fyjlême  nerveux.  L'on  a  vu  dans 
les    observations  que    j'ai   rapportées 
plus  haut,  &  dans  quelques  unes  de 
celles  que  j'ai  citées  ,  l'émiflîon  accom- 
pagnée de    vraies  convulfîons  ,  d'une 
efpece  d'épilepfîe  ;  ôc  la  même  obfer- 
vation    fournit  les  preuves   évidentes 
de   l'influence    que    ces    mouvements 
violents  eurent   fur  la  fanté  du  mal- 
heureux qui  en  eft  le  fujet.  La  promp- 


l'  Onanisme.  85 

tirtide  avec  laquelle  rafFoiblifTement 
fuit  l\i£te  ,  a  paru  à  bien  des  gens ,  & 
avec  raifon  ,  une  preuve  que  ce  ne 
pouvoir  être  la  feule  privarion  de  fe- 
mence  qui  l'occahonnoit  j  mais  ce  qui 
prouve  démonftrativement  combien 
le  fpafme  doir  affoiblir  ,  c'efl:  l'affoi- 
blilïement  qu'éprouvent  tous  les  mala- 
des qui  ont  des  accès  de  maladies  con- 
vulfives  :  celui  qui  fuit  les  accès  d'épi- 
lepiie  eft  quelquefois  exceffif. 

Ce  n'eft  qu'au  fpafme  qu'on  peut 
attribuer  l'effet  que  le  coït  produifk 
fur  XJmman  d'une  ville  de  SuiflTe , 
dont  F.  Platerus  nous  a  confervé  l'hi- 
ftoire  5  8c  qui  3  s'étant  remarié  déjà 
vieux  ,  fut  faifi  en  voulant  célébrer 
ùs  noces  ,  d'une  fuffocation  iî  violen- 
te ,  qu'il  fut  obligé  de  ceffer.  Le  même 
accident  le  reprit  toutes  les  fois  qu'il 
tenta  le  même  effai.  Il  s'adreffa  à  une 
foule  de  charlatans }  l'un  lui  promit , 
après  lui  avoir  fait  prendre  plufîeurs 
remèdes  ,  qu'il  n'avoit  plus  aucun  dan- 
ger à  courir.  Il  hafarda  une  nouvelle 
tentative  fur  la  parole  de  fon  Efculape; 
le  fuccès  en  fut  d'abord  le  même  ;  mais 
plein  de  confiance  >    il   voulut   aller 


g  6  L'ON  ANISM  E. 

jufques  au  bout ,  &  mourut  dans  faéte 
même  ,  entre  les  bras  de  fa  femme  (i). 

Les  palpitations  violentes  ,  qui  ac- 
compagnent quelquefois  le  coït  3  font 
auiîî  un  fymptôme  convulfif.  Hippocratt 
parle  d'un  jeune  homme  à  qui  des  excès 
en  vin  &  en  femmes  avoient  occafion- 
né  5  entr'autres  fymptômes  ,  des  pal- 
pitations continuelles  (2)  }  &  D.olœus 
en  a  vu  un  faifi  dans  l'adte  même  d'une 
palpitation  fi  violente  ,  qu'il  auroit  été 
étouffé  s'il  avoit  perfifté  (  3  ).  L'on 
trouve  dans  Hoffman  d'autres  faits 
femblables. 

L'obfervation  de  l'enfant ,  cité  plus 
haut ,  eft  encore  une  preuve  qui  n'a  pas 
échappé  à  la  fagacité  de  M.  Rajl  3  du 
pouvoir  de  la  caufe  convulfive  }  puif- 
qu'à  cet  âge  ,  il  ne  pouvoit  guère  éva- 
cuer qu'une  humeur  des  proftates  >  8c 
non  point  une  véritable  femence. 

Ces  remarques  ont  été  faiiies  par  le 
plus  grand  nombre  des  bons  auteurs  qui 
ont  écrit  fur  cette  matière.  Galkn  pa- 
raît  les  avoir  déjà  faites.  La   volupté 


(1)  Felic.  Plateri  ,   Obfeivat.  lib.   prim.  fufîbca- 
tio  ex  congreiTii  ,  p.  174. 

(2)  Epidera.  1.  3.  f.  7  ,  «g.  17  ,  Focf.  p.  11 17. 
(5)  fcncyclop.  Medic.  1.  %9  c«  6  jp«  347. 


l'Onanisme*  87 

elle-même ,  dit-il,  affoiblit  les  forces  vita- 
les. M.  Fleming  n'a  pas  omis  cette  caufe 
dans  fort  beau  Poëme  fur  les  maladies 
des  nerfs. 

Quin  ctiam  nervos  frangk  quascumque  voluptas  (i). 

Sanclorius  établit  pofîtivement  ,  que 
les  mouvements  afFoibliffent  plus  que 
l'émifîion  du  fperme  :  Se  il  eft  bien 
étonnant  que  M.  Gorter  ,  {on  commen- 
tateur, ait  cherché  à  perfuader  le  con- 
traire. La  raifon  qu'il  en  donne,  en 
affûtant  que  ces  mouvements  n'affoi- 
blifïènt  pas  plus  que  d'autres  mouve- 
ments quelconques  ,  parce  qu  'ils  ne  font 
pas  convuljïfs ,  ne  perfuadera  perfonne* 
Un  exemple  ,  s'il  peut  en  citer  un  ,  ne 
fait  pas  la  loi.  Lijler,  Nogue^ ,  Çhàncy  , 
qui  ont  commenté  le  même  ouvrage 
avant  lui ,  ne  penfent  pas  comme  lui , 
Se  ils  attribuent  une  partie  du  danger 
à  PaflfoiblifTement  que  laiffent  lescon- 
vulfîons.  Le  coït,  ait^ogue^y  eft  une 
convulfîon  y  il  difpofe  les  nerfs  aux 
mouvements  convulfîfs  ;  Se  la  plus  lé- 
gère occafion  les  fait  naître  (2). 


(t)  Neuropathia,  1.  i  ,  y.  37  j. 
(2.;  Sctt.  $,aph,iç>. 


8  8  l'Onanisme, 

Jé  A.Borelli^  l'un  des  premiers  créa^ 
teurs  de  la  Phyfiologie  5  ne  les  avoir  pas 
envifagéscornmeM.  Gorter:  il  eft  pofï- 
tif  fur  cer  article  ;  cet  acte  eft  accompagné, 
d'une,  efpece  d'affection  convulfve  ,  qui 
porte  tes  plus  rudes  atteintes  au  cerveau 
&  à  tout  le  genre  nerveux  (i  j. 

M.  Senac  arrribue  positivement  aux 
nerfs  les  foibleftes  qui  fuivent  le  coït. 
La  caufe  la  plus  vraifemblable  de  la 
fyncope  qui  furvient  quand  un  abfcès 
s'ouvre  dans  l'intérieur  de  l'abdomen  : 
ctfl  3  dit-il  ?  l'action  des  nerfs  qui  Je  met- 
tent alors  en  jeu.  Cela  ejl  confirmé  par 
l'abattement  ou  par  la  fyncope  qui  fuivent 
Veffu(ïon  du  fperme  ;  car  ce  neft  quaux 
nerf  qu'on  peut  imputer  cette  défaillant 
ce(i). 

M.  Lewis  (3)  attribue  plus  a  cette 
caufe  qu'à  l'autre  ,  tout  comme  San- 
ciorius. 

Dès  qu'il  y  a  convulfion  ^  le  genre 
nerveux  fe  trouve  dans  un  état  de 
tenfion ,  ou  5  plus  exa&ement ,  dans 
un  degré  d'adtion  extraordinaire  ^  dont 
la  fuite  néceftaire  eft  un  relâchement 


(  1  )  De  motu  animal.  1.  2  ,  c.  1  2  ,  prop.  1 70. 
(i)  Traité  du  coeur,  1,  3  ,  c.  12.  J.  3.  p.  5  }9> 
(î)Aphor.  4,  p.  6. 


l'Onanisme.  $9 

exceflif.  Tout  organe  ,  qu'on  a  monté 
au-deflus  de  fon  ron  ,  retombe  au- 
deflous  :  par- là  même,  les  fondions 
qui  en  dépendent  fe  font  nécessaire- 
ment mal  y  &  comme  les  nerfs  in- 
fluent fur  toutes  ,  il  n'en  eft  point 
qui  n'éprouve  quelque  dérangement, 
quand  ils  font  afFoiblis 

Une  raifon  qui  contribue  aufîi  à  l'af- 
foiblifïèment  du  genre  nerveux ,  c'eft 
l'augmentation  de  la  quantité  du  fang 
dans  le  cerveau  pendant  l'a&e  véné- 
rien ,  augmentation  bien  démontrée, 
&  qui  eft  allée  plufieurs  fois  jufqu'à 
produire  l'apoplexie  ;  Ton  en  trouve 
plusieurs  exemples  dans  les  obferva- 
teurs  ,  &  Hoffman  rapporte  celui  d'un 
foldat ,  qui  fe  livrant  à  cet  a6le  avec 
fureur,  mourut  apoplectique  dans  h 
coït  même  ;  l'on  trouva  le  cerveau 
plein  de  fang.  C'eft  par  cette  même 
augmentation  de  fang  5  qu'on  explique 
pourquoi  ces  excès  produifent  la  ma- 
nie (1).  Cette  quantité  de  fang  ,  diften- 
dant  les  nerfs ,  les  affoiblit  }  ils  réfiftent 
moins  aux  impreftions  >  &  c'eft  ce  qui 
fait  leur  foiblefTe. 

(1)  De  morb.  à  mm.  yener.  J,  17* 


pé  l'Onanisme, 

En  réfléchitfant  fur  les  eftets  de  ces 
deux  caufes ,  l'évacuation  de  la  femence 
&  les  mouvements  convulfifs ,  il  eft  aifé 
d'expliquer  les'défordres  qui  doivent 
en  réfulter  dans  l'économie  animale. 
L'on  peut  les  ranger  fous  trois  clafles  ; 
la  dépravation  des  digeftions  ,  Faffoi- 
blifTement  du  cerveau  &  du  genre  ner- 
veux ,  le  dérangement  de  la  tranfpi- 
ration.  L'on  verra  qu'il  n'eft  aucune  ma- 
ladie chronique  ,  qu'on  ne  puiflfe  dé- 
duire de  cette  triple  caufe. 

Le  relâchement,  dans  lequel  ces  ex- 
cès jettent  ,  dérange  les  fonctions  de 
tous  les  organes  ,  dit  un  des  auteurs  qui 
a  le  mieux  écrit  fur  la  Diététique  ;  & 
la  digeftion ,  la  coârion ,  la  rranfpifa- 
tion  ,  les  autres  évacuations  ne  fe  font 
plus  comme  il  faut  :  d'où  il  téfttlte  une 
diminution  fenfible  des  forces  ,  de  la 
mémoire,  &  même  de  l'entendement  j 
un  obfcurcilfement  dans  la  vue ,  tous 
les  maux  de  nerfs  ,  toutes  les  efpeces 
dégoutte  ou  de  rhumatifme3  une  foi- 
blefle  étonnante  dans  le  dos,  la  con- 
fomption,  la  foibleffe  des  organes  de 
la  génération  ,  des  urines  fanglantes  , 
un  dérangement  dans  l'appétit  ,  des 
maux  de  tête  &  un  grand  nombre  d'au- 


l'Onanisme.  yt 

très  maladies  ,  qu'il  eft  inutile  Je  dé* 
tailler  ici  ;  en  un  mot  rien  n'abrège 
autant  la  vie  que  l'abus  des  plaifirs  de 
l'amour  (1). 

i°.  L'eftomac  eft  la   partie  qui  fe 
reflent  la  première  de  toutes  les  cau- 
(es  qui  affoiblifTent ,  &  cela  ,  parce  que 
c'eft  celle  dont  les  fonctions  deman- 
dent la  plus  grande  perfedion  dans  l'or- 
gane. La  plus  grande  partie  des  autres 
font  autant  paffives  qu'adives  ;  l'efto- 
mac eft  prefqu'entieremet  adif }  auiîi , 
dès  que  fes  forces  diminuent  5  fes  fon- 
dions fe  dérangent  :  vérité  d'obferva- 
rions  ,  qui ,  jointe  à  la  fuivante  &  à  la 
variété  des  impreffions  premières ,  Se 
fouvent  fâcheufes  ,  que  ce  qu'on  avale 
produit  fur  ce  vifeere  ,  rend  raifon  de 
la  fréquence  5  de  la   bizarrerie  &  de 
l'opiniâtreté  de  fes   maladies.   Il  eft , 
de  toutes  les  parties  du  Corps  ,  l'une  de 
celles  qui  reçoit  le  plus  grand  nombre 
de  nerfs  ,  &  dans  laquelle,  par-là  mê- 
me ,  il  fe  diftribue  une  plus  grande 
quantité    d'efprits    animaux.   Ce    qui 
aflfoiblit  l'adion  des  uns ,  &  diminue 
la  quantité,  ou  altère  la  qualité  des  au- 

(i)  Lynch  guide  to  health  ,  p.  3°*« 


$2  l'  O  N  A  N  I  S  M  E. 

très  5  doit  donc  diminuer  la  force  de 
ce  viicere  plus  que  d'aucun  autre  ;  c'eft 
ce  qui  arrive  dans  les  excès  vénériens. 
L'importance  de  la  fon&ion,  à  laquelle 
il  eft  deftiné  ,  fait  que  dès  qu'elle  fe 
fait  moins  bien  ,  toutes  les  autres  s'en 
repentent. 

Hujus  cnim  validus  firmat  ténor  omnia  membra  : 
At  centra  ejufdem  franguntur  cun&a  dolore  (i). 

Dès  que  les  digeftions  fe  font  im- 
parfaitement 5  les  humeurs  prennent 
un  caradtere  de  crudité  ,  qui  les  rend 
impropres  à  toutes  leurs  destinations  ; 
mais  qui  empêche  fur-tout  la  nutri- 
tion, dont  dépend  la  réparation  des 
forces.  Il  iuffit ,  pour  s'apurer  de  l'in- 
fluence générale  de  l'eftomâc  ,  d'ob- 
ferver  l'état  d'une  perfonne  ,  qui  éprou- 
ve une  digeftion  laborieufe  :  les  for- 
ces fe  perdent  dans  quelques  minutes  #T 
un  mal-aife  général  rend  la  foiblelTe 
plus  à  charge  'y  les  organes  des  fens 
s'émouflfent ,  l'ame  même  n'exerce,  fes 
facultés  qu'imparfaitement  }  la  mémoi- 
re 5  èc  fur-tout  l'imagination  ,  paroif- 
fent  anéanties  ;  rien  en  un  mot  >  ne 

(i)Q.  Serenus  Samm, 


l*  Onanisme.  95 

rapproche  plus  un  homme  cTefprit  d'un 
fot ,  qu'une  digeftion  pénible. 

Une  belle  obfervation  rapportée  par 
M.  Payva,  Médecin  Portugais ,  habi- 
tué à  Rome .,  répand  un  grand  jour  fur 
raflfbibliflTement  prodigieux  dans  lequel 
les  excès  de  ce  genre  jettent  l'eftomac. 
Quand  les  defirs  vénériens,  dit- il  >font 
montés  che^  les  jeunes  gens  à  leur  plus 
haut  degré ,  ils  éprouvent  une  efpece  de 
fenfation  agréable  à  l'orifice  de  Feflomac  ; 
mais  s  ils  Jatisfont  ces  dejîrs  avec  trop 
£ impétuofité  6*  au-dzlà  de  leurs  forces 
ils  éprouvent  dans  ce  même  endroit  une 
fenfation  extrêmement  dêf agréable  &  fà- 
çheufe  quils  ne  peuvent  pas  exprimer  ; 
&  ils  payent  bien  chèrement  leurs  excès 
par  la  maigreur  >  le  marafme  &c.  dans 
lef quels  ils  tombent  (  1  ). 

Aretèe  avoir  déjà  connu  cette  vérité 
(2) ,  &  M.  Boerhaave  emploie  les  mê- 
mes expreflîons   que   M.    Payva  :  il 

(1)  în  tencigine  ardentifïîraâ  jnvenum  ineft  quid 
grati  in  ore  ventticuli  j  in  concubitum  fi  ruant  falacif- 
fïmi  ,  &  ultra  vires  tendant  opus ,  tune  in  oreventricu- 
li  manet  illuci  ingratifïlmum  amarumejue  quod  expri- 
mere  nequeunc  :  pœnas  &  luunt,  &  poenitenciâ  dolent  : 
hinc  macies ,  marafmus ,  &c.  G.  R.  De  Payva.  De 
arre&u  atrabilario  mirachiali,  &c.  p.  17. 

(i)  De  morb.  chronic.  1.  1  ,  c.  6  ,  ftomachus  d#- 
le&ationis  triftitteque  princepseft. 


c>4  i/O  NANISME. 

ajoute  que  ce  fentiment  douloureux  fe 
diflîpe  ,  à  mefure  qu'ils  reprennent 
leurs  forces  (i)  :  il  confirme  la  même 
cîiofe  ailleurs  ,  en  y  joignant  une  règle 
de  pratique  très-utile  ;  c'eft  que  quand 
il  furvient  des  accès  d'épilepfîe  ,  après 
des  excès  vénériens ,  il  faut  penfer  à 
fortifier  les  nerfs  de  Peftomac  (2). 

2°.  La  foibleiïe  du  genre  nerveux , 
qui  difpofe  à  tous  les  accidents  para- 
lytiques &  fpafmodiques,eft  produite, 
comme  je  l'ai  déjà  dit ,  par  les  mouve- 
ments convulfifs  qui  accompagnent  Fé- 
miflïon  y  en  fécond  lieu ,  par  le  vice 
des  digeftions  :  dès  qu'elles  pèchent, 
les  nerfs  s'en  reflfentent,  8c  s'en  reflTen- 
tent  d'autant  plus  que  le  fluide  qui  les 
pénètre  étant  le  dernier  ouvrage  de 
ïa  coction  3  celui  qui  fuppofe  la  plus 
parfaite  ,  quand  elle  eft  altérée,  il  eft 
celui  des  fluides  animaux  ,  qui  en  eft 
îe  plus  fenfiblement  affe&é  ;  celui  fur 
lequel  la  crudité  des  humeurs  a  le  plus 
d'influence.  Enfin  ,  ce  qui  augmente 
cet  affoibliiTcment  ,  c'eft  l'évacuation 
d'une  humeur  analogue  aux  efprits  ani- 


(i)  De  morb.  nervor.  p.  454- 
(i;  Ibid.  p. 807. 


l'Onanisme,  5>j 

maux ,  &  qu'à  raifon  de  cette  analo- 
gie ,  on  ne  peut  point  évacuer ,  fans 
diminuer  la  torce  du  genre  nerveux  , 
dont  les  doutes  modeftes  de  quelques 
grands  hommes ,  qui  n'ofent  affirmer 
en  phyfique ,  que  ce  dont  la  vérité 
tombe  fous  leurs  fens5  &lesobje&ions 
de  quelques  phyfiologiftes  fubalternes 
ou  fyftématiques,  ne  m'empêchent  pas 
d'attribuer  la  force  à  ces  efprits.  D'ail- 
leurs ,  indépendamment  du  dommage 
qui  réfulte  de  cette  évacuation ,  relati- 
ve ment  à  la  quantité  d'efprits  animaux , 
elle  nuit  >  en  ce  qu'elle  prive  les  vaif- 
feaux  de  ce  léger  aiguillonnement  que 
produit  le  fperme  repompé  ,  &  qui 
contribue  fî  fort  à  la  codion.  Elle  nuit 
donc  ,  &c  en  fouftraifant  une  partie 
d'efprits  animaux  >  ou  au  moins  d'une 
humeur  très  -  précieufe  ,  &  en  dimi- 
nuant la  codtion  ,  fans  laquelle  ces  ef- 
prits ne  font  préparés  qu'imparfaite- 
ment &c  infuffifamment. 

Il  y  a  ,  entre  les  maladies  de  l'efto- 
mac  &  celles  des  nerfs ,  un  cercle  vi- 
cieux. Les  premières  font  naître  les  fé- 
condes }  &c  celles-ci  une  fois  formées  3 
contribuent  infiniment  à  les  augmei> 


€j(y  l'Onanisme, 

ter.  Quand  l'obfervation  journalière 
ne  le  prouverok  pas ,  la  feule  infpe- 
dàcrn  anatomique  de  Peftomac  fuffi- 
roit  pour  en  convaincre.  La  quantité 
de  nerfs ,  qui  s'y  diftribuent ,  démontre 
combien  ils  font  néceftaires  à  fes  fon- 
ctions y  &  combien  par- là  même ,  elles 
doivent  être  dérangées  ,  quand  ils  ne 
font  pas  en  bon  état. 

3°.  Enfin  ,  la  tranfpiratïon  fe  fait 
moins  bien  :  Sanciorius  a  même  déter- 
miné la  quantité  dont  elle  diminuoit; 
&  cette  évacuation  ,  la  plus  confidé- 
rable  de  toutes  ,  ne  peut  pas  être  fup- 
primée  qu'il  n'en  refaite  promptement 
une  foule  de  fymptômes  différents. 

L'on  comprend  aifément  qu'il  îa'eft 
point  de  maladies  qui  ne  puiifent  être 
produites  par  cette  triple  caufe.  Je 
n'entrerai  pas  dans  l'explication  de 
tous  les  fymptômes  particuliers  j  ce 
détail  prolongerait  trop  ce  petit  ou- 
vrage ,  ôc  n'intérefferoit  que  les  Mé- 
decins auxquels  il  eft  inutile  :  l'on 
peut  voir  ce  qu'en  dit  M.  Gorter  (i). 

M.  Clifton  Wintringham  a  très-bien 
détaillé  les  dangers  de  cette  évacuation 

(i)  De  perfpirat.  c,  17  ,  $.  S  ,  12  ,  &  aph. 

relativement 


L5  O  N   A  N  I  S  M  E,  97 

relativement  aux  goutteux  ,  &  fon  ex- 
plication mérite  d'être  lue  (  i). 

Feu  M.  Gun^ius  (i)  ,  enlevé  à  la  Mé- 
decine à  la  fleur  de  fon  âge  >  a  donne  une 
explication  méchanique  très  ingénieufe 
des  inconvénients  de  ces  excès  relati- 
vement à  la  refpiration  ;  il  parle  dans 
cet  endroit  d'un  homme  qui  s'étoit 
attiré  par -là  une  toux  continuelle, 
fymptôme  que  j'ai  vu  chez  un  jeune 
homme  qui  mourut  victime  de  l'ona- 
nifme.  Il  étoit  venu  à  Montpellier 
pour  faire  {es  études  ;  fes  excès  dans 
cette  infamie  le  jetterent  dans  Téti- 
fïe  ,  &  je  me  rappelle  que  fa  toux  étoit 
fi  forte  &  il  continuelle  ,  que  tous  fes 
voifins  en  étoient  incommodés.  On  le 
faigna  fréquemment  dans  la  vue ,  fans 
doute  >  d'abréger  fes  foufFrances.  Une 
confultation  lui  ordonna  d'aller  pren- 
dre les  bouillons  de  tortue  chez  lui  (  il 
étoit ,  fi  je  ne  me  trompe  ,  Dauphinois  ) 
&  lui  promit  une  guérifon  complette  j 
il  mourut  deux  heures  après. 

Ce  qu'on  comprend  le  moins  aifé 

(i)  The  Works  of  chelate  Clifcon  WintringHAM 
t.  2  ,p,  Ss  ,&c. 

(i)  Commenc,  in  lib.  de  humoribus  ,  p.  128. 


9  3  l'Ona  N  I  S  M  E. 

mène  ,  ou  plutôt  ce  qu'on  ne  comprend 
point  du  tout,  c'eft  cet  affoiblilfement 
prodigieux  des  facultés  de  Pâme.  La  fo- 
lution  de  ce  problême  tient  à  la  que- 
ftion  infoluble  pour  nous  ,  de  l'in- 
fluence des  deux  fubftances  Tune  fur 
l'autre  ,  &  nous  fommes  réduits  à  i'ob- 
fervation  des  phénomènes.  Nous  igno- 
rons ,  &  la  nature  de  Pefprit  &  celle  du 
corps  ^  mais  nous  fçavons  que  cqs  deux 
parties  de  l'homme  font  intimement 
unies ,  que  tous  les  changements  que 
lùine  éprouve  font  repentis  par  l'au- 
tre :  une  circulation  un  peu  plus  ou 
moins  vîte ,  un  fang  un  peu  plus  ou 
moins  épais  ,  quelques  onces  d'ali- 
ments de  plus  ou  de  moins,  la  même 
quantité  d'un  aliment  plutôt  que  d'un 
autre  ,  une  taffe  de  café  au  lieu  d'un 
peu  de  vin  ,  un  fommeil  plus  ou  moins 
long  ou  tranquille  ,  une  felle  un  peu 
plus  ou  moins  abondante  ,  une  trans- 
piration trop  forte  ou  trop  foible  , 
changent  du  tout  au  tout  notre  façon 
de  voir  &c  de  juger  les  objets  :  d'une 
heure  à  l'autre ,  les  révolutions  de  la 
machine  nous  font  fentir  &c  penfer 
différemment  ,  8c  nous  font  y  à  leur 


l'On  a  n  i  s  m  e.  99 

gré  ,  de  nouveaux  principes  des  vices 
&C  des  vertus  ;  tant  font  vrais  les  vers 
du  premier  fatyrique  moderne. 

Tour,  fuivant  l'intellect  ,  change  d'ordre  &  de  rang  : 
Ainfl  c'eft  la  nature  6c  l'humeur  des  perfonncs  , 
Et  non  la  qualité  ,  qui  rend  les  chofes  bonnes. 
C'eft-  un  mal  bien  étrange  au  cerveau  des  humains(i)* 

Tant  eft  exadt  le  tableau  que  Lucrèce 
a  tracé  de  cette  union  intime. 

— — Gigni  pariter  cum  corpore  ,  Se  una 
Crefcere  fentimus ,  pariterque  fenefeerc  mentem  ; 
Nain  velut  infîrmo  pueri ,  teneroque  vagantur 
Corpore  ;  û*c  animifequitur  fententia  tennis, 
Inde  ubi  robuftis  adolevit  viribus  astas, 
Coniilium  quoquemajus  ,  &  audior  eft  animi  vifis 
Poft  ubi  jam  validis  quaffàtu'ft  viribus  xvi 
Corpus ,  &  obtuiîs  ceciderunt  viribus  artus  ; 
Claudicat  ingenium  ,  délirât  linguaque  ,  menfque  9 
Omnia  deficiunt ,  arque  uno  tempore  défunt. 
Quin  etiam  morbis  in  corporis  avius  errât 
Sa?pe  animus,  démentit  enim  ,  deljtaque  fatur.  (i). 

L'obfervation  nous  apprend  égale- 
ment que  ,  de  toutes  les  maladies ,  il 
n'y  en  a  point  qui  affe&ent  Pâme  plus 

(i)  Régnier,  fatyrc5. 

(^)  Denatui&erum  ,  1»  4 ,  y.  44*. 

Eij 


îoo  l'Onanisme. 

prompremenr  que  celles  du  genre  ner- 
veux :  les  épiieptiques  qui  ,  au  bout  de 
quelques  années ,  tombent  prefqu'ordi- 
nairement  dans  l'imbécillité  ,  en  four- 
nirent une  trifte  preuve,  qui,  en  mê- 
me temps  ,  nous  apprend  qu'il  n'eft 
point  étonnant  fi  des  a£tes ,  qui ,  com- 
me on  l'a  dit  plus  haut,  font  toujours 
légèrement  épiieptiques  ,  produifent 
cet  afFoibliffement  du  cerveau,  &  , 
par-là  même  ,  des  facultés. 

L'affoiblilfement  du  cerveau  &  du 
genre  nerveux  eft  fuivi  de  celui  des 
fens;  &  cela  eft  naturel.  Sanctorius  y 
Hoffmann  ,  &  quelques  autres  ,  ont 
cherché  à  expliquer  pourquoi  la  vue 
fouffroit  plus  particulièrement  :  mais 
leurs  raifons  ,  qui  font  vraies ,  ne  me 
paroiffent  pas  fuffifantes.  Les  prin- 
cipales, &c  celles  qui  font  particuliè- 
res à  cet  organe  ,  font  la  multitude 
des  parties  qui  compofent  l'œil ,  & 
qui  j  étant  toutes  fufceptibles  de  dif- 
férents vices  ,  le  rendent  infiniment 
plus  fujet  à  des  dérangements  que  les 
autres.  Les  nerfs,  en  fécond  lieu  ,  fer- 
vent ici  à  plufieurs  ufages ,  &  font  en 
très-grand  nombre.  Enfin  cet  afflux 
d'humeurs  fur  cette  partie  pendant  le 


lO  nanisme.  ioï 

temps  de  l'acte  ,  afflux  dont  la  fcintil- 
lation  ,  qu'on  apperçoit  alors  dans  les 
yeux  des  animaux ,  forme  une  preuve 
fenfîble  ,  produit  dans  les  vaifTeaux 
d'abord  une  foiblefle,  &  enfuite  des 
engorgements  ,  dont  la  perte  de  la  vue 
eft  une  fuite  nécetfaire. 

Il  eft  aifé  a&uellementde  répondre  a 
la  queftion  propofée  plus  haut  ;  pour- 
quoi les  eunuques',  qui  n'ont  point  de 
femence  ,  ne  font-  ils  pas  expofés  aux 
maladies  que  nous  venons  de  décrire  ? 

Il  y  en  a  deux  raifons  très-fuffifan- 
tes*  La  première  ,  c'eft  que  s'ils  ne 
retirent  pas  les  avantages  que  produit 
cette  liqueur  ,  quand  elle  a  été  prépa- 
rée &  repompée  j  d'un  autre  côté  ils 
ne  perdent  point  cette  partie  précieufe 
du  fans  defcinée  à  devenir  femence. 
Ils  n'éprouvent  pas  ces  changements  , 
qui  font  dûs  à  la  femence  préparée  ,  8c 
que  j'ai  indiqués  plus  haut  ;  mais  ils 
ne  doivent  pas  non  plus  être  expoiés 
aux  maux  qui  viennent  de  la  priva- 
tion de  cette  humeur  non  préparée. 
L'on  pourroit ,  fî  l'on  veut  me  per- 
mettre d'employer  les  termes  des  mé- 
taphyficiens ,  diftinguer  la  femence  en 
femence  à  faire  y  fenun  in  potentia  ;  c'eft: 

Eiij 


ioi  l'Ona^isml 

cette  partie  précieufe   des  humeurs  0 
que  les  tefticules  féparent  :  Se  femence 
faite  ,  femen  in  actu.  Si  la  première  ne 
fe  fépare  pas,  la  machine  manque  des 
fecours   qu'elle  retire   de  la  femence 
préparée,  &  n'éprouve  point  les  chan- 
gements qui  en  dépendent  ,  mais  elle 
ne  s'appauvrit  pas  \  elle  n'acquiert  pas  3 
mais  elle  ne  perd  pas  }  on  refte  dans 
l'état  d'enfance.  Quand  la  femence  fe 
fépare  &  s'évacue  ,  c'eft  alors  une  pri- 
vation ,  un  appauvriffement    réel.  La 
féconde  raifon,  c'eft  que  les  eunuques 
n'éprouvent  point  ce  fpafme,  auquel 
j'ai  attribué  une  grande  partie  des  maux 
qui  fuivent  ces  excès. 

Les  accidents  qu'éprouvent  les  fem- 
mes s'expliquent  tout  comme  ceux  des 
hommes.  L'humeur  qu'elles  perdent 
étant  moins  précieufe  ,  moins  travail- 
lée, que  le  fperme  de  l'homme,  fa 
perte  ne  les  affoiblit  peut-être  pas  aufli 
promptement  ;  mais  quand  elles  vont 
jufqu'à  l'excès  ,  le  genre  nerveux  étant 
plus  foible  chez  elles ,  &  naturelle- 
ment plus  difpofé  au  fpafme  ,  les  acci- 
dents font  violents.  Des  excès  fubits 
les  jettent  dans  des  accidents  analogues 
à  celui   d'un- jeune   homme   dont  j'ai 


l'Onanisme,  ioj 

parlé  plus  haut  >  pag.  47  ,  &  j'ai  été  le 
témoin  d'un  trifte  fpe&acle  en  ce  gen- 
re. En  1746  ,  une  fille  âgée  de  vingt- 
trois  ans  ,  défia  fix  Dragons  Efpagnols  5 
&  foutint  leurs  aflauts  pendant  toute 
une  nuit  dans  une  maifon  aux  portes 
de  Montpellier.  Le  matin  on  l'appor- 
ta en  ville  mourante  :  elle  expira  le 
foir  ,  baignée  dans  fon  fang  5  qui  ruif- 
feloit  de  la  matrice.  Il  eut  été  mtéref- 
fant  de  s'alïurer  fi  cette  hémorrhagie 
étoit  la  fuite  de  quelque  blefluf  e ,  ou 
ii  elle  ne  dépendoit  que  de  la  dilata- 
tion des  vaiflfeaux ,  produite  par  l'a- 
éfcion  augmentée  de  cet  organe. 


SECTION      VIII. 

Caufcs  de    danger  ,    particulières    à  la 
majlurbation. 

'on  a  vu  plus  haut ,  que  la  maflur- 
bation  étoit  plus  pernicieufe  que  les 
excès  avec  les  femmes.  Ceux  qui  font 
intervenir  par -tout  une  providence 
particulière  ,  établiront  que  la  raifon 
en  efl:  une  volonté  fpéciaîe  de  Dieu  , 
pour  punir  ce  crime.  Perfuadé  que  les 

E  iv 


L 


IG4  l'Onanisme, 

corps  ont  été  aftreints  ,  dès  leur  créa- 
tion ,  à  des  loix  qui  en  régiflent  né- 
ceflairement  tous  les  mouvements  3  & 
dont  la  Divinité  ne  change  fécono- 
mie  5  que  dans  un  petit  nombre  de  cas 
réfervés  ,  je  ne  voudrois  avoir  recours 
aux  caufes  miraculeufes  ,  que  quand 
on  trouve  uneoppofition  évidence  avec 
les  caufes  phyfiques.  Ce  n'eft  point  le 
cas  ici  :  tout  peut  très  bien  s'expliquer 
par  les  loix  de  la  méchanique  du  corps  , 
ou  parcelles  de  fon  union  avec  l'ame. 
Cette  habitude  de  recourir  aux  caufes 
furnaturelles  a  déjà  été  combattue  par 
Hippocrate  ,  qui,  en  parlant  d'une  ma- 
ladie que  les  Scythes  attribuoient  à 
une  punition  particulière  de  Dieu , 
Fait  cette  belle  réflexion  :  //  efl  vrai  que 
cette  maladie  vient  de  Dieu  ,  mais  elle 
en  vient  comme  toutes  les  autres  ;  elles 
nen  viennent  pas  plus  les  unes  que  les  au- 
tres 3  parce  que  toutes  font  une  fuite  des 
loix  de  la  nature  ,  qui  régit  tout  (i  ). 

Sanclorius  5  dans  fes  obfervations  , 
nous  fournit  une  première  caufe  de  ce 
danger  particulier.  Un  coït  modéré  efl 
utile  ,  dit -il  >  quand  il  efl  folliclû  par 

(i)Deaere,  loris  fc  aquis.  Foisius,  p.  i?}. 


i' Onanisme,  105 

la  nature  :  quand  il  eft  follicité  par  t ima- 
gination 5  il  ajfbiblit  toutes  les  facultés 
de  Came  ,  &  J'ur-  tout  la  mémoire  (  1  ). 
Il  eft  aifé  d'expliquer  pourquoi.  La 
nature,  dans  L'état  de  fancé  ,  n'infpire 
des  defîrs,  que  quand  les  véficules  fé- 
minales  font  remplies  d'une  quantité 
de  liqueur  ,  qui  a  acquis  un  degré  d'é- 
paifïîfrement  qui  en  rend  la  reforbtion 
plus  difficile  \  &c  cela  dénote  que  fon 
évacuation  n'affoiblira  pas  le  corps 
fenfiblement.  Mais  telle  eft  l'organifa- 
tion  des  parties  génitales ,  que  leur 
adtion  &c  les  defirs  qui  la  fuivent  font 
mis  en  jeu  ,  non  feulement  par  la  pré- 
fence  d'une  humeur  féminale  furabon- 
dante  ,  mais  que  l'imagination  a  auflî 
beaucoup  d'influence  fur  ces  parties  ; 
elle  peut ,  en  s'oceupant  des  defirs ,  les 
mettre  dans  cet  état  qui  les  produit  > 
de  le  defir  conduit  à  l'a&e  ,  qui  eft  d'au- 
tant plus  pernicieux  qu'il  étoit  moins 
nécefîaire.  Il  en  eft  de  l'organe  de  ce 
befoin  3  comme  de  ceux  de  tous  les 
autres ,  qui  ne  font  mis  en  jeu  à  propos  , 
que  quand  ils  le  font  par  la  nature, 
La  faim  &  la  foif  indiquent  le  befoin 


Ev 


io6  i/O  nanisme. 

de  prendre  des  aliments  Se  de  la  boif- 
fon  :  fi  l'on  en  prend  plus  que  ces  fen- 
fations  n'en  exigent ,  le  furplus  nuit 
au  corps  &  i'affoiblit.  Le  befoin  d'aller 
à  la  felle  &  d'uriner  font  également 
marqués  par  de  certaines  conditions 
phyfîques}  mais  la  mauvaife  habitude 
peut  (î  fort  pervertir  la  constitution 
des  organes  ,  que  la  néceifité  de  ces 
évacuations  cette  d'être  dépendante  de 
la  quantité  des  matières  à  évacuer.  L'on 
s'afîujettit  à  des  befoins  fans  befoin  ; 
&  tel  eft  le  cas  des  mafturbateurs.  C'eft 
l'imagination  ,  l'habitude  ,  &  non  pas 
la  nature  ,  qui  les  follicitent.  Ils  fou- 
ftraifent  à  la  nature  ce  qui  lui  eft  né- 
ceflaire  ,  &  ce  dont,  par -Là  même, 
elle  fe  gardoit  bien  de  fe  défaire.  En- 
fin ?  en  conféquence  de  cette  loi  de 
l'économie  animale,  que  les  humeurs 
fe  portent  là  où  il  y  a  irritation  ,  il  fe 
fait  au  bout  d'un  certain  temps  un 
afflux  continuel  d'humeurs  fur  ces  par- 
ties :  il  arrive  ce  tmHippocfau  avoir 
déjà  obfervé  ,  quand  un  homme  exerce  le 
coït  :  Us  veines  féminales  fe  dilatent  & 
attirent lafemence  (î  ). 

(î)  Denaturapueri',  text.  il  ,  FoEs.p.  141 


l'Onanisme.  107 

On  peut  remarquer  ici  que  l'ona- 
nifme  a  un  danger  particulier  pour  les 
enfants  avant  le  temps  de  la  puberté  : 
il  n'eft  pas  commun,  heureufement , 
de  trouver  des  monftres  de  l'un  ou  de 
l'autre  fexe,  qui  en  abufent  avant 
cette  époque  ,  mais  il  ne  l'eft  que  trop 
qu'ils  abufent  d'eux-mêmes  ;  un  grand 
nombre  de  circonftances  les  éloignent 
d'un  commerce  débauché  ou  le  modè- 
rent ;  une  débauche  folitaire  ne  trou- 
ve point  d'obftacle  &  n'a  point  de  bor- 
nes. 

Une  féconde  caufe  ?  c'eft  l'empire 
que  cette  manœuvre  odieufe  prend 
fur  les  fens ,  &  qui  eft  bien  peint  dans 
VOnania  Anglols.  Cette  impudlcite  9  dit- 
il  ,  na  pas  plutôt  fubjugué  le  cœur , 
quelle  pourfuit  le  criminel  par- tout  ;  elle 
s'en  faljit ,  &  l'occupe  en  tout  temps  & 
en  tout  lieu  :  au  milieu  des  occupations 
les  plus  férleufes ,  des  actes  de  Religion 
même ,  il  ejl  en  proie  aux  dejîrs  &  aux 
idées  lafclves  qui  ne  V abandonnent  ja- 
mais (1).  Rien  n'affoiblit  autant,  que 

(ï)  Pag.  17.  L'on  trouve  un  très-beau  morceau  fur!* 
force  ôc  les  dangers  des  habicudes  voîuprucufes  dans  le 
nouveau  Traité  de  M.  Pujatti  ,  ProfcfTeur  à  Padoue  , 
Se  célèbre  dès  long-temps  par  d'excellents  ouvrages, 
Dtviclu  febricitantium  ,  p.  60. 

E  vj  ■ 


ic8  l'Onanisml 

cette  tenlîon  continuelle  de  l'efprit , 
toujours  occupé  clu  même  objet.  Le 
mafturbateur  ,  uniquement  livré  à  {es 
méditations  ordurieres ,  éprouve  à  cet 
égard  les  mêmes  maux  que  l'homme 
de  lettres  qui  fixe  les  tiennes  fur  une 
feule  queflion  }  "&  il  eft  rare  que  cet 
excès  ne  nuife  pas.  Cette  partie  du 
cerveau  ,  quife  trouve  alors  en  aétion  > 
fait  un  effort  qu'on  pourrait  comparer 
à  celui  d'un  mufcle  long-temps  &  for- 
tement tendu  :  il  en  réfulte  ,  ou  une 
telle  mobilité,  qu'on  ne  peut  plus  ar- 
rêter le  jeu  de  cette  partie,  ni  par  là 
même  détourner  l'ame  de  cette  idée  > 
c'eft  bien  le  cas  des  mafturbateurs;  ou 
une  incapacité  d'aârion.  Epuifés  enfin 
par  une  fatigue  continuelle  ,  ces  mala- 
des tombent  dans  toutes  les  maladies 
du  cerveau  ,  mélancholie  ,  catalepfie  > 
épilepiie  3  imbécillité  ,  perte  des  fens, 
foiblefle  du  genre  nerveux  ,  Se  une 
foule  de  maux  femblables  (i).  Cette 
caufe  fait  un  tort  infini  à  plusieurs 
jeunes  gens,  en  ce  que,  lors  même  que 
leurs  facultés  ne  font  pas  encore  étein- 
tes ,  Tufage  en  eft  perverti.  Quelle  que 

fi)  Voyez  Gaubh  Inftkutiones  pathologie»  J.   51^. 


l'  O  N  A  N  I  S  M  E.  I09 

foie  la  vocation  à  laquelle  ils  fe  vouent, 
on  ne  réuffit  à  rien  fans  un  degré  d'at- 
tention dont  cette  habitude  perni- 
cieufeles  rend  incapables.  Parmi  ceux 
même  qui  ne  fe  vouent  à  rien  (  cette 
clafTe  n'eft  que  trop  nombreufe  )  il  en  effc 
qui  n'y  font  pas  propres;  un  air  de  dif- 
traClîon  ,  d'embarras  ,  d'étourdilTe- 
ment ,  n'en  fait  que  des  oififs  deplai- 
fants.  Je  pour  rois  en  citer  3  que  cette 
incapacité  de  fe  fixer  ,  jointe  à  la  dimi- 
nution des  facultés  ,  a  mis  hors  d'état 
d'être  jamais  rien  dans  la  fociété.  Trifte 
état  qui  met  l'homme  au-defïbus  de  la 
brute,  &c  qui  le  rend  à  jufte  titre  l'ob- 
jet du  mépris ,  plus  encore  que  de  la 
pitié  de  {es  fembiables. 

De  ces  deux  premières  caufes  ,  il  en 
réfulte  nécessairement  une  troisième  , 
c'eft  la  fréquence  même  des  aites  * 
Famé  &  le  corps  concourent  ,  dès 
qu'une  fois  l'habitude  a  pris  un  peu  de 
force  ,  pour  folliciter  à  ce  crime. 
L'ame  ,  obfédée  par  les  penfées  im- 
mondes ,  excite  les  mouvements  laf- 
cifs  y  &c  fi  elle  eft  diftraite  quelques 
moments  par  d'autres  idées ,  les  hu- 
meurs acres,  qui  irritent  les  .organes 
de  la  génération  ,  la  rappellent  bien- 


tio  l'Onanisme. 

tôt  au  bourbier.  Que  ces  vérités  cTob- 
fervations  feroient  propres  à  arrêter 
les  jeunes  gens  !  s'ils  pouvoient  pré- 
voir, qu'ici  un  premier  faux  pas  en 
entraîne  un  autre  ;  qu'ils  font  prefque 
maîtrifés  par  la  tentation  j  qu'à  mefure 
que  les  motifs  de  fédudfcion  augmen- 
tent ,  la  raifon  ,  qui  devroit  les  conte- 
nir ,  s'afFoiblira  \  8c  qu'enfin,  ils  fe 
trouveront  en  peu  de  temps ,  plongés 
dans  une  mer  de  mifere  ,  fans  avoir 
peut-être  un  bout  de  planche  pour  les 
aider  à  s'en  tirer.  Si  quelquefois  les  in- 
firmités commençantes  leur  donnent 
de  forts  avis  ,  li  le  danger  les  effraie 
pour  quelques  moments  ,  la  fureur  les 
replonge.  L'on  peut  bien  dire 

Virtutem  videant  ,  intabefcantque  reli&â.  Pers. 

Cependant  le  danger  eft  proche  ,  &  le 
temps  opportun  de  l'amendement  eft 
court. 

Cinis  &  mânes  &  fabula  fies  : 

Vive  memor  lethi  ;  filgit  hora  :  hoc  quod  loquor 
indc  cit.  Teks. 

Pendant  que  j'étudiois  en  Philofo- 
phie  à  GerieVel  ,  temps  dont  le  louve- 
nir  me  fera  cher  le  refte  de  mes  jours, 


l'  Onanisme,  i  ii 

un  de  mes  condifciples  étoit  venu  à  cet 
état  horrible  5  qu'il  n'étoit  pas  le  maî- 
tre de  s'abftenir  de  ces  abominations  , 
même  pendant  le  temps  des  leçons  :  il 
n'attendit  pas  long  -  temps  fon  châti- 
ment ,  Se  il  périt  miférablement  de 
confomption  ,  au  bout  de  deux  ans. 
On  trouve  un  faic  femblable  dans 
YOnama{\).  L'ingénieux  Auteur,  qui 
a  fourni  l'extrait  de  l'édition  latine  de 
cet  ouvrage  ,  dans  l'excellent  Journal 
latin  qui  paroiflToit  à  Berne  il  y  a  quatre 
ans ,  raconte  ,  à  propos  de  cette  ob- 
fervation  ,  que  tout  un  collège  trom- 
poit  quelquefois  par  cette  manœuvre  , 
l'ennui  ,  &  cherchoit  à  éviter  le  fom- 
îneil  ,  que  leur  infpiroit  les  leçons 
d'une  métaphyfîque  lcolaftique  ,  qu'un 
très  vieux  Profelîeur  leur  faifoit  en 
dormant  (2)  :  mais  cette  hiftoriette  me 
paroît  moins  prouver  ce  que  j'avance, 
que  l'horrible  difïolution  dans  laquelle 
les  jeunes  gens  peuvent  tomber. 

Le  même  auteur  vient  de  faire  im- 
primer ,  dans  un  ouvrage  que  je  n'ai 
pas  l'avantage  de  pouvoir  lire  ,    mais 

(l)P.  116. 

(i)  Excerptum*cotius  Italien  ôc  Helvecicaditeraturse 
yroann.  175?  ,  c.  1  ,  p,?5. 


112  L    O  N  AN  I  S  M  E. 

qu'un  excellent  Juge  mec  à  côté  des 
meilleures  productions  de  ce  fiecle  ,  ce 
qui  fuit.  On  a  découvert,  il  y  a  quel- 
ques années  ,  dans  une  ville,  qu'une 
iociété  entière  de  garnements  de  qua- 
torze &  quinze  ans  s'étoit  réunie  pour 
la  pratique  de  ce  vice  ,  &c  tout  une 
école  en  eft  encore  infe&ée  (i !. 

La  fanté  d'un  jeune  Prince  fe  per- 
doit  journellement ,  fans  qu'on  pût  en 
découvrir  la  caufe.  Son  Chirurgien  la 
foupçonna ,  l'épia  ,  &  le  furprit  en  fla- 
grant délit.  Il  avoua  qu'un  de  fes  va- 
lets -  de  -  chambre  l'avoit  inftruit  ,  &c 
qu'il  étoit  retombé  fouvent.  L'habi- 
tude étoit  iî  forte  ,  que  les  confédéra- 
tions les  plus  preiTantes  ,  préfentées 
avec  force,  ne  purent  pas  la  déraciner. 
Le  mal  alloit  en  empirant  ;  {qs  forces 
fe  perdoient  journellement ,  &  on  ne 
put  le  fauver  qu'en  le  faifant  garder 
à  vue  jour  &  nuit ,  pendant  plus  de 
huit  mois. 

Un  malade  me  peignoit  vivement 


(x)  De  l'expérience  ,  en  allemand  ,  par  M.  Zimmeh- 
man  ,  r  i ,  p.  4C0.  Je  tire  ce  fragment  de  ceux  que 
fon  amitié  pour  moi  Ta  engagé  à  tiaduire  en  ma  fa- 
veur j  prefque  cous  les  autres  orneront  un  ouvrage  qui 
jae  tardera  pas'*  fuivre  celui-ci. 


L    O  H  A  N  I  S  M  E.  3  1^ 

les  difficultés  de  la  vi&oire ,  dans  une 
de  fes  lettres.  »  Il  faut  bien  des  efforts , 
»>  ce  /fl/z/  y£j  termes  y  pour  vaincre  Fha- 
3>  bitude  qui  nous  e(t  rappellée  à  cha- 
«  que  inftant.  Je  vous  l'avoue  en  rou- 
»  gisant  ,  la  vue  d'un  objet  féminin  5 
»  quel  qu'il  foit ,  fait  naître  chez  moi 
»  des  deiîrs.  Je  n'ai  pas  même  befoin 
w  de  ce  fecours  }  ma  fale  ame  n'eft 
«  que  trop  portée  à  me  repréfenter 
»  fans  ceffe  des  objets  de  concupifcen- 
33  ce.  Cette  paffion  ne  s'allume  plus 
»  chez  moi ,  il  eft  vrai ,  que  je  ne  rap- 
w  pelle  en  même  temps  tous  vos  avis  : 
w  je  combats  ,  mais  ce  combat  même 
»  m'épuife.  Si  vous  pouviez  trouver 
»  le  moyen  de  détourner  mes  penfées 
»  de  cet  objet ,  je  crois  que  ma  gué- 
»  rifon  feroit  bien  proche  «. 

L'on  a  déjà  vu  dans  l'extrait  de 
VOnania,  que  la  réitération  fréquente 
avoit  produit  la  fureur  utérine  chez 
une  femme.  L'habitude  de  n'être  oc- 
cupée que  d'une  idée  ,  rend  incapable 
d'en  avoir  d'autres  ;  elle  prend  l'em- 
pire ,  &c  règne  defpotiquement.  Des 
organes  fans  cefTe  irrités  5  contractent: 
une  difpofition  morbifique  qui  devient 
un  aiguillon  toujours  préfent ,  indépen- 


1*4  l'Onanisme.  , 
dant  de  toute  caufe  externe,  Il  y  a  des 
maladies  des  parties  urinaires  ,  qui 
donnent  une  envie  continuelle  d'uri- 
ner ;  l'irritation  réitérée  des  organes 
de  la  génération  9  y  produit  une  mala- 
die analogue.  Il  n'eft  point  étonnant 
fi  le  concours  de  ces  deux  caufes  mo- 
rale &  phyfique  ,  réunies  5  jette  dans 
cette  horrible  maladie.  Que  cette  idée 
eft  propre  à  effrayer  falutairement  les 
personnes  chez  lefquelles  il  y  a  encore 
quelques  veftiges  de  raifon  &  de  pu- 
deur ! 

Une  quatrième  caufe  de  l'épuife- 
ment  des  mafturbateurs  5  c'eft  qu'indé- 
pendamment même  des  émiiîicns  de 
femence ,  la  fréquence  des  éredions , 
quoiqu'imparfàites  ,  dont  ils  fe  plai- 
gnent ,  les  épuifent  considérablement. 
Toute  partie  qui  eft  dans  un  état  de 
tenfion  ,  produit  une  dépenfe  de  for- 
ces ,  &  ils  n'en  ont  point  à  perdre  : 
les  efprits  s'y  portent  en  plus  grande 
abondance  }  ils  fe  difîîpent ,  ce  qui  af- 
foiblit  ;  ils  manquent  aux  autres  fon- 
ctions ,  qui ,  par-là  même  ,  fe  font  im- 
parfaitement :  le  concours  de  ces  deux 
caufes  a  les  fuites  les  plus  dangereufes. 
Un  autre  accident  auquel  cette   qua- 


l'Onanisme.  115 

ttïeme   caufe  rend  les   mafturbateurs 

f)lus  fujets  5  c'eft  une  efpece  de  para- 
yfîe  des  organes  de  la  génération  , 
d'où  naifTent  l'impuiflance  ,  par  le  dé- 
faut d'ére&ion ,  &  la gonorrhée  (impie  , 
parce  que  les  parties  relâchées  laiffent 
échapper  la  véritable  femence  à  me- 
fure  qu'elle  arrive  ,  &  fuinter  conti- 
nuellement l'humeur  que  réparent  les 
proftates  ?  &  qu'enfin  toute  la  mem- 
brane intérieure  de  l'urethre  acquière 
une  difpofition  catarrheufe ,  qui  la  dif- 
pofe  à  fournir  un  écoulement  de  même 
nature  que   celle  des  pertes  blanches 
des  femmes  :  difpofition  ,  pour  le  dire 
en  pafiant3  moins  rare  qu'on  ne  penfe  , 
qui  n'eft  point  bornée  à  la  membrane 
qui  revêt  les  narines  ,    la  gorge ,   le 
pouîmon  ,  mais  qui  attaque  fouvent 
tous  les  viiieres  creux  •  qu'on  mécon- 
noît,  parce  qu'on  ne  la  foupçonne  pas, 
&  qu'on  traite  mal,  parce  qu'on  la  mé- 
connoît.  11  feroit  aifé  de  trouver  dans 
les  obfervateurs ,  des  exemples  de  cette 
maladie  traitée  pour  une  autre. 

Un  habile  Chirurgien  me  parloit  un 
jour  d'un  homme  qui  ,  livré  par  une 
efpece  de  goût  fipgulier  aux  Vénus 
du  plus  bas  étage  ,  &c  ne  les  connoif- 


ii£  l'Onanisml 

fant  guère  que  dans  les  coins  des  rues 
&  debout,  tomba  dans  l'épuifemenc, 
accompagné  de  maux  de  reins  les  plus 
cruels  ,  &  d'une  atrophie  ou  delTéche- 
ment  des  cuiffes  &  des  jambes  ,  jointe 
à  une  paralyfte  de  ces  parties  ,  qui  pa- 
roiftoit   être   une   fuite   de    l'attitude 
dans  laquelle  il  s'étoit  livré  à  fes  fales 
voluptés.  Il  mourut  après  avoir  gardé 
fïx  mois  le  lit  ,  dans   un   état  égale- 
ment propre  à  exciter  la  pitié  &  l'ef- 
froi. Cette  obfervation  ne  fournit-elle 
pas  une  cinquième  caufe  des  dangers 
ordinairement  particuliers  à  la  maftur- 
barion  ?  Quand  on  perd  fes  forces  par 
deux  moyens  à  la  fois ,  PafFoibli(Tement 
augmente  bien  confidérabiement.  Une 
perfonne  qui  eft  debout  ou  affife  ,  a 
befoin,  pour  fe  maintenir  dans  ces  fi- 
tuations,  fur-tout  dans  la  première  , 
de  faire  agir  un  grand  nombre  de  muf- 
cles  ;  &  cette  a&ion  dilîipe  les  efprits 
animaux.  Les  perfonnes  foibles  ,  qui 
ne  peuvent  pas  fe  tenir  un  infhnt  de- 
bout fans  éprouver  une  foibleife ,  les 
malades  qui  ne  peuvent  pas  être  affis 
fans  éprouver   le    même  accident ,  le 
prouvent  bien  évidemment.  Pour  être 
couché  ou  étendu  ,  il  ne  faut  point  cet 


t  Onanisme  117 

emploi  de  forces.  L'on  fent  par -là 
même  ,  que  le  même  a&e  ,  dans  les 
unes  ou  les  autres  de  ces  attitudes  y 
produira  bien  plus  d'afloibliffement 
dans  les  premiers  que  dans  le  dernier 
cas  5  &  Sanclorius  avoit  déjà  indiqué 
le  danger  de  cette  attitude  :  ufus  coïtâs 
Jlando ,  Icedit  ;  nam  mufculos  &  corum 
utiUm  perfpirationem  diminnit. 

D'autres  obfervations  bien  confta- 
rées  fournifTent  une  fixieme  caufe  qui 
paroîtra  peut  -  être  bien  foible  ,  mais 
que  des  phyfîciens  éclairés  ne  croiront 
pas  volontiers  nulle.  Tous  les  corps 
vivants  tranfpirent  ;  il  s'ehxale  à  cha- 
que inftant  3  par  la  moitié  peut  -  être 
des  pores  de  notre  peau  ,  une  humeur 
extrêmement  ténue,  &c  qui  eft  beau- 
coup plus  confidérable  que  toutes  nos 
autres  évacuations.  Dans  le  même 
temps ,  une  autre  efpece  de  pores  ad- 
met une  partie  des  fluides  qui  nous 
environnent ,  &  les  porte  dans  nos 
vaifleaux.  Ce  font  des  torrents  invifibles , 
pour  me  fervir  de  Theureufe  exprefîîon 
de  M.  Senac  >  qui  fortent  de  notre 
corps  5  Ôc  qui  y  entrent  (  1  ).  Il  eft  dé- 

(1)  L'on  peut  voir  la  démonfhation  de  cette  vérité 
dans  l'endroit  a^ue  je  cite  ,  1.  3  ,  c,  3 ,  $.  7  j  du  Traité 


ï  l8  L    O   N  A   N    I  S  M  E. 

montré  que  ,  dans  quelques  cas ,  cette 
infpiration  eft  très  -  confidérable.  Les 
perfonnes  fortes  expirent  plus  }  les 
foibles ,  qui  n'ont  prefque  point  d'at- 
mofpliere  propre  ,  infpirent  davanta- 
ge ;  &  cette  partie  expirée  ,  ou  cette 
tranfpiration  des  perfonnes  bien  por- 
tantes ,  contient  quelque  chofe  de 
nourricier  &  de  fortifiant  qui ,  infpiré 
par  une  autre ,  contribue  à  lui  donner 
de  la  vigueur.  Ce  fonr  ces  obfervations 
qui  expliquent  comment  la  jeune  fille 
qui  couchoit  avec  David  lui  donnoit 
des  forces  ;  comment  cette  même  ten- 
tative a  réuffi  à  d'autres  vieillards  ,  à 
qui  on  l'a  confeillé  ;  pourquoi  cela 
affoiblit  la  jeune  perfonne  5  qui  perd 
fans  rien  recevoir ,  ou  plutôt  qui  re- 
çoit des  exhaiaifons  foibles  ,  corrom- 
pues  9  putrides ,  qui  lui  nuifent.  L'on 
rranfpire  plus  dans  le  temps  du  coït 
que  dans  un  autre  3  parce  que  la  force 
de  la  circulation  eft  augmentée.  Cette 
tranfpiration  eft  peut-être  plus  adtive  , 

du  cceur  *,  ouvrage  qui  n'auroit  rien  laide  à  deûrer  ,  il 
fon  iliuftre  auteur  ,  en  annonçant  une  féconde  édirion  , 
ne  nous  avoic  pas  appris  qu'il  pouvoir  le  rendre  encore 
plus  parfait.  Un  grand  homme  peut  fe  furpalTer  lui- 
même  ,  &:  vo'u  un  point  de  perfection  que  les  autteg 
pp  défirent  même  pas. 


l'  O  N  A  N   I  S  M  £.  II9 

plus  fpiritucufe  que  dans  tout  autre 
temps  y  c'eft  une  perte  réelle  que  Ton 
fait  5  &  qui  a  lieu  ,  de  quelque  façon 
que  fe  faffe  Fcmiflion  du  fperme ,  puis- 
qu'elle dépend  de  l'agitation  qui  Tac- 
compagne.  Dans  le  coït ,  elle  eft  ré- 
ciproque ,  &  alors  l'un  infpire  ce  que 
l'autre  expire.  Cet  échange  eft  mis  hors 
de  doute  par  des  obfervations  sûres. 
J'ai  vu  ,  il  n'y  a  pas  long-temps  9  un 
homme  qui  n'avoit  aucune  gonorrhée , 
ni  aucun  fymptôme  vérolique  cutané  y 
donner  la  maladie  vénérienne  à  une 
femme  qui ,  dans  le  même  inftant ,  lui 
rendoit  la  gale  en  échange.  L'un  ,  dans 
ce  cas ,  compenfe  les  pertes  de  l'autre. 
Dans  celui  de  la  mafturbation  ?  le  ma- 
fturbateur  perd  &  ne  recouvre  rien. 

En  obfervant  l'effet  des  paillons ,  on 
découvre  unefeptieme  différence  entre 
ceux  qui  fe  livrent  aux  femmes ,  &  les 
mafturbateurs  ;  différence  qui  eft  toute 
au  défavantage  de  ces  derniers.  La 
joie  qui  tient  à  lame ,  <k  qu'il  faut  bien 
diftinguer  de  cette  volupté  purement 
corporelle  que  l'homme  partage  avec 
l'animal  ,  &  dont  elle  diffère  du  tout 
au  tout ,  cette  joie  3  dis  -  je ,  aide  les 
digeftions ,  anime  la  circulation  P  favo- 


no  l'  Onanisme. 

rife  toutes  les  fonctions  ,  rétablit  les 
forces  5  les  fondent.  Si  elle  fe  trouve 
réunie  avec  les  plaifîrs  de  l'amour  , 
elle  contribue  à  réparer  ce  qu'ils  peu- 
vent ôter  de  force  }  &c  l'obfervation  le 
prouve.  Sanclorius  Ta  remarqué.  Apres 
un  coït  exceffif,  dit-il ,  avec  une  femme 
quon  aimoit  &  quon  dejiroit ,  Von  né- 
prouve  pas  la  lafftude  qui  devroit  être  la 
fuite  de  cet  excès  >  parce  que  la  joie  que 
L'ame  éprouve  augmente  la  force  du  cœur 9 
favorife  Us  fonctions  ,  &  répare  ce  quon 
a  perdu.  C'eft  fur  ce  principe  que  Ve- 
nette  5  dans  l'ouvrage  duquel  on  trouve 
un  bon  chapitre  fur  le  danger  des 
plaifîrs  de  l'amour  pouffes  à  l'excès  y 
établit  que  l'union  avec  une  belle  fem- 
me épuife  moins  qu'avec  une  laide,. 
La  beauté  a  des  charmes  qui  dilatent 
notre  cœur  ,  &  qui  en  multiplient  les  ef- 
prits.  Il  faut  croire,  avec  S.  Chryfofiôme  9 
que  s  excitant  contre  les  loix  de  la  nature , 
le  crime  ejl  beaucoup  plus  grand  de  ce 
côté-là  que  de  l'autre.  Et  peut-on  douter 
que  la  nature  n'ait  attaché  plus  de 
joie  aux  plaifîrs  procurés  par  les  moyens 
qui  font  dans  fes  voies ,  qu'à  ceux  qui 
y  répugnent. 

Une  huitième  ôc  dernière  caufe  qui 


augmente 


i/ Onanisme,  iii 

augmente  les  dangers  de  la  mafturba- 
rion  ,  c'eft  l'horreur  des  regrecs  dont 
elle  doit  être  fuivie  ,  quand  les  maux 
ont  défdlé  les  yeux  fur  le  crime  &  fut 
f^s  dangers. 

Miferi  quorum  gaudia  crimen  habcct. 
Foin  des  plaifirs  ,  que  le  remords  doit  juivre* 

Et  s'il  en  eft  qui  foient  dans  ce  cas  9 
ce  font  les  mafttirbateurs.  Quand  le 
voile  eft  tombé  ,  le  tableau  de  leur 
conduite  fe  préfente  fous  les  faces  les 
plus  hideufes  :  ils  fe  trouvent  coupables 
d'un  crime  dont  la  juftice  divine  ne 
voulut  pas  furfeoir  la  punition  ,  8c 
qu'elle  punit  fur-le  champ  de  mort  ; 
d'un  crime  réputé  très  -  grand  crime 
par  les  païens  mêmes  : 

Hoc  nihil  e(Te  putas  :  fcelus  eft,  mîhi  erede,  fecî 

in  gens 
Quantum  vix  animo  concipis  ipfe  tuo.  Mart. 

La  honte  qui  les  fuit  augmente  in- 
finiment leur  mifere.  Tel  eft  le  degré 
de  débordemens  dans  quelques  en- 
droits, que  les  débauches  avec  les  fem- 
mes n'y  font  prefque  regardées  que 

F 


m  l'Onanisme. 

comme  un  ufage  >  les  plus  coupables 
fur  cet  article  n'en  font  pas  myftere  , 
&  ne  fe  doutent  pas  même  qu'ils  puif- 
fent  en  être  plus  méprifés.  Quel  eft  le 
mafturbateur  qui  ofe  avouer  (on  infa- 
mie ?  Et  cette  néceilîté  de  s'envelopper 
des  ombres  du  myftere  ne  doit-elle  pas 
être  ,  à  fes  propres  yeux  ,  une  preuve 
du  crime  de  ces  adtes  ?  Combien  n'en 
eft-il  pas  qui  ont  péri  pour  n'avoir  ja- 
mais ofé  révéler  la  caufe  de  leurs  maux  ? 
On  lit  dans  pîufieurs  lettres  de  l'Ona- 
ma  3  j 'aimerois  mieux  mourir  que  de  pa- 
raître   devant   vous    après  un   tel  aveu* 
L'on  eft  en  effet ,  &c  l'on  doit  être  in- 
finiment plus  porté  à  excufer  celui  qui , 
féduit  par  ce  penchant  que  la  nature  a 
gravé  dans  tous  les  cœurs,  &  dont  elle 
fe  fert  pour  conferver  Pefpece  5  n'a  de 
tort  que  celui  de  ne  pas  s'arrêter  au 
point  limité  par  la  loi ,  ou  par  la  fanté  j 
c'eft  un  homme  emporté  par  la  paflîon 
qui  s'oublie  :  l'on  eft  bien  plus  porté  à 
le  juftifier  ,  que  celui  qui  pèche  en 
violant  toutes  les  loix,  en  renverfant 
tous  les  fentiments,  toutes  les  vues  de 
la  nature.  Sentant  combien  il  devroit 
être  en  horreur  à  la  fociété  ,  s'il  en 


l'Onanisme,  113 

croit -connu  ,  cette  idée  doit  le  bourre- 
let fans  ceflfe.  //  me  femhle  ,  me  mar- 
quoit   un  de    ces    criminels  ,  dans   la 
même  lettre  dont  j'ai  cité  un  fragment 
plus  haut  3  que  chacun  lit  fur  mon  vifage 
l'infime  caufe  de  mon  mal  ;  &  cette  idée 
me  rend  la  'compagnie   infouunable.  Ils 
tombent  dans  la  trifteffe  &  le  défef- 
poir  'y  on  en  a  vu  des  exemples  dans  la 
quatrième  fe&ion  de  cet  ouvrage  ;  ôc 
ils  éprouvent  tous  les  maux  qu'entraî- 
ne une  trifteflfe  foutenue  ,  fans  avoir, 
ce  qui  eft  affreux  pour  un  criminel , 
aucun  prétexte  de  juftification ,  aucun 
motif  de  confolation.   Et  quels  font 
ces  effets  de  la  trifteflfe  î  Le  relâche- 
ment des  fibres  >  le  ralentiffement  de 
la  circulation  ,  Timperfedion  des  di- 
geftions  ,  le  manque  de  nutrition  ,  les 
obftructions  occafionnées  par  ces  ref- 
ferrements  qui  paroiflfent  être  l'effet  le 
plus  particulier   de    la   trifteflfe  }    cqs 
épanchements   d'humeurs  y    qui    font 
une  fuite  des  refferrements  }  les  couloirs 
du  foie  fe  ferment  5  dit  M.  de  Senac  , 
&  la  bile  fe   répand  par  tout  le   corps  ; 
les  fpafmes  ,  les  convulfions ,  les  pa- 
ralyfîes ,  les  douleurs  5  l'augmentation 


1 14  i/  Onanisme. 

de  l'angoifTe  à  l'infini  -y  tous  les  acci- 
dents qui  peuvent  être  une  fuite  de 
ceux-ci. 

Il  eft  inutile  de  m'étendre  davantage 
fur  les  dangers  particuliers  à  la  maftur- 
bation  ;  ils  ne  font  que  trop  réels  & 
trop  démontrés  :  je  pa(Te  aux  moyens 
de  guérifon. 


l'Onanisme.  125 

ARTICLE     III. 

La  Curation. 

SECTION     IX. 

Moyens    de    guérifon  propofès   par    les 
autres  Médecins, 

Il  ya  quelques  maladies  dans  les- 
quelles on  eft  prefque  fur  du  fuccès 
des  remèdes.  Celles  qui  font  les  fuires 
d(:s  épuifemencs  vénériens  ,  &  3  à  plus 
force  raifon  de  la  mafturbation  ,  n'en- 
trent pas  dans  cette  claflTe  ;  &  le  pro- 
noftic  qu'on  peut  en  faire  ,  quand  elles 
font  parvenues  à  un  certain  degré  ,  n'a 
rien  que  d'effrayant.  Hippocrate  a  an 
nonce  la  mort.  Cefl  une  miférable  ma- 
ladie 9  dit  M.  Boerhaave  :  je  Vai 
vu  fouvent  ;  je  n  ai  jamais  pu  la  gué- 
rir (1).  M.  van  Swieten  traita  fans  fue- 
cès ,  pendant   trois   ans  ,  le  malade 


(0  Leçons  Air  fes  Inftituts,  $.  776. 

F  iij 


116  l'Onanisme, 

dont  il  parle.  J'ai  vu  mourir  miséra- 
blement de  cette  maladie.  Il  y  a  d'au- 
tres malades  que  je  n'ai  pas  même  pu 
foulager.  Cependant  ces  exemples  ne 
doivent  pas  décourager  ;  l'on  en  a  de 
plus  heureux.  Il  s'en  trouve  dans  la 
colle&ion  de  l'Onania  ,  dans  les  ob- 
servations des  .Médecins  :  ma  propre 
pratique  m'en  a  fourni  quelques-uns. 

Dans  le  même  endroit  où  Hïppocrau 
àowîiQ  la  defcription  de  la  maladie  , 
telle  que  je  lai  rapportée  plus  haut  y 
il  indique  la  curation.  »  Quand  le 
»  malade  fe  trouve  dans  cet  état  ? 
»  dit-il  ,  faites  -  lui  des  fomentations 
»  par  tout  le  corps ,  enfuite  donnez- 
35  lui  un  remède  qui  le  falfe  vomir  j 
»  après  cela  un  autre  qui  purge  la  tète  ; 
»  enfuite  un  qui  purge  par  en  bas.  li 
»  faut  entreprendre  cette  cure  ,fur- 
»  tout  au  printemps.  Après  ks  purga- 
»  tifs  Ton  donne  le  petit  lait ,  ou  le 
»  laie  d'âneffe  ;  après  cela  le  lait  de 
»  vache  durant  quarante  jours.  Pen- 
»dant  qu'il' boira  le  lait,  il  ne  man- 
3>  géra  point  de  viande  ,  &  on  lui  don- 
•*  nera  le  foir  une  bouillie  de  froment. 
35  Après  avoir  fini  Pufage  du  lait  ,  on 
w  le  nourrira  des  viandes  les  plus  ten- 


l' Onanisme.  127 

»  cires,  en  commençant  par  une  petite 
»  quantité,  &  on  le  rengraiflfera  par 
»  ce  moyen.  Il  évitera  pendant  un  an 
»  toute  débauche  ,  tout  exercice  vé- 
33  nérien  ,  &  tout  autre  exercice  im- 
•*  modéré  5  il  fe  bornera  à  des  prome- 
33  nades  dans  lefquelles  il  évitera  le 
»  froid  &  le  foleil  ». 

L'on  voit  qiiff ippocrate  commence 
la  cure  par  un  vomitif  &  par  une  pur- 
gation  :  fon  autorité  pourroit  faire 
loi  ;  &  cette  loi  ,  dans  le  plus  grand 
nombre  des  cas,  feroit  nuinble  :  il  eft 
aifé  de  fe  retirer  de  cet  embarras  ,  en 
remarquant  qu'il  n'ordonne  la  purga- 
rion  que  dans  la  vue  de  détourner  la 
fluxion  qu'il  fuppofoit  fe  jetter  de  la 
fête  fur  l'épine  du  dos ,  &c  que  dans  un 
autre  endroit  il  met  ceux  qui  font  ma- 
lades après  des  excès  vénériens  ,  dans 
le  catalogue  des  perfonnes  auxquelles 
il  ne  faut  donner  aucun  purgatif  ^  parce- 
que  non- feule  ment  ils  ne  peuvent  leur  faire 
aucun  bien  ,  mais  qu  au  contraire  ils  peu- 
vent leur  faire  du  mal  (1).  Ainfî  c'eft 
cette  dernière  règle  qui  doit  être  re- 
gardée comme  générale  \  la  première 

(1)  De  ratione   vi&ûs  in  morbis  acùtis.  Foes.  p. 
40 y.  406. 

F  iv 


nS  l'Onanismi. 

forme  une  exception  5  &  une  exception 
même  qui  paroit  fondée  fur  une  théo- 
rie dont  Terreur  eft  reconnue  aujour- 
d'hui 5  &  qui  ne  doit,  par-là  même  y 
avoir  aucune  force. 

On  trouve  dans  la  difTertation 
&yHorfman  ,  que  j'ai  déjà  fouvent  citée, 
deux  obfervations  qui  doivent  rendre 
très-circcnfpecfc  fur  lufage  de  Téméri- 
que  j  je  les  rapporterai  Tune  &  l'autre. 
Un  homme  de  cinquante  ans  s'étant 
livré  pendant  long -temps  à  des  excès 
en  femme ,  tomba  dans  la  langueur  , 
la  maigreur  ,'la  confomption  ;  fa  vue 
diminua  infenfiblement  ,  enfin  il  ne 
voyoit  les  objets  que  comme  à  travers 
un  nuage  :  ce  fut  à  cette  époque  qu'il 
prit  un  émétique  ,  pour  prévenir  la 
fièvre  qu'il  craignoit ,  après  un  long 
ufage  de  viande  de  cochon  fumée  :  le 
remède  lui  fit  enfler  la  tête  ,  &c  le  ren- 
dit totalement  aveugle.  Une  proftituée 
publique ,  qui  éprouvoit  une  obfcur- 
ciffement  dans  la  vue  toutes  les  fois 
qu'elle  avoit  commerce  avec  un  hom- 
me ,  ayant  pris  un  émétique  >  perdit 
entièrement  la  vue  (1). 

(1)  De  raorbis  à  nimiâ  yener.  J.  14  5c  z&» 


L    O  N  A  N  I  S  M  E.  125 

M.  Boerhaave  paroît  avoir  voulu 
indiquer  les  difficultés  de  la  guériibn 
plutôt  que  les  moyens  de  l'obtenir. 
30  II  y  a  peu  d'efpérance  de  guérifon  ; 
»  le  lait  palTe  trop  facilement  }  l'exer- 
33  cice  à  cheval  ne  fait  aucun  bien  à 
33  ces  fortes  de  malades ,  &  ils  fe  plai- 
»  gnent  que  ces  remèdes  les  affoiblif- 
»  fent  ^  effectivement  >  l'exercice  rend  5 
x>  dans  l'erreur  de  leurs  fonges  ,  l'écou- 
m  lement  de  la  femence  plus  aboii- 
r>  dant  ,  Se  leur  ôte  en  même  temps 
«  leurs  forces,  Lorfque  le  jour  repa- 
ya roît ,  ils  ne  quittent  leurs  lits  que 
»  baignés  de  fueur  ,  &  affoiblis  par  le 
35  fommeil  même  }  ils  ne  peuvent  fup*- 
33  porter  les  aromatiques  5  dont  les 
»  effets  font  auflî  dangereux.  La  feule 
33  reifource ,  dans  ce  cas  ,  font  les  bons 
»  aliments  ,  un  exercice  modéré  du 
33  corps  ,  les  bains  des  pieds  ,  &  les 
»  fridtions  faites  avec  précaution  (1)  >?. 

Parmi  les  confultations  de  ce  grand 
homme  5  que  M.  de  Hallerz  ajoutées  à 
l'édition  qu'il  en  a  procurée  ,  il  y  en  a 
une  pour  un  homme  qui  s'étoit  rendu 
"fout-à-fait  inepte   aux  plaifirs  de  la- 

(1  )  Inflic,  de  Med.  t.  7  ,  p.  1 1  y . 


1$Q  L    O  N  A  N  I  S  M  Z. 

mour.  »  Un  homme  de  trente  ans  s'eit 
*>  iî  fort  affoiblt  les  organes  de  la  eé- 
55  neration  ,  que  ■  le  fperme  s'écoule 
»  toutes  les  fois  qu'il  a  quelque  coin- 
«  mencement  d'érection  ,  car  elle  n'eft 
33  jamais  complette(i)  ,  &  la  femence 
>5  n'eft  point  lancée  avec  force  5  mais 
«  elle  s'écoule  goutte  à  goutte,  ce  qui 
»  le  rend  impuififant }  il  a  la  mémoire  , 
»  Feftomac  ,  les  reins  ,  les  jambes  tota- 
lement affoiblis  >£, 

M.  Boerhaave  répondit  :  »  Ces  mâ- 
r>  ladies  font  toujours  extrêmement 
»  difficiles  à  guérir;  elles  ne  fe  décla- 
»  rent  prefque  jamais  que  lorfque  le 
»  corps  affoibli  fait  que  les  remèdes 
35  reftent  fans  effet.  On  peut  eiïayer 
»  ce  que  produiront  les  fuivants  :  i°„ 
*>  un  régime  fec  &:  léger  ,  compofé 
»  d'oifeaux  >  de  viande  de  bœuf,  de 
»  mouton  ,  de  veau  ,  de  chevreau  > 
»  rôtie  plutôt  que  bouillie  ;  d'une  pe- 
so tite  quantité  de  bierre  excellente  ; 
j>  de  peu  de  vin  ,  mais  d'un  vin  très- 
3)  fortifiant.  i°.  Beaucoup  d'exercice , 

(i)Ce  fymptôme  eft  très-fréquent  parmi  les  per- 
fonnes  qui  fe  font  épuifées ,  &  il  contribue  à  entrerè- 
nir  répuifement  ;  la  plus  petite  tentation  produit  un 
commencement  d'érettion  ,  qui  eil  fuivi  d'un  écou* 
kment. 


l'Onanisme.  î  3  i 

«augmenté  peu -à -peu  jufqu'à  corn- 
33  mencement  de  laflitude  3  &  toujours 
>5  à  jeun.  30.  Des  fri&ions  ,  avec  une 
»  flanelle  parfumée  de  la  fumée  d'en- 
55  cens ,  fur  les  reins ,  le  bas-ventre  ,  le 
»  pubis  ,  les  aines  >  le  fcrotum  ,  faites 
35  régulièrement  le  foir  &  le  matin. 
3?  40.  Il  faut  prendre  de  deux  en  deux 
w  heures  ,  pendant*le  jour  ,  une  demi- 
»  drachme  de  Popiat  fuivant, 

33  It/L.  Terrce  jupon,  dr.  IV.  opcpanae. 
»  dr.  V.  eort.  peruv.  dr.  VI.  conf.  ro- 
»  far.  rubr.  une.  L  oliban.  dr.  II.  fucc. 
»  acac.  une.  Jf.  fyrup.  Kerm.  q.  f.  f.  L 
»  a.  cond. 

3>  &c  l'on   boira  par-deffus  demi-once 
s?  du  vin  médicinal. 

»  1JL.  Rad  earyophyll.  mont.  Pœn. 
s3  mar.  aa  une.  1  eort.  rad.  cappar.  ea- 
53  mirife.  aa  une.  1.  ff]  lïgn.  agalloeh* 
>3  veri  une.  1.  vin.  «ait.  alb.  libr.  VI. 
53  f.  La.  vin.  mzd.  33 

J'efpere  ,  ajoutoit  M.  Bocrhaave  5 
que  le  malade  fera  guéri  ,  après  en 
avoir  fait  ufage  deux  mois.  Mais  il  ne 
voulut  point  s'en  fervir,  &  il  mourut 
au  bout  de  quelques  femaines  d'une 
dyfenterie  maligne.  Quel  eut  été  l'ef- 
fet du  remède  ?  C'eft  ce  qu'on  ne  peut 

F  vj 


i  yL  l'Onanisme, 

pas  deviner.  M.  Zimrmrman  m'a  écrit  , 
qu'il  en  avoit  fait  faire  ufage  à  un  ma- 
lade ,  pendant  deux  mois,  fans  aucun 
fuccès. 

M.  Hoffman  indique  les  précautions 
qu'il  faut  prendre  ,  &  les  moyens  qu'il 
faut  employer.  »  Il  faut  éviter  tous  les 
*>  remèdes  qui  ne  conviennent  pas  aux 
»perfonnes  foibles,  &  qui  peuvent 
»  afFoïblir  un  corps  déjà  énervé  ,  tels 
»>  font  tous  les  aitringents  ,  ceux  qui 
a>font  trop  rafraîchiftants  ,  les  fatur- 
»nms,  les  nitreux  ,  les  acides,  8c 
»  fur-tout  les  narcotiques  ;  ils  nuifent 
»  tous  dans  les  cas  de  cette  efpece ,  & 
»  malheureufement  on  ne  laifle  pas 
33  que  d'en  faire  fouvent  ufage. 

y?  Le  but  qu'on  doit  fe  propofer, 
»  c'eft  de  rétablir  les  forces  ,  &  de 
»  rendre  aux  fibres  le  ton  qu'elles  ont 
perdu.  Les  remèdes  chauds  ,  vola- 
w  tils  5  aromatiques  ,  ceux  qui  ont 
»  une  odeur  forte  &  agréable  ,  ne  con- 
*>  viennent  pas  ici  ;  il  ne  faut  que  des 
m  aliments  doux  ,  &  propres  à  répa- 
*>  rer  cette  fubftance  nutritive  gélati- 
3>  neufe ,  que  les  évacuations  immo- 
35  dérées  ont  détruite  :  tels  font  les 
»  bouillons  forts  de  bœuf,  de  veau> 


l'Onanisme,  13  3 

*>  de  chapon  ,  avec  un  peu  de  vin  , 
»de  fuc  de  citron,  de  îel ,  de  noix 
>?  mufcade  ,  &  de  doux  de  girofle.  On 
55  joint  avec  fuccès  à  cet  ufage  celui 
«  des  remèdes  qui  favorifent  la  tranf- 
»  piration  ,  &  qui  raniment  le  ton 
35  languifTant  des  fibres. 

Dans  une  autre  confultation  ,  pour 
un  mafturbateur ,  il  ordonnoit  de 
prendre  tous  les  matins  une  mefure 
de  lait  d'ânelFe,  coupé  avec  un  tiers 
d'eau  de  Setter. 

Il  feroit  inutile  de  citer  les  précep- 
tes ou  les  obfervations  d'autres  auteurs. 
Je  me  contenterai  de  rapporter  un  cas 
très-  utile  ,  tel  qu'il  fe  trouve  dans  une 
thefedeM.  IVefi^prerni ,  qui  renferme 
quatorze  obfervations  toutes  intéref- 
fantes  (1). 


(1)  C'eflîa  feptieme  obfervation.  Cetre  thefe  ,  bien 
digne  d'être  lue  ,  fe  trouve  ,  avec  un  très  grand  nom- 
bre d'autres  petits  ouvrages  prefque  tous  excellents  3  Se 
introuvables  par-tout  ailleurs  .,  dans  la  belle  colie&ion 
de  tbefes  pratiques  ,  que  M.  Haller.  ,  qui  délire 
l'avancement  de  la  Médecine  avec  aurant  de  zèle  que 
de  difeernement  ,  s'elt  donné  la  peine  de  publier  fous 
ce  titre  ,  Difputationes  ad  morkorum  hiftoriam  &  cura.- 
tionem  facientes.  Laufann.  17^8.  Le  nom  de  l'éditeur 
eft  le  garant  du  mérite  de  l'ouvrage  ,  qui  va  devenir 
une  des  bafes  des  bibliothèques  de  pratique.  La  pièce 
que  je  cite  eit  Stephani  Weszpremi  obftrvationts 
medicx,  Trajefti  1776,   Voyez  c.  6 ,  p.  804, 


134  L*  O  N  A  N  I  S  M  E. 

W.  Conybearc  ,  âge  de  trente  ans  y 
avoit  depuis  fix  ans  la  vue  fi  obfcurcie  , 
fans  aucun  vice  apparent  dans  l'œil  , 
qu'il  voyoit  tous  les  objets  comme  à 
travers  d'un  nuage  épais.  Il  avoit  été 
fucceilivement  dans  les  trois  hôpitaux 
les  plus  célèbres  de  Londres ,  S.  Tho- 
mas ?  S .  B arthelemi  &  S.  Georges  :  en- 
fin ,  il  y  a  deux  ans  qu'il  fe  rendit  dans 
le  nôtre.  Par-tout  5  après  les  autres  re- 
mèdes ,  on  avoit  efTayé  fi  la  falivation 
mercurielle  pourroit  le  guérir  de  cette 
efpece  de  goutte  fereine.  Les  Méde- 
cins étoient  laiTés ,  &  le  malade  en- 
tièrement découragé.  L'interrogeant 
en  particulier  ,  &  avec  beaucoup  de 
foin  fur  fa  maladie  5  il  me  dit  que  , 
de  temps  en^temps  ,  il  fe  fentoit  mal 
tout  le  long  de  l'épine  du  dos  5  fur- 
touc  quand  il  fe  courboit  pour  prendre 
quelque  chofe  my  que  fes  jambes  étoient 
fifoibles,  qu'il  pouvoit  à  peine  être  de- 
bout une  minute  fans  s'appuyer  3  au- 
trement les  jambes  lui  trembloient  5  & 
il  avoit  un  vertige  &  un  éblouiffement } 
que  fa  mémoire  étoit  fi  fort  aftoiblie  , 
que  quelquefois  il  paroiffbit  ftupide  ; 
&c  je  vis  moi-même  qu'il  étoit  extrê- 
mement décharné.    Tout  cela  me  fit 


i'Onanisml  135 

fotipçonner  que  la  goutte  fereine  pour- 
roit  bien  n'être  qu'un  fymptome  d'une 
maladie  plus  fâcheufe  ,  &  que  le  ma- 
lade étoit  attaqué  d'une  véritable  con- 
fomption  dorfale. 

Je  lefollicitai  vivement  à  m'avouer, 
s'il  ne  s'étoit  jamais  fouillé  de  l'abo- 
minable crime  d'Onan  ,  qui  détruit 
entièrement  les  parties  balfamiques  du 
fluide  nerveux.  Après  bien  des  délais, 
il  avoua  en  rougi  (Tant.  Je  lui  ordonnai 
de  prendre  le  foir  deux  pilules  mercu- 
rielles  ,  dont  chacune  contenoit  fix 
grains  de  mercure  doux  ,  &  le  lende- 
main une  once  de  fel  purgatif,  &  de 
réitérer  quatre  fois  dans  quinze  jours. 
Au  bout  de  ce  terme  je  le  fis  vivre, 
fuivant  l'ordonnance  iïHippocrate  dans 
un  cas  femblable  ,  uniquement  de  lai-  - 
tage  pendant  quarante  jours.  Dans  le 
même  temps  il  fe  faifoit  frotter  deux 
ou  trois  fois  par  femaine ,  en  fe  cou- 
chant. A  la  fin  de  cette  cure  il  revint 
de  la  campagne  en  beaucoup  meilleur 
état  que  quand  il  étoit  parti.  Je  lui  con- 
feillai  enfuite  le  bain  froid  pendant 
trois  femaines;  il  le  prenoit  à  jeun, 
à  hait  heures  du  matin,  de  deux  jours 
l'un.  Pendant  deux  mois  il  prit  deux 


1^6         l*  Onanisme. 

fois  par  jour  l'éle&uaire  minéral  &  le 
julep  volatil  ,  auxquels  il  joignoit  les 
fri&ions  &c  les  bains  de  pied.  Ces  fe- 
cours  rétablirent  fî  bien  fa  famé  ,  qu'il 
vouloit  reprendre  l'exercice  de  fa  pro- 
fefîîon  qui  étoit  la  boulangerie  ;  mais 
je  lui  confeillai  de  fe  vouer  à  quel- 
qu' autre  ,  craignant  que  Tinfpiration 
de  la  farine  qui  s'élève  en  pêtriiTanr 
ne  formât ,  dans  un  eftomac  &  dans 
une  poitrine  encore  foibles  3  une  colle 
dont  les  effets  auroient  pu  être  dange- 
reux, 

lA.Stehelin  foulagea  la  malad2  don: 
j'ai  parlé  ,  Jecl.  z  ,  p.  27  5  par  des 
bains  fortifians ,  la  teinture  de  Mars 
de  Ludovic*  &  des  bouillons  apéritifs. 

Les  principaux  remèdes  de  ÏOnania 
font  des  fecrets  qu'il  s'eft  réfervés. 
L'on  voit  en  général ,  &  cette  obferva- 
tioneft  importante  ,  qu  il  n'empioyoit 
aucun  évacuant  ,  &  que  les  roborants 
feuls  en  étoient  la  .bafe ,  fous  le  nom 
de  teinture  fortifiante  ,  the  flrenthening 
tinclure  ,  &  de  poudre  prolifique  3  the 
prolific  powder.  Ils  agitfent  fans  que 
leur  a&ion  produife  aucun  eftet  fenfî- 
ble  ;  mais  ,  ce  font  les  termes  de  l'au- 
teur ,  ils  tnrichijfcnt  >  ils  fortifient ,  ils 


l'  O  k  a  n  i  s  m  i*  137 

nourrîjfent  les  parties  génicales  de  l'un 
&  de  l'autre  fexe  \  ils  leur   donnent 
une  nouvelle  force  ;    ils  favorifent  la 
génération  de  la  femence  ;  ils  relèvent 
puiffamment  les   forces   d'une  nature 
accablée  (1)  ;  en  un  mot>  comme  tous 
les  fecrets  ,  ils  opèrent  tout  ce  qu'on 
leur  demande.  Il  y  a  un  troifieme  re- 
mède inconnu,  fous  le  nom  de  potion 
reftaurante,  qui  agit    aufli  très- effica- 
cement ;  &  ,  en  effet,  fi  Ton  doit  ajou- 
ter foi  à  tous  les  témoignages  qui  dé- 
pofent  en  faveur  de  ces  remèdes ,  ils 
ont  fans    doute    beaucoup    de  vertu. 
Outre  ces  trois  arcanes  ,  il  donne  quel- 
ques formules  ;  l'une   eft   une  potion 
compofée  d'ambre  ,  d'aromates  ,  &  de 
quelques  autres  remèdes  de  la  même 
clafFe  y  une  féconde   eft   un  Uniment 
compofé  d'huiles  eflTentielles  >  de  bau- 
mes ,  de  teintures  acres  :  l'une  ôc  Tau» 
tre  de  ces  comportions  me  paroiffent 
trop  ftimulantesj  &  comme  elles  n'cnc 
pour  elles    aucune  expérience  ,    j'en 
omets  la   delcription   :  il  en  indique 
deux   autres  qui  paroiffent  plus  con- 
venables* 

(i)Onani  ,  p.  177, 


13  S  l'Onanismî, 

Décoction. 

J/L.  Flor  jiecat.  lamii  (i)  mpl.  VI. 
radie,  cyper.  &  galang.  aa  une.  II.  rad. 
biflort.  une.  I.  rad.  ofmund.  régal,  une. 
II.  flor.  rof.  rubr.  mpl.  IV.  lehthyocoll. 
une.  III. 

Seijfa  tuf.  mixt.  cum  aquee  quart. 
VIII.  ad  quaruz  part,  évaporât,  co- 
quant.  pour  en  prendre  tous  les  jours 
un  quart  (2). 

Injection* 

^.Saccari  Saturni^  vitriol,  alb.  alum. 
rup.  aa  dr.  1.  aq.  chalyb.,  fabror.  pint. 
2.  jf\  per  dies  dectm  igné  aren&  dïge- 
rantur  :  add.  fpir.  vin.  eamphr.  eoehl. 
III. 

On  trouvera  de  très:fages  vues  ,  ap- 
plicables à  la  maladie  dont  je  traite  , 
dans  un  livre  qui  vient  de  paroître  3 
intitulé,  Précis  de  médecine  pratique  , 
par  M.  Lieu  rAuu,  Médecin  ' des  En- 


(1)  Il  ne  déligne  point  I'efpece  ,  ce  ne  peut  être  que 
le  lamium  album  white  arckangei  ,  ou  le  lamium  ma* 
culatum. 

(1  )  Le  quart  Anglois  eft  la  même  mefure  ^ue  la  pinte 
de  Paris. 


l'Onanisme,  159 

fants  de  France  ,  qui ,  après  s'erre  fait 
un  nom  diftingué  parmi  les  Anatomif- 
tes  &  les  Phyhologiftes  ,  vient  de  s'af- 
furer  par  cet  ouvrage  ,  un  des  pre- 
miers rangs  parmi  les  Praticiens*  Les 
chapitres  relatifs  à  la  confomption 
dorfale  ,  font  ceux  qui  ont  pour  titre  y 
calor  morbofus  ,  chaleur  morbifique  ; 
maladie  ,  pour  le  dire  en  pâlTant,  très- 
fréquente,  dont  perfonne  n'avoit  par- 
lé ,  que  l'on  traite  fouvent  très-mal  > 
comme  je  m'en  fuis  plaint  ailleurs  ,  & 
dont  M.  Lieutaud  a  développé  le  pre- 
mier les  fymptômes ,  la  nature  &  le 
traitement  ;  vires  exkaujlœ ,  Pépuife- 
mentj  fkanœmia,  qu'on  peut  tradui- 
re le  manque  defang,  chapitre  très-in- 
téreiTant ,  qui  eft  tout  entier  à  l'Au- 
teur. 

M.  Lewis  dont  je  n'avols  point  pu 
me  procurer  l'ouvrage  avant  Pimpref- 
fîon  de  la  première  édition  du  mien  , 
eft  celui  de  tous  qui  s'eft  le  plus  éten- 
du fur  la  cure.  J'ai  eu  le  piaifir  de  voir 
que  nous  étions  parfaitement  dans  les 
marnes  idées  ,  Se  que  nous  employions 
les  mêmes  remèdes  ,  fur-tout  le  kina 
&  les  bains  froids  }  conformité  qui  me 
paroît  prouver  en  faveur  de  la  métho- 


^4°  L    O  N  A  N  I  S  M  E. 

de  que  nous  avons  fuivie  l'un  &  l'autre. 
Je  ne  rapporterai  ici  que  les  deux  apho- 
rifmes  qui  renferment  la  fubftance  de 
fa  doctrine  }  je  me  fervirai  de  quel- 
ques paflfages  de  l'explication  qu'il  y 
ajoute ,  pour  confirmer ,  dans  la  fe- 
€fcion  fuivante  ?  ma  propre  pratique. 

»  La  cure  de  cette  maladie  >  dit  cet 
»  habile  Médecin  ,  dépend  de  deux 
w  articles  }  ce  qu'il  faut  éviter  &  ce 
?>  qu'il  faut  faire  :  8c  les  remèdes  n'ont 
»  aucune  efficace  fi  Ton  n'apporte  pas 
»  une  grande  attention  à  tout  ce  qui 
^regarde  les  chofes  non  naturelles, 
>*  ou  toutes  les  branches  du  régime, 
"Un  air  foin  eft  de  la  plus  grande 
^importance.  La  diète  doit  être  for- 
*>  tifiante  fans  échauffer.  Le  fommeil 
99  ne  doit  pas  être  trop  long,  &  il 
35  faut  dormir  à  des  heures  convena- 
is blés.  L'on  doit  prendre  un  exercice 
j>  modéré  ,  fur  -  tout  à  cheval.  Si  les 
»  évacuations  naturelles  fe  font  irré- 
3?  gulierement ,  il  faut  les  mettre  dans 
»  l'ordre.  Le  malade  doit  chercher  à 
»  fe  diftraire  par  la  compagnie ,  ou 
»  par  les  plaifirs  innocents. 

»  Tous  les  remèdes    doivent   être 


l'  O  n  a  n  i  s  m  e.  141 

*>  tirés    de  deux  clafles  ,   les  balfami- 
»  ques  Se  les  fortifiants  (  t  )  ». 

Il  recommande  beaucoup,  au  lieu 
de  thé ,  qui  eft  toujours  ,  dit-il ,  très- 
nuifible  aux  nerfs,  l'infufion  de  mé- 
liife  ou  de  menthe  ,  en  mettant  dans 
chaque  taflfe  une  cuillerée  d'une  mix- 
ture balfamique  compofée  de  crème 
&  de  jaunes  d'oeufs  battus  enfemble 
avec  deux  ou  trois  gouttes  d'huile  de 
cannelle  (i),  ce  qui  fait  une  boiflon 
dont  le  palais  &  l'eftomac  s'accommo- 
dent très-bien ,  comme  j'ai  eu  occafîon. 
de  le  remarquer  moi-même  ;  &:  ce  re- 
mède eft  en  effet  véritablement  balfa- 
mique &  fortifiant  :  mais  je  placerai 
ici  une  remarque  qui  peut  être  utile , 
c'eft  que  M.  Lewis  indique  parmi  les 
fortifiants  qu'il  confeille ,  les  remèdes 
tirés  du  plomb  (3),  &c  je  me  fais  un 
devoir  d'avertir  ,  que  malgré  fon  au- 
torité ,  &:  celle  de  quelques  autres 
Médecins  refpectables  >  l'ufage  inté- 
rieur des  préparations  de  plomb  eft 
un  véritable  poifon  ,  de  l'aveu  prefque 

(1)  K  Pra&ical  EfTay.  p.  io  ,  i  f  &:  34. 

(i)  Seft.  10  ,  p.  17.  Robuifon  confonipr.  p.  ?S» 

(3)  Ibid.  p,  x<S ,  28, 


142:  l*  Onanisme. 

unanime  de  tous  les  Médecins  ;  j'en 
ai  vu  les  effets  les  plus  triftes  ;  &  l'im- 
pudente imprudence  des  Charlatans  ne 
fournit  que  trop  d'occafions  d'en  ob- 
ferver  de  tels.  Si  dn  veut  le  conferver , 
comme  celui  de  quelques  autres  poi- 
fons,  qu'au  moins  l'adminiftration  en 
foit  réfervée  à  ceux  qui  font  en  état 
de  connoître  fes  dangers  &  fes  vertus  , 
&c  qu'on  ne  l'indique  p^s  fans  précau- 
tions dans  des  ouvrages  deftinés  au 
Public. 

Je  finirai  cette  fedion  par  la  mé- 
thode que  M.  Stork  emploie  dans  ces 
maladies;  elle  eft  très-fimple  ,  &  très- 
efficace.  En  comparant  toutes  ces  mé- 
thodes on  verra  qu'elles  font  toutes 
fondées  fur  les  mêmes  principes  ; 
qu'elles  tendent  au  même  but ,  & 
qu'elles  emploient  des  moyens  très- 
reffemblants  les  uns  aux  autres  ,  con- 
formité qui  fait  l'éloge  de  la  métho- 
de ,  &  infpire  de  la  confiance.  »  On 
»  commence  ,  dit  M.  Stork  ,  par  les 
»  nourrir  de  bouillons  fucculents.  Le 
»  ris  ,  les  gruaux  d'avoine  5  ceux  d'or- 
»  ge  cuirs  avec  du  bouillon  ou  du  lait  9 
»  &  le  lait  font  très-utiles  ;  mais  il  faut 
»obferver  d'en  faire  prendre  peu  de  fou- 


l'Onanisme.  145 

»  vent.  Si  l'eftomac  étoit  fî  fortaffoi- 
»  bli ,  comme  cela  arrive  quelquefois 
*>  quand  la  maladie  a  fait  de  grands 
»  progrès  ,  qu'il  ne  pût  pas  même  fou- 
»  tenir  ces  aliments  fans  de  grandes 
»  angoiiîes  ,  il  faut  donner  une  nour- 
»  rice  au  malade  ,  ce  qui  en  a  quel- 
le quefois  tiré  de  l'état  le  plus  fâcheux. 
»  On  redonne  de  la  force  &  de  l'ac- 
»  tion  aux  fibres  relâchées  ,  par  l'ufage 
»  d'un  vin  avec  le  fer  ,  le  kina  &  la 
>y  cannelle  :  dès  que  le  malade  ,  a  aflfez 
»  de  force  pour  fe  promener,  il  lui  e(t 
»  extrêmement  utile  d'aller  dans  un 
»  air  de  campagne  très  -  pur  3  ou  de 
«  montagne  (1)  ». 


SECTION      X. 

Pratique  de  F  Auteur. 

IL  y  a  quelques  maladies  dans  lef- 
quelles  il  eft  difficile  de  démêler  exa- 
ctement la  caufe  ,  &  par-là  même  de 
déterminer  l'indication  ,  &  de  régler 
le  traitement ,  mais  qui  fe  guéniTent 

(1)  Medicus  anuuus,  t,  i  ,  p.   x\6. 


144  XvO'N  A  N  I  S  ME. 

avec  aflfez  de  facilité  quand  on  eft  par- 
venu à  ce  point  ;  il  n'en  eft  pas  de  mê- 
me dans  la  confomption  dorfale.  L'on 
fçait  quelle  eft  la  maladie  j  Ton  en  con- 
noît  la  caufe  :  c'eft ,  comme  le  dit  M. 
Lewis  ?  une  efpece  particulière  de  con- 
fomption ,  dont  La  caufe  prochaine  efi  une 
foibleffe  générale  des  nerfs  :  l'indication 
eft  aifée  à  former  j  l'on  ne  peut  pas 
être  partagé  par-là  même  fur  l'eflentiel 
du  traitement  ;  mais  fouvent  le  meil- 
leur traitement  échoue  ;  c'eft  une  raifon 
de  plus  pour  en  fixer  les  détails  avec 
exactitude.  Le  relâchement  général  des 
fibres ,  la  foibleffe  du  genre  nerveux , 
l'altération  des  fluides  font  les  caufes 
du  mal.  Il  dépend  de  PafFoiblifTement 
de  toutes  les  parties  }  il  faut  leur  ren- 
dre leur  force  ,  c'eft  l'unique  indica- 
tion. Elle  a  fes  fubdivifions  tirées 
des  différentes  parties  afFoiblies  }  mais 
comme  les  mêmes  remèdes  fervent  à 
Jes  remplir  toutes  ,  il  eft  inutile  de  les 
détailler  ici  }  elles  l'ont  été  dans  le 
cours  de  cet  ouvrage. 

Ceux  qui  ignorent  parfaitement  la 
Médecine  ,  &  qui  en  parlent  cepen- 
dant plus  que  ceux  qui  la  fçavent ,  croi- 
ront qu'il  eft  fort  aifé  de  remplir  cette 

indication  , 


l'Onanisme.  145 

indication,  &:  qu'avec  de  bons  aliments 
&c  des  cordiaux  ,  dont  nos  boutiques 
abondent,  on  fortifie  bien  aifément  ; 
de  trilles  expériences  ont  au  contraire 
appris  aux  plus  grands  Médecins  que 
rien  n'étoit  plus  difficile. 

//  cfi  bien  aifé y  dit  M.  Gorter  ,  de 
diminuer  Us  forces  ;  Von  ri  a  prefqu  aucun 
Jecours  pour  les  réparer  (  1  ).  On  le  com- 
prendra aifément  (î  Ton  réfléchit  que 
les  aliments  <k  les  remèdes  ne  font 
autre  chofe  que  les  inftruments  dont 
la  nature  fe  fert  pour  s'entretenir  , 
réparer  fes  pertes  ,  &  remédier  aux 
dérangements  qui  furviennent  dans  le 
corps.  Et  qu'eft-ce  que  la  nature  ?  L'ag- 
grègat  des  forces  du  corps  diflribuces 
harmoniquement.  C'eft  la  force  vitale 
diftribuée  refpectivement  dans  les  dif- 
férentes parties.  Quand  les  forces  font 
épuifées ,  c'eft  donc  la  nature  qui  eft 
en  défaut  ;  c'eft  l'architede  ouvrier  qui 
ne  fonctionne  plus  \  donnez -lui  dos 
matériaux  tant  que  vous  voudrez  ,  il 
eft  hors  d'état  de  les  employer.  Vous 
pouvez  l'enterrer  avec  fon  bâtiment , 

(1  )  De  pcrfpir.  infenf.  p.  J04. 


146  l'Onanisme. 

fous  la  pierre ,  le  bois  &  le  mortier  , 
fans  qu'il  fe  répare  un  feul  pouce  de 
muraille.  Il  en  eft  de  même  des  mala- 
dies qui  dépendent  de  la  deftru&ion 
des  forces  \  les  aliments  ne  réparent 
point ,  &  les  remèdes  n'agiflenc  point. 
J'ai  vu  des  eftomacs  iî  affoiblis ,  que 
les  aliments  n'y  recevoient  pas  plus  de 
préparation  que  dans  un  vaiffeau  de 
bois  y  quelquefois  ils  s'y  arrangent  fui- 
vant  les  loix  de  leurs  gravités  fpécifi- 
ques  ;  &c  quand  enfin  une  nouvelle 
dofe  irrite  Peftomac  par  fon  poids,  on 
les  voit  reflortir  fucceflîvement  par  un 
léger  effort ,  très  -  féparés  les  uns  des 
autres.  D  autres  fois  ,  par  un  plus  long 
féjour ,  ils  s'y  corrompent  ,  &  on  les 
vomit  tels  qu'ils  feraient  (î  on  les  eût 
lailfé  gâter  dans  un  baflin  d'argent  ou 
de  porcelaine.  Que  doit-on  efpérer  des 
aliments  dans  des  cas  de  cette  efpece  ? 
L'épuifement  n'eft  pas  auffi  confîdé- 
rable  dans  tous  :  il  en  eft  dans  lefquels 
les  forces  ne  font  qu'affoiblies  fans  être 
totalement  détruites  ;  il  refte  alors 
quelques  reftburces  dans  les  aliments  , 
&  même  dans  les  remèdes.  Ce  qui  refte 
de  la  nature  tire  quelque  parti  des  pre- 


l'Onanisme.  147 

miers  ;  Se  les  derniers  doivent  être  de 
ceux  qu'on  a  remarqués  propres  à  rani- 
mer ce  principe  d'aétion  vitale  qui  s'é- 
teint :  ce  font  les  fecours  étrangers  , 
dont  on  aide  Farchiteéfce ,  pour  qu'il 
puiffe  travailler  à  ion  ouvrage  ,  en 
dépenfant  le  moins  poffible  de  fes  for- 
ces; c'eft,  d'autres  fois,  le  coup  d'éperon 
qu'on  donne  à  un  cheval  foible ,  pour 
qu'il  fafle  un  effort  dans  un  mauvais 
pas.  Mais  qu'il  faut  d'habileté  &  de 
prudence  pour  fçavoir  juger  d'un  coup 
d'œil  la  profondeur  du  bourbier  ,  la 
force  de  l'animal ,  &c  les  comparer  !  Si 
l'ouvrage  eft  au-deffus  de  (es  forces, 
ce  coup  d'éperon  l'obligera,  il  eft  vrai, 
à  un  effort  ;  mais  fi  cet  effort  ne  peut 
pas  le  mettre  au  bon  chemin ,  il  ne 
fera  que  l'épuifer  totalement. 

La  foibleffe  produite  par  la  maftur- 
bation  offre  une  difficulté  dans  le  choix 
des  remèdes  fortifiants,  qui  ne  fe  pré- 
fente pas  dans  d'autres  cas  ;  c'eft  qu'il 
faut  éviter  avec  le  plus  grand  foin 
ceux  qui ,  en  irritant  ,  pourraient  ré- 
veiller l'aiguillon  de  la  chair.  C'eft  une 
loi  de  la  méchanique  animée ,  fi  diffé- 
rente de  l'inanimée ,  &  fi  peu  foumife 

ci) 


l'4l  l'Onanism  e. 

aux  mêmes  régies  ,  que  quaad  les 
mouvements  s'augmentent ,  l'augmen- 
tation eft  plus  confidérable  dans  les 
parties  qui  en  font  le  plus  fufceptibles: 
ce  font  ,  chez  les  mafturbateurs ,  les 
parties  génitales  ;  c'eft  donc  dans  ces 
parties  que  l'effet  des  remèdes  irritants 
fe  manifeftera  le  plus  fenfiblement  ;  Se 
les  fuites  dangereufes  de  cet  effet  ne 
peuvent  rendre  trop  circonfpedts  fur 
les  moyens  qu'on  emploie.  Quels  peu- 
vent-ils donc  être  ?  C'eft  ce  que  j'exa- 
minerai après  avoir  détaillé  le  régime. 
Je  fuivrai  ,  dans  ce  détail ,  la  divifion 
ordinaire  des  fix  chofes  non  naturelles , 
l'air  ,  les  aliments  ,  le  fommeil ,  les 
mouvements  >  les  évacuations  naturel- 
les &  les  pallions. 

Uaïr. 

L'air  a  fur  nous  l'influence  que  l'eau 
a  fur  les  poifTons ,  &  même  une  beau- 
coup plus  confidérable.  Ceux  qui  fça- 
vent  à  quel  point  cette  première  in- 
fluence s'étend  ,  qui  n'ignorent  pas  que 
les  gourmets  connoiffent  non -feule- 
ment la  rivière  >  mais  encore  l'endroit 


^Onanisme.  149 

de  la  rivière  où  un  poilïon  a  été  pris  > 
&  qu'ils  diftinguent  ^ 

.  .  .  .  i  .  Lupus  hic  ,  Tiberinus ,  an  alto 
Captus  liiet  ?  pontefne  inter  ja&atus ,   an  amnis 
Oflia  fub  Tufci  ? 

Ceux-là  ,  dis-je ,  fendront  combien  il 
importe  pour  les  malades  de  refpirer 
un  air  plutôt   qu'un  autre.   Ceux  qui 
font  entrés  une  fois  en  leur  vie  dans 
une  chambre  qu'on  habite  fans  l'aérer  my 
ceux  qui  auront  côtoyé  <\qs  marais  dans 
les  chaleurs  ,  habité  dans  des  lieux  bas 
entourés  d'éminences  de  tous  côtés  } 
ceux  qui  auront  pafTé  d'une  ville  peu- 
plée dans    la    campagne ,  qui  auront 
refpiré   Pair  au  lever  du  foleii   ou  à 
midi  y  avant  ou  après  une  pluie  \  tous 
ces  gens -là,  dis-je  ,   comprendront 
comment  l'air  peut  influer  fur  la  fanté. 

Temperie  cœli  corpufque  animufque  juvatur.  Ov  10. 

Les  foibles  ont  plus  befoin  du  fe- 
cours  d'un  air  pur  ,  que  les  autres  ;  c'efl 
un  remède  qui  agit ,  (  &  c'eft  peut  être 
le  feui  ) ,  fans  le  concours  de  la  nature  , 
fans  employer  fcs  forces  5  il  ert  par-là 
même  de  la  plus  grande  importance  de 

G  iij 


IJO  i/  O   N  A  N  IS  M  £. 

ne  pas  le  négliger.  Celui  qui  convient 
le  mieux  à  une  atonie  générale  ,  c'eft 
un  air  fec  &  tempéré  :  un  air  humide, 
un  air  trop  chaud  font  pernicieux.  Je 
connois  un  malade  de  cette  efpece  que 
les  grandes  chaleurs  jettent  dans   un 
épuifement  total,  &  dont  la  fanté  va- 
rie en  été  ,  fuivant  l'alternative   des 
jours   plus  ou  moins  chauds.   Un  air 
trop  froid  eft  beaucoup  moins  à  crain- 
dre ,  &  cela  doit  néceflairement  être 
ainfi  :  la  chaleur  relâche  les  fibres  déjà 
trop  lâches ,  8c   diffbut   les    humeurs 
déjà  trop  fondues  ;  le  froid  ,  au  con- 
traire ,   remédie   à    ces    deux    maux. 
Quand  les   Caribes  font  attaqués   de 
paralyfîe  ,  à  la  faire   de  ces  terribles 
coliques  convulfîves  auxquelles  ils  font 
fajets ,  lorfquon  ne  peut  pas  les  en- 
envoyer  aux  bains  chauds  qu'on  trouve 
dans  le  nord  de  la  Jamaïque  ,  on  fe 
contente  de  les  envoyer  dans  quelque 
endroit  plus  froid  que  leur  pays  y  &: 
ce  feul  changement  d'air  opère  tou- 
jours très  -  favorablement.  Une  autre 
qualité  effentielle  de  l'air  ,  c'eft  qu'il 
ne    foit    point   chargé    de    particules 
nuifibles  ;  qu'il  n'ait  point  perdu,  par 
fon  féjour  dans  des  lieux  habités,  cette 


l'Onanisme.  151 

efpece  de  qualité  vivifiante  qui  en 
fait  toute  l'efficace  ,  &  qu'on  pourroic 
appeller  l'efprit  vital  ,  auffi  néceflfaire 
aux  plantes  qu'aux  animaux  :  8c  tel  eft 
l'air  qu'on  refpire  dans  une  campagne 
bien  aërée  &  jonchée  d'herbes ,  d'ar- 
bres &  d'arbrifTeaux.  Que  le  malade  , 
dit  ArètU  (1  ),  demeure  auprès  des  prés, 
des  fontaines  &  des  ruiflTeaux  y  les 
exhalaifons  qui  en  émanent,  8c  la  gaie- 
té que  ces  objets  infpirent  ,  fortifient 
l'ame,  animent  les  forces  ,  8c  rétablif- 
fent  la  vie.  L'air  de  la  ville  ,  fans  cette 
infpiré  &  expiré  ,  continuellement  rem- 
pli d'une  foule  de  vapeurs  ou  d'exha* 
laifons  infectes  ,  réunit  les  deux  in- 
convénients d'avoir  moins  de  cet  efprit 
vital  ,  8c  d'être  chargé  de  particules 
nuiiîbles.  Celui  de  la  campagne  poflTede 
les  deux  qualités  oppofées  j  c'eft  un  air 
vierge  >  8c  un  air  imprégné  de  tout  ce 
qu'il  y  a  de  plus  volatil ,  de  plus  agréa- 
ble ,  de  plus  cordial  dans  les  plantes , 
&c  de  la  vapeur  de  la  terre  qui  ,  elle- 
même  5  eft  très-falubre.  Mais  il  feroit 
inutile  de  fe  choilîr  une  demeure  dans 
un  bon  air  ,  fi  on  ne  le  refpiroit  pas  j 

(i)  De  curât,  acutor  ,   I,  x  ,  e.  3  >  p.  102. 

Giv 


151  L*  Onanisme. 

l'air  des  chambres ,  fî  on  ne  le  renou- 
velle pas  continuellement ,  eft  à  peu 
près  le  même  dans  toutes  :  ce  n'eft 
prefque  pas  en  changer  que  de  pafler 
d'une  chambre  fermée  en  ville  dans 
une  chambre  fermée  à  la  campagne. 
L'on  ne  jouit    de    toute    la   falubrité 
d'une  atmofphere   faine  qu'en  pleins 
champs.  Si  les  infirmités  ou  la  foihleffe 
ne  permettent  pas  de  s'y  tranfporter , 
l'on  doit  renouveller  plufieurs  fois  par 
jour  l'air  de  la  chambre  ,  non  pas  en 
ouvrant  Amplement  une  porte  ou  une 
fenêtre  ,  ce  qui  le  renouvelle    peu  , 
mais  en  faifant  pafler  dans  la  chambre 
un  torrent  d'air  frais ,  en  ouvrant  tout 
à  la  fois  dans  deux  ou  trois  endroits 
oppofés.  Il  n'y  a  aucune  maladie  qui 
n'exige  cette  précaution  ;  mais   alors 
il  convient  de  fouftraire  le  malade  à 
une  trop  grande  impreflion  5  ce  qui  eft 
toujours  très-aifé* 

Il  eft  aufli  extrêmement  important 
de  refpirer  l'air  du  matin  :  ceux  qui 
.s'en  privent  pour  refter  dans  une  at- 
mofphere étouffée  entre  quatre  ri- 
deaux renoncent  volontairement  au 
plus  agréable  &  peut-être  au  plus  forti- 
fiant de  tous  les  remèdes.  La  fraîcheur 


^Onanisme.  155 

de  la  nuit  lui  a  rendu  tout  fon  prin- 
cipe vivifiant  ;  &  la  rofée  qui  s'éva- 
pore peu-à  peu  ,  après  s'être   chargée 
de  tout  le  baume  des  fleurs  fur   les- 
quelles elle  a  féjourné  ,  le  rend  véri- 
tablement médicamenteux.  L'on  nage 
au   milieu  d'une    elïence  de    plantes 
qu'on    infpire    continuellement  ,    <k 
dont  rien  ne  peut  fuppléer  le  bon  effet. 
Le  bien-être  ,  la  fraîcheur  ,  la  force , 
l'appétit  qu'on  fent  pendant  le  refte  du 
jour ,  en  eft  une  preuve  à  la  portée  de 
tout  le  monde  ,  plus  forte  que  tout  ce 
que  je  pourrois  ajouter.  J'en  ai  vu  en- 
core très-récemment  les  effets  les  plus 
fenfibles  fur  quelques  perfonnes  valé- 
tudinaires ,  fur   celles   fur  -  tout    qui 
étoient  hypocondriaques  ;  elles  éprou- 
voient  >  de  la  manière  la  plus  marquée  > 
que  fi  elles  humoient  l'air  au  lever  du 
foleil ,  elles  fe  fentoient  beaucoup  plus 
gaies  le  refte  du  jour  ;  &  ceux  qui  le 
pafToient  avec  elles  n'auroient  pas  pu 
fe  tromper  à  cette  marque  fur  l'heure 
de  leur  lever.  L'on  fent  combien  cet 
effet  eft  important  pour  les  malades  de 
la  confomption  dorfale  ,  qui  font   (i 
fouvent   hypocondriaques.    Le  retour 
de  la  gaieté  démontre  feul  d'une  fa- 

Gv 


1 54  l' Onànism  e. 

çon  invincible  un  amendement  géné- 
ral dans  la  fan  té. 

Les  Aliments. 

L'on  doit  être  guidé  dans  le  choix 
des  aliments,  par  ces  deux  règles  :  i°.  ne 
prendre  que  des  aliments  ,  qui  ,  fous 
un  petit  volume  ,  contiennent  beau- 
coup de  nourriture  ,  &  qui  fe  digèrent 
aifément.  C'eft  Faphorifme  de  Sanclo- 
rius  :  C dit  us  irnrnoderatus  pofiulat  ci!  os 
paucos  &  boni  nutrimenti  (  i  ).  z°.  Eviter 
tous  ceux  qui  ont  de  l'âcreté.  Il  eft  im- 
portant de  rendre  à  Peftomac  toutes  fes 
Forces  ;  &  rien  ne  détruit  plus  la  force 
des  fibres  animales  qu'une   extenfion 
forcée  'y  ainfi  ,  iî  l'on  dilatoit  l'eftomac 
par  la  quantité  des  aliments  ,  on  l'af- 
fbibliroit   journellement  :   d'ailleurs -> 
s'il  eft  trop  rempli  ,  les  perfonnes  foi- 
blés   éprouvent  un    état  de  mal-aife  , 
d'angoifTe,  de  foiblelfe  &  de  mélan- 
colie ,  qui  augmente  tous  leurs  maux. 
L'on  prévient  ces  deux  inconvénients  3 
en  choififlfant  des  aliments  tels  que  je 
les  ai  indiqués,  &  en  n'en  prenant  que 

(1)  Se&.  £,aph.  i*. 


l'Onanisme.  ifj 

peu  à  la  fois  5  mais  fréquemment.  Il  eft 
eftentiel  qu'ils  puillent  donner  aifé- 
ment  ce  qu'ils  ont  de  nutritif.  L'eftomac 
n'eft  pas  en  état  de  digérer  ce  qui  fe 
digère  difficilement  :  fon  adion  extrê- 
mement languiflTante  ,  feroit  totale- 
ment détruite  par  des  aliments  ,  ou 
trop  durs  ,  ou  propres  à  diminuer  fes 
forces. 

L'on  peut ,  fur  ces  principes  ,  for- 
mer le  catalogue  de  ceux  qui  convien- 
nent dans  ce  cas  ,  6c  de  ceux  qu'on 
doit  exclure.   Dans  la  dernière  claiïe 
font  toutes  les  viandes  naturellement 
dures  &  indigeftes  5  telles  que  celles 
de  cochon  }  toutes  celles  de  vieilles  bê- 
tes ;  celles  que  l'art  a  durci  au  moyen 
du  fel  8c  de  la  fumée  ,  préparation  qui 
les  rend  en  même  temps  acres  ;  toutes 
celles  qui  font  trop  grafTes  ;  les  autres 
graifTes  quelconques ,  qui  relâchent  les 
fibres  de  l'eftomac  ,  diminuent  l'adion 
déjà   trop  foible    des   fucs    digeftifs  5 
reftent  indigeftes  ,   difpofent  à  des  ob- 
ftrudions ,  &  acquièrent  par  leur  fé- 
jour  ,  un  caradere  d'âcreté ,  qui ,  irri- 
tant continuellement  ,  donne  de  l'in- 
quiétude >  des  douleurs  ,,  de   l'infom- 
nie  y  de  î'angoifle ,  de  la  fièvre.  Il  rij 

GvJ 


1)6  L5  O  N  A  N  I  S  M  E. 

a  rien  ,  en  un  mot  ,  dont  les  personnes 
qui  ne  digèrent  oas  ,  doivent  fe  garder 
avec  plus  de  foin  que  des  chofes  gref- 
fes. Les  pâtes  non  fermentées ,  fur-tout 
quand  elles  font  pétries  avec  des  graif- 
fes,  font  une  autre  efpece  d'aliment 
très-fort  au-deflus  des  forces  d'un  mau- 
vais eftomac.  Les  herbes  potagères  , 
en  produifant  des  gonflemens  qui  le 
diftendent  ^  &  qui  gênent  en  même 
temps  la  circulation  dans  les  parties 
voifines ,  font  également  nuifibles  }  tels 
font  généralement  toutes  les  efpeces  de 
choux ,  les  légumes  à  cofle,  &  ceux  qui 
ont  un  goût  &  une  odeur  extrêmement 
acres  ,  dernière  qualité  qui  les  rend 
nuifibles  ,  indépendamment  des  fla- 
tuofités. 

Les  fruits ,  qui  font  fi  falutaires.dans 
les  maladies  aiguës  &  inflammatoires , 
dans  les  obftru&ions  ,  fur- tout  dans 
celles  du  foie  &  dans  plufieurs  autres 
maladies,  ne  conviennent  jamais  dans 
ces  cas,  ils  afFoibliifent ,  ils  relâchent , 
ils  énervent  les  forces  de  l'eftomac  ;  ils 
augmentent  la  difïolution  du  fang  déjà 
trop  aqueux  }  mal  digérés ,  ils  fermen- 
tent dans  l'eftomac  &  dans  les  inteftins , 
Se  cette  fermentation  développe  une 


l'Onanisme.  157 

quantité  étonnante  dair  ,  qui  produit 
des  diftenfions  énormes  qui  dérangent 
abfolument  le  cours  de  la  circulation, 
J'ai  vu  cet  effet  être  fi  confidérabie 
chez  une  femme  ,  pour  avoir  mangé 
trop  de  fruits  rouges  ,  vingt  -  quatre 
jours  après  une  couche  très-heureufe  , 
que  le  ventre  étoit  tendu  au  point  de 
devenir  livide  }  elle  étoit  dans  l'aflbu- 
pifTement  ,  &  fon  pouls  prefqu'im- 
perceptibie.  Les  fruits  laiflent  aufli 
dans  les  premières  voies ,  un  principe 
acide  ,  propre  à  occafionner  plusieurs 
accidents  fâcheux  ;  ainfi  il  faut  prefque 
entièrement  s'en  priver.  Les  jardinages 
crus  >  le  vinaigre  ,  le  verjus  ont  les 
mêmes  inconvénients  >  &  méritent  la 
même  exclusion. 

Quoique  le  catalogue  des  aliments 
défendus  foit  long  >  celui  des  aliments 
permis  l'eft  encore  davantage.  Il  com- 
prend toutes  les  viandes  d'animaux 
jeunes ,  nourris  dans  de  bons  endroits  y 
&  bien  nourris  :  telles  font  fur- tout 
celles  de  veau  ,  de  jeune  mouton  ,  de 
jeune  bœuf  5  de  poulet,  de  pigeon  ,  de 
poulet  d'inde,  de  perdreau.  Les  alouet- 
tes ,  les  grives  9  les  cailles  ,  les  autres 
gibiers  >  fans  être  abfolument  intec- 


ï  5  ^  L'  O   N  A  N  I  5   M   Ê. 

dits  ,  ont  cependant  des  inconvénients 
qui  ne  permettroient  pas  d'en  faire  un 
ufage  journalier.  Le  poifïbn  eft  dans 
le  même  cas. 

L'on  doit  non-feulement  choifir  les 
viandes  avec  foin  y  il  faut  encore  les 
préparer  convenablement.  La  meil- 
leure façon  ,  c'eft  de  les  rôtir  à  un  feu 
doux  qui  conferve  leur  fuc  ,  &  qui  ne 
les  defTeche  pas  j  ou  de  les  cuire  lente- 
ment dans  leur  propre  jus.  Celles 
qu'on  fait  bouillir  avec  beaucoup  d'eau 
donnent  au  bouillon  tout  ce  qu'elles 
ont  de  fucculent ,  &  reftent  incapa- 
bles de  nourrir  \  fouvent  elles  ne  font 
que  des  fibres  charnues  dénuées  de 
leurs  fucs ,  &  chargées  d'eau  ,  égale- 
ment infïpides  au  goût  ,  &  indigènes  à 
l'eftomac.  Il  eft  très-ordinaire  de  voir 
des  perfonnes  foibles  ,  fort  éloignées 
de  tout  foupçon  de  friandife  ,  qui  ne 
peuvent  point  en  manger  fans  fentir 
que  leur  eftomac  fouffre.  Plus  les  vian- 
des font  tendres  ,  moins  elles  foutien- 
nent  cette  préparation  ,  qu'on  devroit 
réferver  ,  quant  aux  malades  ,  pour  ti- 
rer des  viandes  dures  ce  qu  elles  ont 
de  nourrifTant. 

Quelques  foins    qu'on  donne  à  la 


L'  O  N  A  N  I  S  M  E.  159 

préparation  de  la  viande ,  il  eft  des 
perfonues  qui  ne  peuvent  pas  la  digé- 
rer :  on  eft  réduit  a  ne  leur  en  donner 
que  le  jus  qu'on  exprime  après  les  avoir 
fait  médiocrement  cuire  ;  mais  com- 
me il  fe  corromproit  très-aifément ,  il 
faut  y  joindre  un  peu  de  pain  ,  &  une 
petite  dofe  de  jus  de  citron  ,  ou  un 
peu  de  vin  :  un  tel  mélange  eft  tout 
ce  qu'on  peut  employer  de  plus  nour- 
riffant.  Quelques  écreviffes  cuites  & 
écrafées  dans  le  bouillon  en  relèvent 
le  goût  ,  &  le  rendent  peut-être  en- 
core plus  fortifiant  ;  mais  elles  ont  le 
double  inconvénient  d'être  un  peu 
échauffantes  ,  Se  de  rendre  le  bouil- 
lon plus  fufceptible  d'une  prompre 
corruption  }  ainfi  il  faut  être  fur  fes 
gardes  à  ces  deux  égards.  Le  pain  Se 
le  jardinage  n'ont  pas  l'avantage  de 
réunir  beaucoup  de  nourriture  fous 
un  petit  volume  y  mais  leur  ufage  y 
fur-tout  celui  du  pain  ,  eft  abfolument 
indifpenfable ,  pour  prévenir  ,  non- 
feulement  le  dégoût  que  l'ufage  d'un 
régime  tout  animal  ne  manquerait  pas 
de  produire  5  mais  encore  la  putridité 
qui  en  feroit  une  fuite  ,  fi  on  ne  le 
mêloit  pas  de  végétaux.  Sans  cette  pré- 


i£o  l'Onanisme, 

caution  Ton  verroic  bientôt  éclor re  dans 
les  premières  voies  l'alcali  fpontané  ,  & 
tous  les  défordres  qu'il  peut  entraîner. 
J'ai  vu  les  plus  grands  accidents  pro- 
duits par  ce  régime  ,  chez  des  perfon- 
nes  foibles  à  qui  on  l'avoit  ordonné. 
Un  des  fymptômes  les  plus  ordinaires 
eft  l'altération  :  ils  font  obligés  déboi- 
re y  &  la  boifîon  les  affoiblit  ;  d'ail- 
leurs ,  elle  fe  mêle  difficilement  avec 
les  humeurs ,  parce  que  ce  mélange 
dépend  de  l'a&ion  des  vaiflfeaux  ,  qui 
eft  très-languiflante  ;  &  fi  par  un  mal- 
heur, très-ordinaire  chez  ceux  qui  ne 
prennent  que  peu  de  mouvement , 
î'a6tion  des  reins  diminue  ,  les  liqui- 
des paflent  dans  le  tiflu  cellulaire  ,  & 
forment  d'abord  des  œdèmes,  Se  enfin 
des  hydropifies  de  toutes  les  efpeces. 

L'on  prévient  ces  dangers  en  ma- 
riant  toujours  le  régime  végétal  avec 
l'animal.  Les  meilleures  herbes  font 
les  racines  tendres  ,  &  les  herbes  chi- 
coracées  ,  les  cardes  &  les  afperges.  Il 
y  en  a  d'autres  qui ,  quoique  fort  ten- 
dres incommodent  ,  parce  qu'ils  ra- 
fraîchirent trop  y  ils  amortirent  la 
force  de  l'eftomac. 

Les  graines  farineufes ,  préparées  8c 


î/O  N  A  NI  S  ME*  \6l 

cuires  en  crème  avec  du  bouillon  de 
viande  ,  font  un  aliment  qui  n'eft 
point  à  méprifer;  il  réunit  ce  qu'il  y  a 
de  plus  nourriffant  dans  les  deux  règ- 
nes &  le  mélange  prévient  le  danger 
de  chaque  aliment  donné  feul  }  le 
bouillon  empêche  la  farine  de  s'aigrir , 
la  farine  empêche  le  bouillon  de  pour- 
rir. L'on  s'apperçoit  aifément ,  en  li- 
fanc  les  obfervateurs  avec  un  peu  de  ré- 
flexion ,  que  les  maladies  font  plus 
malignes  dans  le  nord  de  l'Europe  que 
dans  fa  partie  moyenne  :  cela  ne  vien- 
droit-il  point  de  ce  que  l'on  y  mange 
plus  de  viande  &  moins  de  végétaux  ? 
Ce  que  j'ai  dit  plus  haut  des  fruits 
n'empêche  pas  ,  quand  Peftomac  coiï- 
ferve  encore  quelques  forces  ,  qu'on 
ne  puifTe  de  temps  en  temps  s'en  per- 
mettre une  petite  quantité  ,  des  mieux 
choifîs  pour  l'efpece  8c  la  maturité}  les 

f>lus  aqueux  font  ceux  qui  conviennent, 
e  moins. 

Les  œufs  font  un  aliment  du  genre 
animal  3  &  un  aliment  extrêmement 
utile  y  ils  fortifient  beaucoup  ,  de  fe 
digèrent  aifément  5  moyennant  qu'ils 
ne  foient  que  peu  ou  point  cuits  ,  car 


j6i  l'Onakisms, 

dès  que  le  blanc  eft  durci  il  ne  fe 
diftout  plus;  il  devient  pefant,  indi- 
gefte  &  ne  répare  pas  ;  c'eft  alors  l'ali- 
ment des  eftomacs  qui  digèrent  trop  , 
&  non  de  ceux  qui  ne  digèrent  point. 
La  meilleure  façon  de  les  manger,  c'eft 
de  les  avaler  en  fortant  de  la  poule 
fans  codtion  ,  ou  de  les  manger  à  la 
coque  après  les  avoir  feulement  plongé 
trois  ou  quatre  fois  dans  l'eau  bouil- 
lante y  ou  délayés  dans  du  bouillon 
chaud  qui  ne  bouille  pas. 

Enfin  une  dernière  efpece  d'aliment 
c'eft  le  lait  ;  il  réunit  toutes  les  qua- 
lités qu'on  defire  ;il  n'a  aucun  des  in- 
convénients qu'on  craint.  C'eft  le  plus 
fimple  ,  le  plus  facile  à  aflimiler  ,  celui 
qui  répare  le -plus  promptement^  tour 
préparé  par  la  nature  ,  on  ne  rifque 
point  de  le  gâter  par  la  préparation 
artificielle  ;  il  nourrit  comme  le  jus  de 
viande  ,  &  n'eft  point  fufceptible  de 
putridité  ;  il  prévient  l'altération  ;  il 
tient  lieu  d'aliment  &  de  boifïon  ;  il 
entretient  toutes  les  fecrétions  ;  il  dif- 
pofe  à  un  fommeil  tranquille  ;  en  un 
mot  il  eft  propre  A  remplir  toutes  les 
indications  qui  fe  présentent  dans  ce 


l*  Onanisme.  i£j 

cas  ,  &  M.  Lewis  l'a  vu  produire  les 
meilleurs  effets  (i).  Zacutus  Luci- 
tanus  dut  à  fon  ufage  le  rétabliffe- 
ment  d'un  jeune  homme  ,  que  des  ex- 
cès avec  les  femmes  avoient  jette  dans 
une  fièvre  lente ,  accompagnée  d'une 
chaleur  brûlante  ,  &  d'une  ardeur  d'u- 
rine qui  l'avoit  abfolument  détruit,  &C 
l'avoir  mis  dans  l'état  d'un  fquelete 
(2).  Pourquoi  donc  ne  l'emploie-t-on 
pas  toujours  ,  &  ne  le  fubftitue-t-011 
pas  à  tous  les  autres  aliments  ?  par  une 
raifon  qui  lui  eft  particulière  ,  qui  en 
dénature  fouvent  l'effet  ,  &  qui  fait 
qu'il  en  produit  quelquefois  un  très- 
différent  de  celui  qu'on  efpéroit  & 
qu'on  avoir  lieu  d'attendre. 

Cette  raifon  >  c'eft  l'efpece  de  dé- 
eompofition  à  laquelle  il  efl:  fujet.  Si  la 
digeftion  n'en  eft  pas  prompte,  s'il 
féjourne  trop  long- temps  dans  l'efto- 
mae  ,  ou  fi ,  fans  y  féjourner  long- 
temps ,  il  y  trouve  des  matières  pro- 
pres à  hâter  cette  décomposition  ,  il 
éprouve  les  changements  qlie  nous  lui 
voyons  fubir  fous  nos  yeux  :  la  partie: 

(1)  Pag.  17 

(%)  Zacut*  LusiTAN.  Prax,  medic.  admit*  lib.  i* 
obf  70, 


i^4  l'Onanisme. 

butireufe  ,  la  caféeufe  &  la  féreufe  fe 
féparent }  le  petit-lait  occafionne  quel- 
quefois une  diarrhée  prompte  >  d'au- 
trefois il  paflfe  par  les  voies  urinaires 
ou  par  la  tranipiration  fans  nourrir  j 
les  autres  parties ,  fi  elles  reftent  dans 
l'eftomac  ,  ne  tardent  pas  à  le  mole- 
fter  ,  à  occafionner  des  maladies ,  des 
gonflements  ,   des  naufées ,  des    coli- 
ques ;  fi  l'on  ne  s'en  fent  pas  incommo- 
dé d'abord,  c'eft  qu'elles  paflent  par  les 
inteftins  ,  où  elles  peuvent  ,  il  eft  vrai  > 
féjourner  un  certain  temps  fans  nuire 
fenfiblement  ,  mais  elles  y  acquièrent 
un  âcreté  finguliere ,  Se  au  bout  d'un 
certain  temps  elles  produifent  des  ac-^ 
cidents   que    le  délai  n'a  pas  rendus 
moins  dangereux  ;  &  Ton  peut  établir 
comme  une  loi  qui  doit  rendre  extrê- 
mement circonfpedt  quand  on  ordonne 
le  lait  dans  des  cas  graves  }  que  fi  c'eft 
l'aliment  dont  la  digeftion  eft  la  plus 
aifée  >  c'eft  aufli  celui  dont  l'indige- 
ftion  eft  la  plus  fâcheufe.  L'on  a   vu 
plus  haut  les  difficultés  que  M.  Boer- 
haave  trouvoit  dans  fon  ufage  \  mais 
quelque   grandes    qu'elles   foient ,  les 
avantages  qu'on  peut   en   retirer  font 
affez   coniidérables  pour   qu'on  chet- 


l'Onanisme.  165 

che  tous  les  moyens  polîîbles  de  les 
furmonter  ,  &  heureufement  il  y  en  a. 
L'on  peut  les  ranger  fous  deux  clalfes  ; 
les  attentions  de  régime  ^  &  les  remè- 
des. Je  renverrai  1  examen  de  ceux- 
ci  à  un  des  articles  fuivants. 

Les  attentions  du  régime  font,  pre- 
mièrement ,  le  choix  du  lait  :  pour 
quelque  efpece  qu'on  fe  détermine  , 
la  femelle  qui  le  fournit  doit  être  faine 
&  bien  conduite.  En  fécond  lieu  ,  il 
faut  éviter  ,  pendant  qu'on  le  prend , 
tous  les  aliments  qui  peuvent  l'aigrir  5 
&c  tels  font  tous  les  fruits  5  tant  cruds 
que  cuits  ,  &  en  général  tout  ce  qui 
a  de  l'acidité.  Troisièmement ,  il  faut 
le  prendre  dans  des  temps  fort  éloi- 
gnés des  autres  aliments  ;  il  n'aime 
aucun  mélange  :  40.  n'en  prendre  que 
peu  à  la  fois  }  5  °.  avoir  Feftomac  ,  le 
bas- ventre  &  les  jambes  extrêmement 
au  chaud  ,  &  fur- tout ,  6°.  (  fans  cette 
précaution  toutes  les  autres  feroienc 
très-inutiles  )  5  fe  modérer  extrême- 
ment fur  la  quantité  des  aliments  mê- 
me les  mieux  choifis.  L'on  ne  doit , 
pendant  qu'on  prend  le  lait ,  donner 
aucun  travail  à  l'eftomac  ;  la  plus  pe- 
tite furcharge ,  la  plus  légère  indige- 


i66  l'Onanisme, 

(lion  y  laifle  un  principe  de  corru- 
ption qui  corrompe  fur-le-champ  le 
lait ,  &  du  plus  fain  des  aliments  peut 
faire  un  poiibn  quelquefois  violent  > 
&  au  moins  toujours  très-nuifible. 

Quel  lait  mérite  la  préférence  ?  Pour 
répondre  à  cette  queftion  ,  je  n'entre- 
rai point  dans  l'examen  des  différentes 
fortes  de  lait  ;  ce  feroit  prolonger 
mon  ouvrage  par  un  hors  d'oeuvre  ; 
l'on  a  ià-deffus  plusieurs  fecours  ,  &c 
peut  -  être  point  de  meilleur  qu'une 
Diflertation  ,  aujourd'hui  fort  rare  , 
de  feu  M.  cTAppks  5  Do&eur  en  Mé- 
decine ,  &  ProfefTeur  en  Grec  &  en 
Morale  dans  cette  Académie  (i).  L'on 
n'emploie  prefque  plus  aujourd'hui 
que  celui  de  femme ,  d'âneffe  ,  de  chè- 
vre &c  de  vache.  Chacun  a  Ces  quali- 
tés différentes  ;  c'eft  la  comparaifon 
de  ces  qualités  &  les  indications  qu'of- 
fre la  maladie  qui  doit  déterminer  le 
<:hoix  qu'on  fait  de  l'un  ou  de  l'autre* 
Il  y  a  peu  de  cas  dans  lefquels  celui 
de  vache  ne  puilfe  pas  tenir  lieu  de 
tous  les  autres.  L'on   croit  générale- 


(  i  )  TAAAKTOAOriAS  Tcntamcn  ,    8cc. 
Bafle  1707. 


l'  O  N  A  N  I  S  M  E.  iCj 

ment  celui  de  femme  plus  fortifiant ,  • 
c'eft  Tidée  des  plus  grands   maîtres  ; 
mais  l'on  appuie  cette  opinion  fur  un 
fondement    ruineux  ,    qui   eft    l'ufage 
qu'elle  fait  de  viandes ,   fans  réfléchir 
que  dans  le  même  temps  on  donne  la 
préférence  à  celui  d'une  robufte  pay- 
fane  qui  nen    mange  point  5   ou  du 
moins  très-peu ,  &  qui  ne  vit  que  de 
pain  &c  de  végétaux.  Je  crois  cepen- 
dant qu'on  pourrait  TefTayer  avec  fuc- 
cès  ;  les  belles  cures  opérées  par  fon 
ufage  ne  biffent  aucun  doute  fur  fon 
efficace  :  mais  il   a  un   inconvénient 
qui  lui  eft  particulier  ,  c'eft  qu'il  doit 
être  pris  immédiatement  au  mamme- 
lon  qui  le  fournit  ;  c'eft  une  précaution 
dont  G  alun  a  déjà  connu  la  néceffité  , 
&  en  fe  moquant  de  ceux  qui  ne  veu- 
lent pas  s'y  aftreindre  ,  il  les  renvoie 
comme,  des  ânes  au  lait  d'dnejfe  :   mais 
le  vafe  n'exciteroit-il  point  des  defirs 
qu'on  cherche  à  amortir  ,  &  ne  feroit- 
on  point  expofé  à  voir  renouveller  l'a- 
venture   du    Prince    dont    Capivaccio 
nous  a  confervé   l'hiftoire  ?   On  lui 
donna  deux  nourrices  ;  le  lait  produi- 
sit un  fi  bon  effet ,  qu'il  les  mit  à  me- 


168  l'Onanisme, 

me  de  lui  en  fournir  de  plus  frais  au 
bout  de  quelques  mois ,  s'il  fe  trouvoic 
en  avoir  befoin. 

L'on  croit  que  le  lait  d  aneflfe  eft  le 
plus  analogue  à  celui  de  femme  ;  mais 
qu'on  me  permette  de  le  dire  ,  c'effc 
une  afTertion  d'opinions  plus  que  d'ex- 
périence. 11  eft  le  plus  féreux,  Se  par- 
là  même  le  plus  relâchant  ;  c'eft  une 
erreur  funefte  de  le  croire  le  plus  for- 
tifiant. Des  obfervations  journalières 
démontrent  le  contraire  ,  &  prouvent 
que  non-feulement  il  n'eft  pas  le  plus 
efficace  ,  mais  que  peut-être  il  I'eft  le 
moins.  Je  n'en  ai  pas  toujours  vu  de 
bons  effets ,  ôc  je  ne  fuis  pas  le  feul  : 
il  me  ftmbU ,  m'écrivoit  M.  de  Hal- 
leRj  que  ce  lait  d'dnejfe  fait  rarement 
ce  quon  lui  demande,  L'inutilité  eft  un 
bien  grand  défaut  dans  un  remède  fur 
lequel  on  fonde  la  guérifon  des  mala- 
dies les  plus  graves.  M.  Hoffman  le 
confeilloit  dans  les  cas  où  il  y  avoit 
tout  à  la  fois  épuifement  ou  cupidi- 
té (i). 

Avant  que  de  quitter  ce  qui  regarde 


(i)Ibid.  $.   31. 

les 


l'Onanisme.  169 

les  aliments ,  je  dois  finir  par  le  con- 
feil  &  Horace  ,  c'eft  de  ne  pas  faire  des 
mélanges. 


Nam  varia?  res 


Uc  noceant  homini  credas  ,  memor  illiirs  cfc.t  * 
Qua;  fîmplex  olim  federic  ^  at ,  limul  affis 
Mifcueriselixa ,  (îmul  conchylia  turdis  , 
Dukia  fe  in  bilem  vcrteut ,  ftomachoque  camulcum 
Lenta  feret  pituita. 


L'on  fent ,  fans  qu'il  foit  befoin 
cTinfifter  fur  ce  confeil ,  combien  il  eft 
impoflible  que  des  aliments  très-diffé- 
rents fubiifent  dans  le  même  temps 
une  digeftion  parfaite.  Ce  mélange  eft 
une  des  caufes  qui  ruinent  les  fantés 
les  plus  fortes  5  8c  qui  tuent  les  foibles  *y 
ils  ne  peuvent  l'éviter  avec  trop  de 
foin. 

Une  autre  attention  également  né- 
celfaire ,  &c  prefque  également  négli- 
gée ,  c'eft  une  maftication  exacte  ;  c'eft 
un  fecours  dont  les  eftomacs  les  plus 
vigoureux  ne  peuvent  pas  fe  paflfer 
long  -  temps  fans  décheoir  fenfible- 
ment  ,  &  fans  lequel  les  foibles  ne 
font  que  la  digeftion  la  plus  impar- 
faite.. 11  faut  avoir  beaucoup  obfervé 
pour  s'imaginer  jufqu'à  quel  point  il 
importe  à  la  fanté  de  mâcher  foigneu- 

H 


170  'i/  Onanisme. 

fement.  J'ai  vu  les  maux  d'eftomac 
les  plus  rebelles ,  &c  les  langueurs  les 
plus  invétérées  fe  difliper  par  cette 
feule  attention.  J'ai  vu  d'un  autre 
coté  desperfonnes  bien  portantes  tom- 
ber dans  les  infirmités  ,  quand  leurs 
dents  endommagées  ne  leur  permet- 
toient  plus  qu'une  maftication  impar- 
faite ,  &  ne  recouvrer  leur  fanté  que 
quand ,  après  la  perte  totale  de  leurs 
dents  ,  les  gencives  acquéroienr  cette 
dureté  qui  les  met  à  même  d'en  faire 
les  fondions. 

Tant  de  détails  ,  tant  de  précautions 
êc  de  privations  font  exprimés   danSv 
un  vers  de  M.  Procope. 

Vivre  félon  nos  loix  ,  c'eit  vivre  miférable. 

Mais  peut- on  trop  payer  la  fanté  ? 
Qu'on  eft  bien  dédommagé  des  facri- 
fices  qu'on  lui  fait  ,  par  le  plaifîr  d'en 
jouir  ,  par  les  agréments  qu'elle  répand 
fur  tous  les  moments  de  la  vie.  Sans  la 
fanté  3  dit  Hippocrat£  ,  on  n:  peut 
jouir  cT aucun  bien  ;  les  honneurs  ,  les 
richeffzs  &  tous  les  autres  avantages 
font  inutiles  (i).  D'ailleurs,  ces  facrifi- 

(i)  Dedixtaacuc.l.  3,  c.  12  FocT.  368. 


h    O   NANISME.  Xyi 

ces  font  bien   moindres   qu'on  ne  le 
croit.  Je  puis  citer    plusieurs  témoins 
à  qui  dès  les  premiers  jours  >  il  n'en 
a  plus  rien  coûté  de   renoncer  à  la  va- 
riété &  à  la  faveur  des  mets  recherchés , 
pour   fe   remettre   au   régime   fimple. 
C'eit  celui  qu'indique  la  Nature  ;  &z 
qui  plaît  aux  organes  bien  conftitués. 
Un  palais  fain  ,  qui  a   toute  la  fenfî- 
bilité  qu'il  doit  avoir ,  ne  peut  goûter 
que  les  mets  fimples  ;  les  compofés, 
les  apprêts  lui  font  infoutenables  ,  & 
il  trouve    dans  les  aliments  les  moins 
favoureux  une  faveur  qui  échappe  aux 
organes    émou(Tés  :  ainiî    ceux    qui  y 
reviennent  pour  leur  fanté  ,  par  raifon 
6c  avec  quelque  goût ,  doivent  être 
fûrs  qu'à  mefure  qu'ils   recouvreront 
cette  fanté  ,  ils   trouveront   dans  ces 
aliments  des  délices  qu'ils  n'y  foup- 
çonnent  pas.  Une  oreille  fine  démêle 
cette  légère  différence  entre  deux  tons 
qui  échappe  à  une  oreille  moins  fen- 
fible ,  il  en  eft  de  même  des  nerfs  des 
organes  du  goût  :  quand  ils  font  exquis 
ils  apperçoivent  les  plus  légères  varié- 
tés des  faveurs  5  &  ils  y  font  fenfibles  ; 
les  buveurs  d'eau  en  trouvent  qui  les 
flattent  autant  que  le  Falerne  le  plus 

Hij 


Ï-Jl  L*  O  N  ANISME. 

exquis  y  Se  d'autres  qui  ne  valent  pas 
les  vins  de  Brie.  Enfin ,  quand  on  n'au- 
roit  pas  refpérance  de  fuivre  avec  plai- 
fîr  un  régime  ,  (  il  eft  aifé  de  s'accom- 
moder de  celui  que  j'ai  indiqué  )  >  la 
fatisfaâtion  de  fentir  qu'en  s'y  foumet- 
tant  on  remplit  un  devoir,  feroit  un 
tnotif  bien  prefTant,  une  récompenfe 
bien  flatteufe  pour  ceux  qui  connoif- 
fent  le  prix  du  bien  -  être  avec  foi- 
même. 

Les  boifïons  font  une  partie  du  ré- 
gime prefque  auiîî  importante  que  les 
aliments, 

L'on  doit  s'interdire  toutes  celles 
qui  peuvent  augmenter  la  foibiefTe  & 
le  relâchement ,  diminuer  le  peu  de 
forces  digeftives  qui  relient  ,  porter 
de  Tâcreté  dans  les  humeurs ,  &  difpo- 
fer  le  genre  nerveux  à  une  mobilité 
déjà  trop  confidérable.  Toutes  les  eaux 
chaudes  ont  le  premier  défaut  j  le  thé 
les  réunit  tous  ;  le  café  a  les  deux  der- 
niers ,  auffi  l'on  doit  s'en  priver  avec 
la  plus  grande  rigueur.  L'auteur  d'un 
ouvrage  au-delïus  des  éloges ,  &  dont 
ceux  qui  s'intéreflTent  pour  les  progrès 
de  la  médecine  attendent  la  continua- 
tion avec  la  plus  grande  impatience  , 


l5  Onanisme.  17  j 

â  fait  du  danger  de  ces  liqueurs  un 
tableau  bien  propre  à  en  dégoûter  ceux 
qui  les  prennent  avec  le  plus  de  plai- 

Les  liqueurs  fpiritueufes  qui  paroif- 
fent  au  premier  coup  d'oeil  pouvoir 
convenir  en  ce  qu'elles  opèrent  préci- 
fément  le  contraire  de  l'eau  chaude  , 
dont  réellement  elles  diminuent  le 
danger  fi  l'on  y  en  joint  une  petite 
quantité  ,  ont  d'autres  grands  inconvé- 
nients qui  doivent  les  faire  rejetter , 
ou  au  moins  restreindre  à  un  ufage 
extrêmement  rare.  Leur  a&ion  eft  trop 
violente  &  trop  pafTagere  ;  elles  irri- 
tent plus  qu'elles  ne  fortfient  ;  &  fi 
quelquefois  elles  fortifient  ,  la  foi- 
blefte  qui  fuccede  eft  plus  grande  qu'a- 
vant leur  ufage  ;  elles  donnent  d'ail- 
leurs aux  papilles  de  Peftomac  une 
dureté  qui  leur  ôte  ce  degré  de  fenfibi- 
lité  néceflaire  pour  avoir  appétit  ,  & 
elles  ôtent  aux  liqueurs  digeftives  ce 


(1)  M.  Thierry  ,  Auteur  anonyme  de  la  Médecine 
expérimentale  ,  p.  3  5  5 . 

Quand  on  publie  un  ouvrage  de  ce  prix  ,  on  ne 
doit  ,  ni  croire  qu'on  fera  long- temps  inconnu  ,  ni 
craindre  d'être  dévoilé.  Le  moment  où  nous  l'aurons 
Complet  fera  une  époque  confidérable  dans  l'hiitoire 
de  la  Médecine. 


H  iij 


174  l'Onanisml 

degré  de  fluidité  qu  elles  doivent  avoir 
pour  aider  cette  fenfation  ;  aufîi  les  bu- 
veurs de  liqueurs  ne  la  connoiffent 
point.  Les perfonnes  ,  dit  l'Auteur  illu- 
ftre  que  je  viens  de  citer  ,  qui  boivent 
tous  les  jours  des  liqueurs  après  le  repas  > 
dans  la  vue  de  remédier  aux  vices  des  di- 
geflions  3  ne  pourraient  gueres  mieux  s  y 
prendre ,  fi  elles  voulaient  venir  à  bout 
du  contraire  &  détruire  les  forces  dige- 
fiives. 

La  meilleure  boiflon  eft  une  eau  de 
fource  très  -  pure  ,  mêlée  avec  partie 
égale  d'un  vin  qui  ne  foit  ni  fumeux  , 
ni  acide  ;  le  premier  irrite  fenfible- 
ment  le  genre  nerveux  5  &  produit  dans 
les  humeurs  une  raréfa&ion  paflagere  , 
dont  l'effet  eft  de  diftendre  les  vaif- 
feaux  pour  les  laiffer  enfuite  plus  lâ- 
ches ,.&  d'augmenter  la  diflolution  des 
humeurs  ;  le  fécond  affoiblit  les  di- 
geftions  ,  irrite,  &  prociue  des  urines 
trop  abondantes  qui  épuifent  les  ma- 
lades. Les  meilleurs  vins  font  ceux  qui 
ont  moins  d'efprits  &  de  fel  ,  plus  de 
terre  &  d'huile  ,  ce  qui  forme  ce  qu'on 
appelle  les  vins  moelleux  ;  tels  font 
quelques  vins  rouges  de  Bourgogne  > 
du  Rhône  3  de  Neufchâtel  >  6c  un  pe- 


L'  O  N  A  N  I  S  M  E.  175 

îit  nombre  dans  ce  pays  ;  les  vieux  vins 
blancs  de  Grave  ,  ceux  de  Pontac  bien 
choifis  5  les  vins  d'Efpagne  ,  de  Por- 
tugal ,  ceux  <\qs  Canaries  ;  &c  dans  les 
endroits  où  Ton  peut  en  avoir ,  ceux 
de  Tokai ,  fupérieurs  peut-être  à  tous 
les  vins  du  monde  en  falubritc  comme 
en  agrément.  Pour  l'ufage  ordinaire  ii 
n'en  efl:  point  de  préférables  à  ceux  de 
Neufchâtel. 

Dans  les  endroits  où  Ton  n'a  pas  de 
bonne  eau,  on  peut  la  corriger  en  la 
filtrant,  en  la  ferrant  ou  en  y  faifant 
infufer  quelques  aromates  agréables  y 
tels  que  la  cannelle  3  l'anis  ,  l'écorce 
de  citron. 

La  bierre  ordinaire  eft  nuifible.  Le 
Mitm^  qui  eft  proprement  un  extrait 
de  grain  auflî  nourri  (Tant  que  forti- 
fiant ,  peut  être  d'un  grand  ufage  ;  ri- 
che d'efprits  ,  il  ranime  autant  que  le 
vin  ,  &  nourrit  davantage  ;  il  peut 
tenir  lieu  de  boiflfon  &  d'aliments. 

Parmi  les  boifïons  utiles  ,  l'on  doit 
ranger  le  chocolat ,  qui  appartient  peut- 
être  à  plus  jufte  titre  à  la  clafle  des  ali- 
ments ;  le  cacao  renferme  en  lui-même 
beaucoup  de  fubftance  nutritive  ,  &  le 
mélange  du  fucre  &  des  aromates  pré- 

Hiv 


%*]6  l'Onanisme. 

vient  ce  qu'il  pourroit  avoir  de  nuifible 
comme    huileux.   Le  chocolat  au  lait  9 
dit  M.  Lewis  >  pris  à  une  dofe  qui  ne 
puijje  pas  Jiir charger  l'ejlomac^  efl  un  ex- 
cellent déjeuner  pour  les  perfonnes  en  con- 
fompiion.  Je  connois  un  enfant  de  trois 
ans  qui  étoit  au  dernier  degré  de  cette  ma- 
ladie ,  abandonne  de  fon  Médecin  y  & 
que  fa  mère  rétablit  en  7ie  lui   donnant 
que  du   chocolat  à  petites   dofes  ,    mais 
fouvent  ;  &  il  efl  vrai  quon  jie  peut  trop 
recommander  cet  aliment  à  quelques  per- 
fonnes foibles  (  i  ).  Il  en  eft  plufieurs 
auxquelles  il  nuiroit  infiniment. 

Une  attention  générale  ,  c'eft  qu'on 
doit  éviter  la  quantité  de  boiflon  quel- 
conque y  elle  affoiblit  les  digeftions  en 
relâchant Teftomac,  en  noyant  lesfucs 
digeftifs  ,  Se  en  précipitant  les  a'iments 
avant  qu'ils  foient  digérés  ;  elle  relâ- 
che toutes  les  parties  ,  elle  difTout  les 
humeurs  ,  elle  difpofe  à  des  urines  ou 
à  des  fueurs  qui  épuifent.  J'ai  vu  des 
maladies  produites  par  l'atonie  ,  dimi- 
nuer coniîdérablement  fans  autre  fe- 
cours  que  le  retranchement  d'une  par- 
tie de  la  boifïbn. 

'vx)Tab.  dorfal.  f.  p. 


I5  O  N  AN  I  S  M  E.  I77 

Le  fommeil. 

Ce  que  l'on  peut  dire  fur  le  fom- 
meil fe  réduit  à  trois  articles  ;  fa  du- 
rée ,  le  temps  de  le  prendre ,  &;  les 
précautions  néceflaires  pour  jouir  d'un 
fommeil  tranquille. 

Dès  qu'on  eft  adulte  ,  fept  heures  de 
fommeil ,  ou  tout  au  plus  huit ,  fufïï- 
fent  à  tout  le  monde  ;  il  y  a  du  danger 
à  dormir  davantage  ,  &  à  être  plus 
long-temps  au  lit }  cela  jette  dans  les 
mêmes  maux  qu'un  excès  de  repos.  Si 
quelqu'un  pouvoit  s'y  livrer  plus  long- 
temps ,  ce  feroient  ceux  qui  fe  don- 
nent beaucoup  de  mouvement  3  & 
de  mouvements  vifs  pendant  le  jour  : 
mais  ce  n'eft  point  ceux-là  qui  le  font, 
ce  font  au  contraire  ceux  qui  mènent  la 
vie  la  plus  fédentaire  :  ainfi  il  ne  faut 
jamais  pafTer  ce  terme  ,  à  moins  qu'on 
ne  foit  parvenu  à  ce  point  de  foibleflfe 
qui  ne  laifle  pas  les  forces  nécelTaires 
pour  être  long-temps  levé  j  en  ce  cas 
il  faut  l'être  le  plus  qu'il  eft  poffible. 
Moins  on  dort ,  dit  M.  Lewis  ,  plus  le 
fommeil  efl  doux  &  fortifie. 

Hv 


i-jî  l'Onanism  e. 

Il  eft  démontre  que  l'air  de  la  nuit 
eft  moins  falutaire  que  celui  du  jour  > 
Se  que  les  malades  foibles  font  plus 
fufceptibles  de  Tes  influences  le  foir 
que  le  matin  ;  il  faut  donc  confacrer 
au  fommeilj  pendant  lequel  nous  fom- 
mes  bornés  à  une  petite  parcelle  de 
Fatmofphere  qu'également  nous  ne 
pouvons  pas  éviter  de  corrompre  ,  le 
temps  où  l'air  eft  le  moins  fain  ,  &  celui 
où  fufage  d'un  air  moins  fain  nous 
feroit  plus  nuifible  'y  ainfi  il  faut  fe 
coucher  de  bonne  heure  ,  ôc  fe  lever 
matin  :  c'eft  un  précepte  fi  connu  5  qu'il 
y  a  peut-être  de  la  trivialité  à  le  rap- 
peller  ;  mais  il  eft  fi  négligé  ,  l'on  pa- 
roît  en  fentir  Ci  peu  la  conféquence  , 
qui  eft  infiniment  plus  grande  qu'on 
ne  croit,  qu'il  eft  très -permis  de  le 
fuppofer  inconnu ,  &  de  le  rappeller 
en  infiftant  fur  fon  importance  ,  fur- 
tout  pour  les  perfonnes  valétudinaires. 

Si  ton  fe  couche  a  dix  heures  ,  &  l'on 
ne  doit  jamais  fe  coucher  plus  tard ,  ce 
font  les  termes  de  M.  Lewis  ,  en  doit 
fe  lever  en  été  à  quatre  ou  cinq  heures  , 
en  hyver  à  jîx  ou  fept  11  efl  abfolument 
neceffaire   ,   ajoute  -  t  -  il  ,    de    défendre 


l'  O  M  A  N  I  S  M  E.  ij\y 

aux  perfonnes  atteintes  de  cette  ma- 
ladie ,  de  fe  laiÇfer  aller  à  refier  dans  le 
lit  le  matin.  11  voudroit  meme  qu'on 
prît  l'habitude  de  fe  lever  après  fou 
premier  fommeil  ^  &  aflfure  que  quel- 
que pénible  que  cette  coutume  pût 
être  dans  les  commencements ,  elle 
deviendroit  bientôt  aifée  &c  agréable 
(i).  Plufieurs  exemples  prouvent  la 
falubrité  de  ce  confeii.  Il  y  a  plufieurs 
perfonnes  valétudinaires  qui  fe  feu- 
tent  très- bien  au  réveil  du  premier 
fommeil  doux  &  profond  ,  &  qui  fe 
trouvent  dans  un  grand  mal-aife  5  fi 
elles  fe  laitfent  aller  à  fe  rendormir  ; 
elles  font  auffi  fûres  de  palfer  bien  le 
jour  5  fi  ,  quelque  heure  qu'il  foit  , 
elles  fe  lèvent  après  ce  premier  fom- 
meil ,  que  de  le  patfer  défagrcable* 
ment  fi  elles  fe  livrent  au  fécond. 

Le  fommeil  n'eft  tranquille  que 
quand  il  n'y  a  aucune  caufe  d'irrita- 
tion ,  ainfi  l'on  doit  chercher  à  les 
prévenir  :  trois  attentions  des  plus 
importantes  font  ,  i°.  de  n'être  pas 
dans    un  air   chaud  ?   &  de  n'être  ni 

<i)Pag-  30. 

Hvj 


l8o  i/O  NINÏSM  E. 

trop  ni  trop  peu  couvert  ;  i°.  de  n'a- 
voir pas  froid  aux  pieds  en  fe  couchant , 
accident  très-ordinaire  aux  perfonnes 
foibles  ,  &  qui  leur  nuit  par  plufîeurs 
raifons  }  Ton  doit  à  cet  égard  obfer- 
ver  exactement  la  règle  d'HiPPocRA- 
te  ,  dormir  dans  un  endroit  frais ,  & 
avoir  foin  de  fe  couvrir  (  i  )  ;  &  3  °.  ce 
qui  eft  encore  plus  important ,  de  n'a- 
voir pas  l'eftomac  plein  :  rien  au  monde 
ne  trouble  le  fommeil ,  ne  le  rend 
inquiet  ,  douloureux,  accablant  ,  com- 
me une  digeftion  pénible  dans  la  nuit. 
L'abattement  ,  la  foiblefTe  ,  le  dé- 
goût, l'ennui,  l'incapacité  de  penfer 
&  de  s'occuper  le  lendemain  en  font 
la  fuite  inévitable. 

■  .Vides  ut  pallidus  omnîs 
Cœnâ  defurgat  dubiâ  ?  quin  corpus  onuftum 
Hefternis  vhiis  animum  quoque  degravat  unà  , 
Atque  aiEgit  humo  divine  parciculam  aura.  Ho*. 

Rien  au  contraire  ne  contribue  plus 
efficacement  à  procurer  un  fommeil 
doux,  tranquille,  continu,  &  qui  rac- 

(i)Epidera.l.  6  ,  feft.  4  >  aph,  M.ïocf.  1x80- 


l*  Onanisme.  i.Si 

commode  ,  qu'un  fouper  léger.  La  fraî- 
cheur ,  l'agilité  ,  la  gaieté  du  lende- 
main  en  font  les  fuite»  nécelïaires. 

Alrer,   ubi  di&o  citiùs  curata  fopori 
Membra  dédit*  vegetus   ptaefcripta  ad  munia  fur- 
git.     Ibi  d9 

Le  temps  du  fommeil ,  dit  avec  bien 
de  la  raifon  M.  Lewis  ,  efl:  celui  de 
la  nutrition  ,  ôc  non  de  la  digeftion  9 
aulîî  il  exige  dans  fes  malades  la  plus 
grande  fé vérité  pour  le  fouper  \  il  leur 
défend  ,  ôc  jamais  défenfe  plus  légiti- 
me ,  toute  viande  le  foir  ;  il  ne  leur 
permet  qu'un  peu  de  lait  &  quelques 
tranches  de  pain  5  &c  cela  deux  heures 
avant  que  de  fe  coucher  ,  afin  que  la 
première  digeftion  foit  finie  avant  que 
de  fe  livrer  au  fommeil.  Les  Atlanus , 
qui  ne  connoilfoient  point  la  diète  ani- 
male ,  qui  ne  mangeoient  jamais  rien 
de  ce  qui  avoit  eu  vie  3  étoient  fameux 
par  la  tranquillité  de  leur  fommeil  > 
&  ignoroient  ce  que  c'eft  que  fonger» 


iSl  l'  O  N   A  N    I  S  M  £* 

Les   mouvements. 

L'exercice  eft  d'une  néceflîté  abfo- 
lue  ;  il  coûte  aux  perfonnes  foibles  d'en 
prendre  ,  &  fi  elles  ont  du  penchant  à 
la  triftefie,  il  eft  très- difficile  de  les 
déterminer  à   fe  mouvoir -jrien  n'eft 
cependant    plus    propre  à   augmenrer 
tous  les   maux    qui  viennent  de  foi- 
bleffe  5   que  Pinadtion  ;  les   fibres  de 
feftomac  ,  des  inteftins  ,  des  vaifleaux, 
font    lâches  }  les  humeurs  croupiffenr 
par-tout ,  parce   que  les  folides  n'ont 
pas  la  force  de  leur  imprimer  le  mou- 
vement nécefiaire  ;  il  naît  des  ftafes, 
des  engorgements  ,  des  obftrudtions  y 
des  épanchements  ;  la  coétion  ,  la  nu- 
trition y  les  fécretions  ne  fe  font  point  ; 
le  fang  refte  aqueux  5  les  forces  dimi- 
nuent ,  &  tous  les  fymptômes  du  mal 
augmentent.  L'exercice  prévient  tous 
ces  maux  en  augmentant  la  force  de 
la  circulation;  toutes  les  fondions  fe 
font  comme  fi   Ton  avoit    des    forces 
réelles  ?   &  cette    régularité    dans  les 
fonctions  ne  tarde  pas  à  en  donner  : 
ainfi  l'effet  du  mouvement  eft  de  fup- 
pléer  les  forces  ,  &c  de  les  rétablir.  Un 


l'Onanisme.  185 

autre  de  fes  avantages  indépendant  de 
l'augmentation  de  circulation  ,  c'eft 
qu'il  fait  jouir  d'un  air  toujours  nou- 
veau. Une  perfonne ,  qui  ne  fe  remue 
point  ,  gâte  bientôt  celui  qui  l'envi- 
ronne ,  &c  il  lui  nuit  :  une  perfonne 
en  adtion  en  change  continuellement. 
Le  mouvement  peut  fouvent  tenir 
lieu  çle  remèdes  ;  tous  les  remèdes  du 
monde  ne  peuvent  pas  tenir  lieu  de 
mouvement. 

La  fatigue  des  premiers  jours  eft  un 
écueil  contre  lequel  le  foible  courage 
de  plufieurs  malades  échoue  j  mais  s'ils 
avoient  celui  de  furmonter  ce  premier 
obftacle  ,  ils  fentiroie.it  que  c'eft  véri- 
tablement le  cas  où  il  ny  a  que  les  pre- 
miers pas  qui  coûtent.  J'ai  été  étonné 
moi-même  de  voir  à  quel  point  ceux 
qui  n'avoient  pas  été  rebutés  acqué- 
roient  des  forces  par  l'exercice.  J'ai  vu 
des  perfonnes  ,  qui  étoient  fatiguées  de 
faire  le  tour  d'un  jardin,  parvenir  en 
quelques  femaines  à  faire  jufqu'à  deux 
lieues  de  chemin  ,  &  fe  trouver  dans 
le  bien  être  au  retour. 

L'exercice  à  pied  n'eft  pas  le  feul 
favorable  j  celui  qu'on  prend  à  che- 
val vaut  même  beaucoup  mieux  pour 


184  L*  O  N  A  N    I    S  M  E. 

les  perfonnes  extrêmement  foibles,  ou 
pour  celles  qui  ont  les  vifceres  du  bas- 
ventre  ,  &  la  poitrine  endommagés  5 
dans  une  plus  grande  foibleffe  encore  > 
celui  d'une  voiture  eft  à  préférer  y 
pourvu  qu'elle  ne  foit  pas  trop  douce. 
Quand  la  faifon  ne  permet  pas  de  for- 
tir  ,  on  doit  fe  donner  du  mouve- 
ment dans  la  maifon,  ou  par  quelque 
occupation  un  peu  pénible  ,  ou  par 
quelque  jeu  d'exercice  >  tel  que  le  vo- 
lant qui  exerce  également  tout  le  corps. 
Le  retour  de  l'appétit ,  du  fommeil , 
de  la  gaieté  font  les  fuites  nécefTaires 
du  mouvement  ;  mais  il  faut  avoir  la 
précaution  de  ne  prendre  jamais  un 
exercice  un  peu  fort  auffi-tôt  après  le 
repas  5  &  de  ne  pas  manger  quand  on 
a  chaud  après  l'exercice  \  on  doit  le 
prendre  avant  le  repas ,  &  fe  repo- 
ser quelques    moments  avant   que  de 


manger. 


Les  évacuations. 


Les  évacuations  fe  dérangent  avec 
les  autres  fondions ,  &:  leur  dérange- 
ment augmente  le  défordre  de  la  ma- 
chine y  il  eft  important  d'y  faire  attcri- 


L    O  N  A  N  I  S  M  E.  I  8  J 

tion  afin  d'y  remédier  de  bonne  heure. 
Les  évacuations  qui  exigent  principa- 
lement nos  foins   font  les  felles,  les 
urines  ,    la   tranfpiration    &   les  cra- 
chats. La  meilleure  façon  de  les  main-  . 
tenir  ou  de  les  ramener  au  point  où 
elles  doivent  être  ,  c'eft  de  s'aftrein- 
dre  aux  préceptes  que  j'ai  donnes  fut 
les   autres   objets  du    régime}  quand 
on  eft    exadfc ,   les    évacuations  >  dont 
le  plus  ouïe  moins  de  régularité  eft  le 
baromètre  du  meilleur  ou  du  plus  mau- 
vais état  des  digeftions ,  fe  font  affez  ré- 
gulièrement. Celle  qu'il  eft  le  plus  im- 
portant de   favorifer   comme  la   plus 
confidérable  ,   c'eft   la    tranfpiration  , 
qui    fe    dérange  très  -  aifément  chez 
les    perfonnes    foibles.  On  l'aide   en 
faifant  frotter  la  peau  très- régulière- 
ment avec  une    vergette  ou  une  fla- 
nelle ;   quand    elle    eft    très  -  languif- 
fante  ,  on  n'a  pas  de  plus  fur  moyen 
pour   la  ranimer  que  d'avoir  tout   le 
corps  couvert  immédiatement  de  lai- 
ne. L'on  doit  éviter  d'être  trop  habil- 
lé ,   dans  la   crainte  de   fuer  ,  ce   qui 
nuit  toujours    à  la  tranfpiration  }   les 
couloirs  forcés  reftent  plus  foibles  5  Se 
s'acquittent    moins    bien   enfuite   de 


i86  l'Onanisme. 

leurs  fonctions  ;  Ton  doit  éviter  de 
l'être  trop  peu  ,  ce  qui  arrête  égale- 
ment toute  évacuation  cutanée.  La 
partie  ,  que  tout  le  monde ,  &  les 
perfonnes  foibles  plus  que  les  autres , 
doivent  tenir  le  plus  chaudement,  c'eft 
les  pieds  y  Ton  ne  négligeroit  pas  cette 
précaution  fi  aifée  ,  ii  l'on  fçavoit  à 
quel  point  elle  intérefTe  la  conferva- 
tion  de  toute  la  machine.  Le  fréquent 
froid  des  pieds  difpofe  aux  maladies 
chroniques  les  plus  fâcheufes  :  il  y  a 
un  grand  nombre  de  perfonnes  foc 
lefquelies  il  produit  promptement  de 
mauvais  eftets  }  mais  ceux  fur  -  tout  ,. 
qui  font  fujets  à  des  maux  de  poitri- 
ne ,  à  des  coliques  ou  à  des  obflru- 
6tions  ,  ne  peuvent  trop  fe  prémunir 
contre  ces  dangers.  Les  facrificateurs , 
qui  marchoient  toujours  à  pieds  nucîs 
furies  pavés  du  temple,  étoient  fou- 
vent  attaqués  de  violentes  coliques. 

La  falive  fe  fépare  quelquefois  très- 
abondamment  chez  les  perfonnes  foi- 
bles }  le  relâchement  des  organes  fali- 
vaires  les  difpofe  à  cette  copieufe  fé- 
ctetion  5  (i  les  malades  la  crachent  con- 
tinuellement il  en  réfulte  deux  maux  , 
l'un  qu'ils  s'épuifeiit  par  cette  évacua- 


l'Onanisme.  187 

non  -,  l'autre  ,  que  cette  humeur  fi  ne  » 
ceflaire  à  l'ouvrage  de  la  digeftion  , 
qui  ,  fans  elle  ,  ne  s'opère  qu'impar- 
faitement ,  lui  manque  &  la  rend  par- 
là  même  pénible  &  mauvaife.  J'ai  fait 
affez  fentir  les  dangers  d'une  mauvaife 
digeftion  pour  qu'il  ne  foit  pas  befoin 
d'infifter  plus  long  -  temps  fur  ceux 
d'une  évacuation  qui  la  rend  telle  ,  c'eft 
par  cette  raifon  que  M.  Lewis  défend 
abfolument  à  fes  malades  de  fumer  : 
r  la  fumigation  ,  entr'autres  inconvé- 
nients ,  difpofant  à  une  falivation  abon- 
dante ,  par  l'irritation  qu'elle  produit 
fur  les  glandes,  qui  fournirent  à  cette 
fécrecion. 

L'infpiration  qui  fe  fait  d'une  per- 
fonne  à  l'autre ,  de  dont  j'ai  parlé  plus 
haut ,  ne  pourroit-elle  pas  être  rappel- 
lée  ici  comme  moyen  de  curation. 
Capivaccio  avoit  cru  utile  dé  faire  cou- 
cher fon  malade  entre  fes  deux  nour- 
rices, &  il  eft  très-vraifemblable  que 
l'infpiration  de  leur  exfpiration  contri- 
bua peut-être  autant  que  le  lait  à  réta- 
blir fes  forces.  Elidœus  ,  contemporain 
de  Capivaccio  ,  &C  Précepteur  de  Foref- 
tus ,  qui  nous  a  confervé  cette  obfer- 


i  S  3  l'Onanisme, 

vation  (i)  ,  confeilla  à  un  jeune  hom- 
me qui  éroit  dans  le  marafme  le  lait 
d'âneife  ,  &  de  coucher  avec  fa  nour- 
rice qui  étoit  une  femme  extrêmement 
faine  &  à  la  fleur  de  l'âge  ;  ce  confeil 
réufîit  très-bien  ,  &  on  ne  difcontinua 
que  quand  le  malade  avoua  qu'il  ne 
pouvoit  plus  réfifter  au  penchant  qui 
le  portoit  à  abufer  de  fes  forces  reve- 
nues. On  pourroit  conferver  un  re- 
mède utile,  &  en  prévenir  le  danger 
en  ne  mêlant  pas  les  fexes. 

Les  pajjîons. 

L'on  a  vu  plus  haut  l'étroite  union 
de  famé  &  du  corps  ;  Ton  a  compris 
combien  le  bien-être  de  la  première 
influoit  fur  le  fécond  ;  Ton  a  vu  les 
fîniftres  effets  de  la  triftelTe  }  ainfi  il 
eft  prefque  inutile  d'ajouter  qu'on  ne 
peut  trop  éviter  toutes  les  fenfations 
difgracieufes  de  Pâme,  &c  qu'il  eft  de 
la  dernière  conféquence  de  ne  lui  en 

f>rocurer  que  d'agréables  dans   toutes 
es  maladies  ,  &  fur- tout  dans   celles 


(i)  Obfervat.  U  Curât.  I.  x  ,  obferv.  10,  t.  i  ,  p. 
i  il. 


l'Onanisme  189 

qui ,  comme  la  confomption  dorfale  , 
difpofent  par  elles-mêmes  à  la  trifteffe, 
trifteffe  qui  par  un  cercle  vicieux  les 
augmente  confïdérablement.  Mais,  & 
c'eft  une  des  difficultés  du  traitement , 
fouvent  les  malades  fe  complaifent  à 
ce  fymptôme  de  leur  mal ,  &c  l'on  ne 
peut  pas  les  déterminer  à  faire  des  ef- 
forts pour  le  furmonter  ;  d'ailleurs  il 
ne  faut  pas  fe  faire  illufion  ,  &  croire 
qu'il  n'y  a  qu'à  ordonner  d'être  gai , 
pour  qu'on  le  devienne;  le  rire  ne  fe 
commande  pas  plus  qu'il  ne  fe  défend , 
&  l'on  eft  aufîi  peu  maître  de  s'empê- 
cher d'être  trifte  ,  que  d'avoir  un  accès 
de  fièvre,  ou  une  rage  de  dents.  Tout 
ce  qu'on  peut  exiger  des  malades ,  c'eft 
qu'ils  fe  prêtent  aux  remèdes  contre  la 
trifteffe  ,  comme  ils  fe  prêteroient  à 
d'autres  ;  ces  remèdes  font  moins  la 
compagnie  dans  ce  cas  (  nous  avons  vu 
qu'elle  leur  déplaifoit  par  des  raifons 
particulières  )  ,  que  la  variété  des  fitua~ 
tions.  Le  changement  continuel  des 
objets  forme  une  fuccefîïon  d'idées  qui 
les  diftrait ,  &  c'eft  ce  qu'il  leur  faut. 
Rien  n'eft  plus  pernicieux  aux  perfon- 
nes  qui  font  portées  à  fe  livrer  à  une 
feule  idée  que  le  défœuvrement  &  Pi- 


19°  l'Onanisme, 

na&ion.  Rien  n'eft  fur-tout  plus  per- 
nicieux à  nos  malades  ,  Se  ils  ne  peu- 
vent éviter  avec  trop  de  foin  Toinveté 
&  l'abandon  à  eux-mêmes.  Les  exer- 
cices champêtres  ,  les  travaux  de  la 
campagne  les  diftraifent  plus  puiflam- 
ment  que  bien  d'autres.  M.  Lewis  veut 
qu'on  ne  voie  ,  s'il  eft  poflible ,  que 
des  objets  de  fon  fexe; 

Namnon  ulîa  magis  vires  induftria  fîrmat 
Quàm  venerem  ôc  cœci  ftimulos  ayertere  amoris. 

Virg. 

que  les  malades  ne  foient  jamais  ab- 
folument  feuls  ;  qu'on  ne  les  laide 
point  fe  livrer  à  leurs  réflexions  j  qu'on 
ne  leur  permette  ni  ledture,  ni  aucune 
occupation  d'efprit  ;  ce  font  autant 
de  caufes ,  dit-il,  qui  épuifent  les  ef- 
prits  ,  &  qui  retardent  la  cure.  Je  ne 
penferois  pas  avec  lui  qu'on  dût  abfo- 
lument  leur  interdire  toute  le&ure. 
On  doit  leur  défendre  de  lire  long- 
temps de  fuite,  ne  fût-ce  qu'à  caufe 
de  la  foibleiïe  de  leur  vue }  on  doit 
leur  défendre  toute  leéhire  qui  de- 
îrandercir  de  l'application  ;  on  doit 
leur  interdire  févérement  toutes  cel- 
les qui   pourroient   rappeller    à   leur 


l'Onanisme.  i  9  i 

fouvenir  des  idées ,  à  leur  imagina- 
tion des  objets  ,  dont  il  feroit  à  fou- 
haiter  qu'ils  perdiffent  la  mémoire  ; 
mais  il  en  eft  qui  ,  fans  fixer  beaucoup 
l'attention  ,  &c  fans  pouvoir  rappeller 
des  images  dangereufes,  les  diftrai- 
fent  agréablement  ,  &  préviennent  les 
dangers  terribles  d'un  ennui  défœu- 
vré. 

Les  remèdes. 

Je  fuivrai  le  même  ordre,  que  dans 
l'article  précédent.  J'indiquerai  les  re- 
mèdes qu'on  doit  éviter  avant  que  de 
parler  de  ceux  qu'on  doit  fuivre.  J'ai 
déjà  indiqué  une  première  clalfe  de 
ceux  qu'on  doit  exclure  •>  ce  font  ceux 
qui  irritent ,  les  remèdes  chauds  Se 
volatils.  Il  y  en  a  une  féconde  très- 
oppofée  ,  &  également  nuifîble  ,  les 
évacuants.  J'ai  déjà  dit  que  les  fueurs ., 
la  faiivaûon  ,  les  urines  abondantes 
épuifoient  le  malade.  Je  ne  reparle- 
rai pas  de  ces  évacuations  5  l'on  fenc 
que  tous  les  remèdes  qui  les  excite- 
roient  doivent  être  bannis  :  il  refte  à 
examiner  la  faignée  ,  ôc  les  évacua- 
tions des  premières  voies.  L'indica- 
tion   étant  de  redonner  des  forces  , 


\ 


•192,  l'  O  nanisme. 

pour  juger  s'ils  conviennent,  il  ne  s'agit 
que  de  fçavoir  11  ces  évacuations  font 
propres  à  la  remplir.  Je  ferai  court.  Il 
y  a  deux  cas  dans  lefquels  la  faignée 
rérablit  les  forces,  dans  les  autres  elle 
les  ôte  ;  ou  quand  on  a  trop  de  fang  , 
<:e   n'eft  pas  le  cas  des   perfonnes  en 
confomption  3  ou  quand  le  fang  a   ac- 
quis une  denfîté  inflammatoire   qui  , 
le  rendant  impropre  àfes  ufages  ,  dé- 
truit promptement  les  forces  ;  c'eft  la 
maladie  des  gens  vigoureux  ,  de  ceux 
qui  ont  les  fibres  roides  ,  &  la  circula- 
tion forte  :  nos  malades  font  précifé- 
ment  dans  le  cas  contraire  ;  la  faignée 
ne  peut  que  leur  nuire.  Toutes  les  gout- 
tes de  fang,  dit.  M.  Gilchiust,  font 
précieufes  aux  perfonnes  qui  font  en  con- 
fomption ;  la  force  affimilante  qui  la  ré- 
pare efl  détruite ,   &  ils  nen  ont  que    ce 
quil  faut  pour  foutenir   la    circulation 
très  -  foiblemeut  (ij.  M.  Lobs  ,    qui   a 
très-bien  approprié  les  effets  des  éva- 
cuations ,   eft  pofitif.    Dans  les  corps  ^ 
dit-il  y  qui  nom  que  la  quantité  de  fang 
néceffaire  ,  fi  on  la  diminue  par  les  fai- 
gnées  ou  par  Us  autres  évacuations  y  on 


{i)  On  fea  voyage,  p.  X17. 

diminue 


Ij*Qh  A  nisme.  193 

diminue  les  forces  ,    on  trouble  les  fécre- 
tions ,  &  on  produit  plujieurs  maladies  (  1). 
La  façon  dont  M.  Senac  parle  de  la 
faignée  ,  lui  donne  encore  plus  fûre- 
ment  l'exclufion  dans  ce  cas.  Si  la  ma- 
tière denfe  ou  rouge  manque ,  les  faignées 
jont.  inutiles  ou  pernicieufes  ;  on  doit  donc 
les  interdire  aux  corps  exténués  y    dont  le 
fang  ejl  en  petite  quantité  >  ou  a  peu  de 
corifïftajicc  ;  quand  il  ne  fort  des  vaiffeaux 
au  une  liqueur  qui  à  peine  peut  donner 
de  la  couleur  au    linge  ou  à  Veau  (z). 
L'on  a  vu  que  tel  étoit  l'état  du  fang 
des  mafturbateurs  }  &  c'eft  générale- 
ment celui  des  perfonnes  foibles  8c  va- 
létudinaires.    Que  ceux  qui  travaillent 
a  les  guérir  par  la  faignée,  comparent 
leur  méthode  à  ce  précepte  fondé  fur 
la  théorie  la  plus  éclairée  ,   &  les  ob~ 
fervations  pratiques  les  plus  nombreu- 
fes  &  les  mieux  réfléchies  }  ce  font  les 
bafes  de  l'ouvrage  d'où  je  le  tire ,  & 
qu'ils  jugent  des  fuccès  auxquels    ils 
doivent  s'attendre. 

Les  remèdes  ,  qui  évacuent  les  pre- 

(1)  Aletter   shewiog  what  is  the  propter  prépara- 
tion of  perlons  for  inoculation  ,  §.  4. 

(2)  Traité  du  coeur  ,It  4  ,  c.  1  ,  $•  x  ,  1. 1 1  ,p..if. 

1 


194  l'Onanisme. 

mieres  voies  ,  fortifient  >  quand  il  fe 
trouve  dans  ces  parties ,  ou  des  amas 
de  matières  fi  considérables ,  que  par 
leur  maffe  elles  gênent  les  fondions 
de  tous  les  vifceres ,  ou  quand  il  y  a 
dans  l'eftomac  &  dans  les  premiers 
inteftins  des  matières  putrides  dont 
l'effet  ordinaire  eft  une  grande  foi- 
bleffe.  Dans  ces  cas-là  on  peut  em- 
ployer les  évacuants ,  ïî  rien  ne  les 
contr'indique  ,  s'il  n'y  a  point  d'autres 
moyens  de  débarrafïèr  les  premières 
voies  y  ou  s'il  y  a  du  danger  à  ne  pas 
les  évacuer  promptement.  Ces  trois 
conditions  fe  trouvent  rarement  chez 
les  perfonnes  qui  font  dans  un  état 
de  confomptionf  chez  lefquelles  la 
foibleffe  &  l'atonie  des  premières 
voies  eft  une  contr 'indication  toujours 
préfente  aux  purgatifs  ou  aux  émeti- 
ques.  Il  y  a  le  plus  fouvent  un  autre 
moyen  d'en  procurer  l'évacuation  fue- 
ceflive  ,  c'eft  d'employer  les  toniques 
non  aftringents  ,  tels  font  un  grand 
nombre  d'amers  qui  ,  en  redonnant 
du  jeu  aux  organes  ,  produifent  le  dou- 
ble bon  effet  de  digérer  ce  qui  peut 
l'être ,  &  d'évacuer  le  fuperflu.  11  y  a 
enfin  rarement  du  danger  à  ne  pas  les 


l'Onanisme.  195 

évacuer  promptement  ;  ce  danger  a 
lieu  quelquefois  dans  les  maladies  ai- 
guës ;  l'âcretc  des  matières  que  la 
chaleur  augmente  ,  8c  la  prodigieufe 
réaétion  des  fibres  ,  peuvent  occahon- 
ner  des  fymptômes  violents  >  qui  n'ont 
jamais  lieu  dans  les  maladies  de  lan- 
gueur ,  dans  lefquelles  les  évacuants 
proprement  dits  ne  font  par-là  même 
jamais  ,  à  beaucoup  près  >  aulîî  nécef- 
faires ,  8c  font  ,  comme  je  l'ai  dit 
très-fouvent  contr'indiqués.  L'atonie, 
le  manque  d'a6fcion  font  la  caufe  des 
amas ,  quand  il  s^n  fait  ;  qu'on  les 
vuide  par  un  purgatif,  l'effet  eft  dif- 
iipé  ,  mais  la  caufe  qui  l'a  produit  eft 
confîdérablement  augmentée  ;  Ton  a  à 
réparer  8c  le  mal  exiftant  ,  8c  celui 
que  le  remède  a  fait;  fî  l'on  ne  par- 
vient pas  à  y  remédier  promptement , 
l'effet  fe  reproduit  plus  vite  qu'aupa- 
ravant *y  8c  fi  l'on  fe  laifFe  aller  à  em- 
ployer de  nouveau  les  purgatifs  ,  on 
augmente  une  féconde  fois  le  mal  ; 
l'on  fait  d'ailleurs  contra&er  aux  intef- 
tins  une  pareiTe  qui  les  empêche  de 
faire  leurs  fondions  ;  l'on  parvient  au 
point  de  ne  plus  avoir  d'évacuation  que 


jc,6  l'Onanisme. 

par  art  \  en  un  mot  ^  les  purgatifs  , 
dans  les  embarras  des  premières  voies 
chez  les  perfonnes  foibles  ,  ne  pro- 
duifent  une  diminution  dans  l'effet 
qu'en  augmentant  la  eaufe  ;  ne  foula- 
gent  pour  le  moment  qu'en  empirant 
la  maladie.  L'on  ne  fuit  cependant 
que  trop  cette  méthode  ;  les  malades 
Faiment  3  elle  paroît  plus  prompte  * 
&  efFe&ivement  pourvu  que  la  chute 
des  forces  ne  foit  pas  trop  considéra- 
ble 5  ils  fe  trouvent  foulages  pour  peu 
de  jours  -y  le  mal ,  il  eft  vrai  3  revient  5 
mais  on  aime  mieux  l'attribuer  à  i'in- 
fuHïfance  qu'à  l'opération  du  remède  , 
auquel  on  s'affeélionne  \  d'ailleurs  les 
malades  font  pour  le  foulagement  pré- 
fentj  Se  peu  de  Médecins  ont  le  cou- 
rage de  s'y  oppofer  :  il  eft  cependant 
bien  important  ,  en  Médecine  comme 
en  morale  >  de  fçavoir  facrifier  le  pré- 
fent  à  l'avenir }  la  négligence  de  cette 
loi  peuple  le  monde  de  malheureux 
&  de  valétudinaires.  Il  feroit  à  fou- 
haiter  que  l'on  pût  inculquer  à  tant 
de  Médecins  &c  à  tant  de  malades  le 
beau  morceau  qu'on  trouve  dans  la 
pathologie  de  M.  Gaubius  ,  fur  tous  les 


l'Onanisme.  197 

maux  que  cet  abus  des  purgatifs  en- 
traîne (  1). 

N'y  a-t  il  point  de  cas,  dira-t-on  , 
dans  lefquels  les  émétiques  &r  les  pur- 
gatifs puiffent  être  admis  pour  les  ma- 
lades dont  je  parle  ?  Sans  doute  il  en 
eft  quelques-uns ,  mais  très-rares  ;  &c 
il  faut  bien  de  l'attention  pour  ne  pas 
fe  laiîTer  tromper  aux  fignes  qui  pa- 
roifïent  indiquer  les  évacuants  5  &  qui 
fouvent  dépendent  d'une  caufe  qu'on 
doit  attaquer  par  de  tout  autres  remè- 
des. Je  n'entrerai  point  dans  le  détail 
de  ces  diftin&ions ,  il  feroit  hors  de 
place  ;  &  il  me  fuffit  d'avoir  averti  que 
les  évacuants  dévoient  rarement  avoir 
lieu  dans  cette  maladie.  M.  Lewis  croit 
qu'un  émétique  doux  peut  préparer 
utilement  les  premières  voies  pour  les 
autres  remèdes  ,  mais  il  ne  veut  pas 
qu'on  aille  au-delà:  plufieurs  cas  m'ont 
appris  qu'on  pouvoir  &  qu'on  devoir 
très-fouvent  s'en  paiTer;  &  j'ai  rap- 
porté plus  haut  deux  observations  de 
M.  Hoffman  qui  prouvent  tout  le  dan- 
ger de  ce  remède.  Sans  expérience  le 
feul  bon  fens  perfuade  qu'un  remède , 

(ij  .  484- 

In, 


i5>8  l'Onanisme, 

qui  donne  des  convulfîons  5  doit  peu 
convenir  dans  des  maladies  qui  font 
F 'effet  de  convulfions  réitère  es  ;  il  eft 
cependant  vrai  qu'il  y  a  des  circon- 
ftances  qui  peuvent  le  rendre  néeeflai- 
re  ;  je  l'ai  employé  depuis  peu  ,  &  il 
a  opéré  favorablement. 

C'eft  en  combattant  la  caufe  qu'on 
détruit  le  mal^  pour  peu  qu'on  en  en- 
levé chaque  jour,  on  eft  fur  que  l'effet 
difparoîtra  fans  crainte  de  retour.  Si 
l'on  n'agit  que  fur  l'effet  ,  le  travail 
de  chaque  jour  eft  non-feulement  inu- 
tile au  jour  fuivant  5  mais  prefque  tou- 
jours nuifihle. 

Après  r.voir  indiqué  ce  qu'on  doit 
éviter,  que  doit-on  faire  ?  J'ai  mar-  - 
que  plus  haut  les  caractères  que  doi- 
vent avoir  les  remèdes  }  fortifier  fans 
irriter.  Il  en  eft  quelques-uns  qui  peu- 
vent remplir  ces  deux  indications  ;  ce- 
pendant le  catalogue  n'en  eft  pas  long  , 
&  les  deux  plus  efficaces  font  ,  fans 
contredit,  U  quinquina  &  les  bains  froids. 
Le  premier  de  ces  remèdes  eft  ,  depuis 
près  d'un  fiecle  ,  regardé ,  indépen- 
damment de  fa  vertu  fébrifuge  ,  com- 
me l'un  des  plus  puiffauts  fortifiants  , 
&  comme  calmant.  Les  Médecins  mo~ 


l'Onanisme.  199 

dénies  les  plus  célèbres  le  regardent 
comme  fpécifique  dans  les  maladies 
des  nerfs.  L'on  a  vu  qu'il  entroic  dans 
l'ordonnance  de  M.  Boerhaave  rappor- 
tée plus  haut  ;  8c  M.  Vandtrmondt 
s'en  efl:  fervi  avec  beaucoup  de  fucccs 
dans  le  traitement  d'un  jeune  homme 
que  des  débauches  en  femme  avoiene 
jette  dans  un  état  très-fâcheux  (1).  M. 
Ltvris  le  préfère  à  tous  les  autres  re- 
mèdes ,  &c  M.  Suhclin  ,  dans  la  lettre 
dont  j'ai  déjà  parlé  plufieurs  fois,  die 
qu'il  ie  croit  le  plus  efficace  de  tous. 

Vingt  fiecles  d'expériences  exactes 
8c  raifonnées  ont  démontré  que  les 
bains  froids  poflfédoient  les  mêmes 
qualités.  Le  Dodeur  Baynard  en  a 
prouvé  l'ufage  plus  particulièrement 
dans  les  défordres  produits  par  la  mas- 
turbation &  les  excès  vénériens,  fur- 
tout  dans  un  cas  où  ,  indépendamment 
de  PimpuiflTance  8c  d'une  gonorrhée 
fimple  ,  il  y  avoit  une  fi  grande  foi- 
bleife  ,  augmentée  ,  il  eft  vrai ,  par  les 
faignées  8c  les  purgatifs ,  qu'on  regar- 


(1)  Recueil  périodique  cTohfervations  de  MéJect- 
ne  ,  &c.  t.  6  ,  p  1  6f.  L'on  trouve  dans  le  fécond  vc** 
lume  de  ce  même  ouvrage  la  description  d'une  maladie 
produite  pat  la  même  caufe  qui  mérite  d'être  lue. 

Iiv 


ioo  l'Onanisme. 

doit  le  malade    comme  au  bord   du 
tombeau  (i). 

M.  Lewis  ne  craint  pas  d'affirmer 
encore  plus  positivement  leur  efficaci- 
té :  De  tous  Us  remèdes ,  dit-il ,  foit  in- 
ternes ifoit  externes  yilny  en  a  aucun  qui 
égale  les  bains  froids.  Ils  rafraîchirent  > 
ils  fortifient  les  nerfs  >  &  ils  aident  la 
tranfpiration  plus  efficacement  qu  aucun 
remède  intérieur  ;  bien  ménagés  ils  font 
plus  efficaces  dans  la  confomption  dorfale 
que  tous  les  autres  remedis  pris  enfem- 
ble.  (i)  L'on  doit  même  remarquer  que 
les  bains  froids  ont  ,  comme  je  l'ai 
déjà  dit  de  l'air  ,  un  avantage  parti- 
culier j  c'eft  que  leur  adtion  dépend 
moins  de  la  réadtion  ,  c'eft-à-dire  des 
forces  de  la  nature  ,  que  celle  des  au- 
tres remèdes  j  ceux-ci  n'agitfent  pres- 
que que  fur  le  vivant  my  les  bains  froids 
donnent  du  reflTort  même  aux  fibres 
mortes. 

L'union  du  quinquina  &  des  bains 
froids  efl  indiquée  par  la  parité  de 
leurs  vertus  5  ils    opèrent  les    mêmes 


(i)*YXP0AY2IA,  or  the  hiftory  of  cold 
bathing.  p.  254  ,  181. 
(2.)  p.   3*. 


l'Onanisme.  201 

effets;  Se  étant  combinés  ils  guérififent 
des  maladies  que  tous  les  autres  remè- 
des n'auroient  fait  qu'empirer.  Forti- 
fiants ,  fédatifs ,  fébrifuges  >  ils  redon- 
nent les  forces  ,  diminuent  la  chaleur 
fébrile  &  nerveufe  ,  &  calment  les 
mouvements  irréguliers  produits  par 
la  difpofition  fpafmodique  du  genre 
nerveux.  Ils  remédient  à  la  foibleiîe 
de  l'eftomac  ,  8c  diffipent  très-prom- 
ptement  les  douleurs  qui  en  font  la 
fuite.  Ils  redonnent  de  l'appétit  ;  ils 
facilitent  la  digeftion  &  la  nutrition  , 
ils  rétablirent  toutes  les  fécretions ,  & 
fur-tout  la  tranfpiration  ,  ce  qui  les 
rend  fi  efficaces  dans  toutes  les  mala- 
dies catarrhales  &  cutanées  ;  en  un 
mot  ils  remédient  à  toutes  les  mala- 
dies caufées  par  la  foibleffe  3  pourvu 
que  le  malade  ne  foit  attaqué  ni  d'ob- 
ftruétions  indifTolubles  ,  ni  d'inflam- 
mation ,  ni  d'abfcès  ou  d'ulcères  inter- 
nes ,  conditions  qui  n'excluent ,  même 
nécessairement  ou  prefque  néceffaire- 
ment ,  que  les  bains  froids ,  mais  qui 
permettent  fouvent  le  quinquina. 

J'ai  vu  ,  il  y  a  quelques  années  5  un 
étranger  âgé  de  vingt-trois  ou  vingt- 
quatre  ans  ,  qui,  dès  fa  plus  tendre 

Iv 


202  l  Onanisme. 

enfance  5  étoit  tourmenté  par  des  maux 
de  tête  cruels ,  &  prefqne  continus  ,  vu 
Ja  fréquence  &  la  longueur  des  accès 
qui  etoient  toujours  accompagnes  du- 
ne perte  totale  de  l'appétit.  Le  mat 
avoir  considérablement  empiré  par  l'u- 
fage  des  f  ignées ,  des  évacuants  ,  des 
eaux  purgatives  ,  des  bains  chauds , 
des  bouillons ,  &c  d'une  foule  d'autres 
remèdes.  Je  lui  ordonnai  les  bains 
froids  &  le  quinquina.  Les  accès  devin- 
rent en  peu  de  jours  plus  foibles  &  beau- 
coup moins  fréquents  :  le  malade  au 
bout  d'un  mois  fe  crut  prefque  radi- 
calement guéri  y  la  cefTation  des  remè- 
des &  la  mauvaife  faifon  renouvelle- 
rent  les  accès  ,  mais  infiniment  moins 
violemment  qu'auparavant  }  il  recom- 
mença la  même  cure  au  printemps  fui- 
vant ,  &  la  maladie  vint  à  être  fi  lé- 
gère ,  qu'il  crut  n'avoir  plusbefoin  de 
rien.  Je  fuis  perfuadé  que  les  mêmes 
fecours  réitérés  une  ou  deux  fois  le 
guériront  radicalement. 

Un  homme  de  vingt-huit  ans  étoit 
dé  olé ,  depuis  bien  des  années,  par 
une  goutte  irréguliere  qui  fe  jettoit 
toujours  à  la  tête,  &  occalionnoit  des 
défordres  effrayants  fur  le  vifage  y  il 


L'ON  ANISM  E.  lOJ 

avoir  confulrc  plufieurs  Médecins  5  &c 
e(Tayé  des  remèdes  de  plufieurs  efpe- 
ces  ,  &  depuis  peu  un  vin  médicinal 
compofé  des  aromates  les  plus  péné- 
trants infufés  dans  le  vin  d'Efpagne  ; 
tous ,  ce  îur-tout  le  dernier  >  avoient 
augmenté  le  mal  -y  Ton  avoit  appliqué 
des  véficatoires  aux  jambes  qui  occa- 
fioiinoient  des  fymptômes  violents  ;  ce 
fut  à  cette  époque  que  je  fus  demandé. 
Je  lui  conieillai  une  forte  décodion  de 
quinquina  &  de  camomille  ,  qu'il  con- 
tinua pendant  fix  femaines  ,  Se  qui  lui 
redonna  plus  de  fanté  qu'il  n'en  avoit 
eu  depuis  bien  des  années.  Il  feroit  inu- 
tile de  rapporter  un  plus  grand  nom- 
bre d'exemples  ,  fur-tout  étrangers  k 
la  matière  ,  pour  prouver  la  vertu  for- 
tifiante de  ces  remèdes  fi  bien  démon- 
trée depuis  long-temps  ,  &c  dont  tout 
indique  l'ufage  dans  cette  maladie  , 
ufage  dont  les  plus  heureux  fuccès  ont 
confirmé  l'utilité. 

Quand  j'ai  employé  le  quinquina  en 
forme  liquide  ,  j'ai  ordonné  la  déco- 
ction d'une  once  avec  douze  onces 
d'eau  ,  ou  fuivant  l'indication  ?  de  vin 
rouge  >  cuit  pendant  deux  heures  dans 
un  vailTeau  bien  fermé ,  pour  en  pieu- 

ivj 


204  l'  O  N  A   K   I    S   M  £. 

dre  trois  onces  trois  fois  par  jour.  Je 
place  les  bains  froids  le  foir  ,  quand  la 
digeftion  du  diner  eft  entièrement  fi- 
nie ;  ils  contribuent  à  procurer  un  fom- 
ineil  tranquille.  J'ai  vu  un  jeune  ma- 
fturbateur  qui  pafïoit  les  nuits  dans 
rinfomnie  la  plus  inquiète  ,  &  qui  éroit 
baigné  tous  les  matins  dans  des  fueurs 
colliquatives  }  la  nuit  qui  fuivit  le 
fixieme  bain  ,  il  dormit  cinq  heures  > 
Se  fe  leva  le  matin  fans  fueur ,  &  beau- 
coup mieux. 

Le  mars  eft  un  troifieme  remède  , 
trop  employé  dans  tous  les  cas  de  foi- 
blefTe  5  pour  qu'il  foit  néceffaire  d'infi- 
fter  fur  fon  efficacité  comme  fortifiant  ; 
comme  il  n'a  rien  d'irritant  3  il  eft 
extrêmement  approprié  à  nos  malades. 
On  le  donne  ou  en  fubftance  ,  ou  en 
infufion  ;  mais  la  meilleure  prépara- 
tion ce  font  les  eaux  martiales  prépa- 
rées par  la  nature  ,  &c  fur- tout  les  eaux 
de  Spa,  l'un  des  plus  puiffanrs  toniques 
qu'on  connoiffe  ,  &  un  tonique  qui , 
bien  loin  d'irriter  >  adoucit  tout  ce 
que  les  humeurs  peuvent  avoir  de  trop 
acre.  Les  gommes  5  la  myrrhe  ,  les 
amers ,  les  aromates  les  plus  doux  font 
auffi  d'ufage.  Ce  font  les  circonftances 


l'Onanisme.  105 

qui  doivent  décider  fur  le  choix  entre 
ces  différents  remèdes.  Les  premiers 
que  j'ai  indiqués  méritent  généralement 
la  préférence  }  mais  il  peut  fe  trouver 
des  cas  qui  en  exigent  d'autres  'y  on 
peut  en  général  les  choifir  dans  toute 
la  claffe  des  nervins,  en  prenant  pour 
bouifole  dans  ce  choix  les  précautions 
que  j'ai  indiquées  plus  haut.  C'eft  une 
maladie  de  nerts ,  on  doit  la  traiter 
comme  telle  ,  &  fouvent  on  l'a  fait , 
&  on  a  réufli  fans  en  connoître  la 
caufe  ;  il  eft  vrai  ?  &  des  obfervations 
inconteftables  me  l'ont  démontré,  que 
l'ignorance  de  cette  caufe  ,  &c  par-là 
même  la  négligence  des  précautions 
qu'elle  exige  ,  a  d'autres  fois  rendus  in- 
fructueux les  traitements  les  mieux  in- 
diqués en  apparence  ,  fans  que  les  Mé- 
decins puifent  pénétrer  la  caufe  de  ce 
peu  de  fuccès. 

J'ordonnai  au  jeune  homme  5  dont 
le  cas  eft  décrit  dans  un  fragment  de 
{qs  lettres  (p.  35),  des  pilules ,  dont 
la  myrrhe  faifoit  la  bafe  ,  &  une  dé- 
codtion  avec  le  quinquina  ,  qui  eurent 
le  plus  heureux  fuccès  (1).  Je  rnapper- 

(1)  R.Myrrh*  eleti.  une.  Jf.  gum.  galban.  e*tr,  tri- 
fol  fikr.  terr*  Japon,  aa.  dr.  IL  Syr,  cort,  aur*  q*  f.f% 


io6  l'Onanisme. 

çois  chaque  jour ,  m'écrivoit-il  feize 
jours  après  avoir  commencé  ces  remè- 
des ,  du  grand  bien  qu'ils  me  font  ;  mes 
maux  de  tête  ne  font  plus  ni  fi  fréquents , 
ni  fi  violents  ;  je  ne  les  ai  plus  que  lorfque 
je  m'attache  trop  ,  Veflomac  va  mieux ,  je 
ri  ai  plus  que  rarement  les  douleurs  dans 
les  membres.  Au  bout  d'un  mois  fa  gué- 
rifon  fut  complette  ,  à  cela  près  qu'il 
n'avoit  pas,  &  n'aura  peut-être  jamais 
les  forces  qu'il  auroit  eues  fans  fa  mau- 
vaife  conduite.  L'échec  ,  que  la  ma- 
chine reçoit  dans  le  temps  de  Taccroif- 
fement  a  des  confèquences  qui  ne  fe 
réparent  poinr.  Puiflfe  cette  vérité  être 
bien  imprimée  dans  Fefprit  des  jeunes 
gens  ;  elle  a  été  depuis  peu  fortement 
prêchée. La  jeuneffe  ,  dit  M.  Linn^eus  y 
efl  un  temps  important  pour  fe  former 
une  fantè  robufle.  Rien  rfejl  plus  à  crain- 
dre que  Vufage  prématuré  ou  exceffif  des 
plaifîrs  de  i amour  :  il  en  naît  des  foi- 
bleffes  dans  la  vue ,  des  vertiges  ,  la  di" 
minution  de  ly  appétit  y  &  même  Vaffoi- 
hliffement  de  Vejprit  &  de  la  raifon.  Un 

pil.  gr.   ÎIU  fept  ,  Une  heure  avant  le  déjeuner  ,  le  dî  - 
ner  6c  le  fouper  ,  avec  trois  onces  de   la  boiffon.  R. 
cort.  peruv   une    IL  co-\  rai.   canp.  un:.    /.   cinnam. 
acut.  dr    IL  Limai.  t\art.  innoluL  lax.  un:.  Jf.     cu-m 
43.  font.  lib.  II.  Jf.  I.  a.  f.  dtcotL 


l'Onanisme.  207 

corps  énervé  dans  la  jeunejfe  rien  revient 
plus  ;  fa  vieillcjfe  ejl  prompte  &  infirme  v 
&  fa  vie  courte  (1).  Seize  cents  ans 
avant  ce  grand  Naturalifte  ,  Plutarque  9 
dans  fon  bel  ouvrage  fur  l'éducation 
des  enfants  ,  avoit  recommandé  la  for- 
mation de  leur  tempérament  comme 
une  chofe  extrêmement  importante. 
Von  ne  doit ,  dit-il ,  négliger  aucun  des 
foins  qui  peuvent  contribuer  à  f  élégance 
&  à  la  force  du  corps  (  les  excès  dont 
je  traite  nuifent  autant  à  Tune  qu'à 
l'autre  ),  car  >  ajoute-t-il,  le  fondement 
d'une  vieilleffe  heureufe  cefl  une  bonne 
conflïtution  dans  la  jeunejfe  :  la  tem- 
pérance &  ta  modération  à  cet  âge 
font  un  paffeport  pour  vieillir  heureu- 
fement. 

À  Pobfervation  précédente ,  dont  le 
fuccès  paroît  dû  au  quinquina  ,  j'en 
joindrai  une  autre  dans  laquelle  les 
bains  froids  furent  le  principal  remède. 
Un  jeune  homme  d'un  tempérament  bi- 
lieux ,  inftruit  au  mal  dès  l'âge  de  dix 
ans  3  avoit  toujours  été  dès  ce  temps-là 

0  )  Ce  morceau  eft  tiré  d'une  Di  (Ter  rat  ion  de  cet  if- 
luftre  Naturalise  >  fur  Us  fondement  s  de  la  famé  j  voyes 
Mercure  Danoi    y  Juillet  i    ç8  ,  p.   ?$• 

(1)  De  puerorum  infiitut*  c»   ro» 


io8  l'Onanis  m  s. 

foible  ,  languififant  ,  cacochyme  ;  il 
avoit  eu  quelques  maladies  bilieufes 
qui  avoienc  eu  beaucoup  de  peine  à 
fe  guérir  ,  il  étoit  extrêmement  mai- 
gre ,  pâle  >  foible ,  trifte.  Je  lui  ordon- 
nai les  bains  froids  ,  &c  une  poudre 
avec  la  crème  de  tartre  >  la  limaille  & 
très-peu  de  cannelle  5  dont  il  prenoit 
trois  fois  par  jour.  Dans  moins  de  fîx 
femaines  il  acquit  une  force  qu'il  n'a- 
voit  jamais  coniïu  auparavant. 

Un  grand  avantage  des  eaux  de  Spa 
&du  quinquina  ,  c'eft  que  leur  ufage 
fait  pafiTer  le  lait.  Les  eaux  de  Spa  par- 
tagent cet  avantage  avec  quelques  au- 
tres eaux.  L'on  a  vu  plus  haut  que  M. 
Hoffhian  ordonnoit  le  lait  d'âneife  avec 
un  tiers  d'eau  de  Selter..  M.  de  la 
Meitrie  nous  a  confervé  une  belle  ob- 
fervation  de  M.  Boerhaave.  Ce  Duc 
aimable  3  je  traduis  mot  à  mot  >  s'étoit 
mis  hors  du  mariage  ;  je  tai  remis  de- 
dans par  r ufage  des  eaux  de  Spa  avec 
le  lait  (1). 

La  foiblefTe  de  l'eftomac  qui  rend 
la  digeftion  trop  lente  5  les  acides  ,  le 

(i)  Supplément  à  l'ouvrage  de  Pénélope,  ch.  p.  1.  $j. 
Amabilis  ille  Dux  fepofuera;  extra  rvutrimoaium  3  ego 
illum  repofui  mua. 


i'Onanism  h. 

peu  d'aétivité  de  la  bile ,  les  engor- 
gements dans  les  vifceres  du  bas-ven- 
tre font  les  principales  caufes  qui  em- 
pêchent la  digeftion  du  lait ,  &  qui 
n'en  permettent  pas  l'ufage.  Les  eaux 
qui  remédient  à  toutes  ces  caufes ,  ne 
peuvent  qu'en  faciliter  la  digeftion  ; 
&  le  quinquina,  qui  remplit  les  mê- 
mes indications  5  doit  auffi  fe  marier 
très-bien  au  lait.  L'on  peut  employer 
ces  remèdes  ,  ou  avant ,  pour  préparer 
les  voies  y  ce  qui  eft  prefque  toujours 
nécefTaire ,  ou  en  même  temps. 

Je  rétablis  parfaitement  en  1753  un 
étranger  qui  s'étoit  tellement  épuifé 
avec  une  courtifane  qu'il  étoit  incapa- 
ble d'aucun  ade  de  virilité  }  fon  efto- 
mac  étoit  auffi  extrêmement  afFoibli  ; 
Se  le  manque  de  nutrition  &  de  fbttt- 
meil  l'avoient  réduit  à  une  grande 
maigreur.  A  fix  heures  du  matin  il  pre- 
noit  fix  onces  de  décoéxion  de  quin- 
quina ,  à  laquelle  on  ajoutoitune  cuille- 
rée de  vin  de  Canarie  :  une  heure 
après  il  prenoit  dix  onces  de  lait  de 
chèvre  qu'on  venoit  de  tirer,  Se  auquel 
on  ajoutoit  un  peu  de  fucre  de  une  once 
d'eau  de  fleur  d'orange.  11  dinoit  d'un 
poulet  rôti ,   froid  ,  de  pain  &c  d'un 


1IO  L    O  N  A  N  I  S  M  1. 

verre  d'excellent  vin  de  Bourgogne 
avec  autant  d'eau.  A  fix  heures  du  foir 
il  prenoit  une  féconde  doCe  de  quin- 
quina ;  à  fix  heures  &  demi  il  entroit 
dans  un  bain  froid  5  dans  lequel  il  ref- 
toit  dix  minutes  ;  &  au  fortir  duquel 
il  entroit  dans  fon  lit.  A  huit  heures  il 
reprenoit  la  même  quantité  de  lait  ;  il 
fe  levoit  depuis  neuf  jnfqu'à  dix.  Tel 
fut  l'effet  de  ces  remèdes ,  qu'au  bout 
de  huit  jours  il  me  cria  avec  beaucoup 
de  joie ,  quand  j'entrai  dans  fa  cham- 
bre ,  qu'il  avoit  recouvré  le  Jigne  exté- 
rieur de  la  virilité ,  pour  me  fervir  de 
I'expreffion  de  M.  de  Buffbn.  Au  bout 
d'un  mois  il  avoit  prefqu'entierement 
repris  fes  premières  forces. 

Quelques  poudres  abforbantes  ; 
quelques  cuillerées  d'eau  de  menthe  ; 
fouvent  la  feule  addition  d'un  peu  de 
fucre  y  quelques  pilules  avec  l'extraie 
de  quinquina  peuvent  aulîi  contribuer 
à  prévenir  la  dégénération  du  lait.  L'on 
pourroit  aulîi  employer  cette  gomme, 
nouvellement  introduite  dans  quel- 
ques endroits  d'Angleterre  ,  fous  le 
nom  de  gummi  rubrum  Gambienfe ,  &c 
fur  laquelle  on  trouve  une  petite  dif- 
fertation    dans  l'excellente  collection 


l'Onanisme.  nr 

que  publie  la  nouvelle  Société  cb  Mé- 
decins formée  à  Londres  (i)  'y  elle  for- 
tifie ,  &  elle  adoucit  :  ce  font  les  deux 
grandes  indications  dans  les  maladies 
dont  il  eft  que ft ron. 

Enfin  ,  fi  quelque  foin  qu'on  prît  ^ 
il  étoit  impoffible  de  foutenir  le  lait  r 
on  pour  roi  t  e/Tayerle  lait  de  beurre.) 
je  l'ai  confeillé  avec  fucccs  à  un  jeune 
homme  pour  lequel  un  principe  d'hy- 
pocondrialgie  me  faifoit  craindre  le 
lait  entier.  Les  bilieux  le  boivent  avec 
plaifir ,  &  s'en  trouvent  toujours  bien  ; 
on  doit  le  préférer  au  lait  toutes  les 
fois  qu'il  y  a  beaucoup  de  chaleur,  un 
peu  de  fièvre ,  une  difpofition  éréfi- 
pélateufe  y  &c  il  eft  fur- tout  d'un  très- 
grand  ufage,  quand  les  excès  vénériens 
produifent  une  fièvre  aiguë,  telle  que 
celle  dont  mourut  Raphaël.  Malgré  la 
foiblefTe  ,  les  toniques  nuiroient  ;  la 
faignée  eft  dangereufe  }  le  fameux 
Jonjlon  ,  mort  Baron  de  Ziebcndorf  y 
il  y  a  plus  de  quatre- vingt  ans  ,  l'avoit 
déjà  défendue  positivement  dans  ce 
cas  (1)  \  les  cures  trop  rafraîchifiantes 

(i)  Médical  ©bfervations  and  inquiries.  I.  p.  36. 
(i)  In  febrç  ex  vencre  cavendum  à  vcnae  fe&ione» 
Syntagma  1.  1  y  tic.  1 ,  c.  u 


m  l'Onanisme, 

ne  réuffiffent  pas ,  comme  M.  Vander- 
monde  le  prouve  ,  &  comme  je  l'ai  vu 
moi-même  \  mais  le  lait  de  beurre  réuf- 
fit  très-bien  ,  pourvu  qu'il  ne  foit  pas 
trop  gras.  11  calme  ,  il  délaie  >  il  adou- 
cit ,  il  défaltere  ,  il  rafraîchit  ,  &  en 
même  temps  il  nourrit  Se  il  fortifie  , 
ce  qui  eft  bien  important  dans  ce  cas  > 
dans  lequel  les  forces  fe  perdent  avec 
une  promptitude  dont  on  n'a  point 
d'idée.  M.  Gilchrifl  5  qui  ne  fait  pas 
grand  cas  du  lait  dans  l'éthifte  5  loue 
extrêmement  le  lait  de  beurre  dans  la 
même  maladie  (i). 

Depuis  la  dernière  édition  de  cet 
Ouvrage  ,  faite  il  y  a  fepe  ans  ,  j'ai 
été  confulté  par  olufieurs  personnes 
cnervees  :  quelques-unes  ont  ece  entiè- 
rement guéries  ;  un  a(Tez  grand  nom- 
bre considérablement  foulagées  ;  d'au- 
tres n'ont  rien  gagné;  &c  quand  le  mal 
eft  parvenu  à  un  certain  point ,  tout  ce 
qu'on  peut  efpérer  c'eft  que  les  remè- 
des airctent  les  progrès  du  mal  :  j'ai 
ignoré  une  partie  des  fuccès. 

Le  lait  ,  dans  prefque  toutes  ces 
cures  y  a  été  l'aliment  principal  ;    le 

(i)  On  fea  voyage,  p.  np 


l'  Onanisme-  aij 

quinquina,  le  fer,  les  eaux  martiales  &: 
le  bain  froid  ont  été  les  remèdes.  J'ai 
mis  quelques  malades  entièrement  au 
lait  ,  d'autres  n'en  prenoient  qu'une 
ou  deux  fois  par  jour. 

Le  malade  ,  dont  j'ai  détaillé  la  ma- 
ladie dans  la  feétion  V  ,  où  j'en  ai 
promis  le  traitement,  ne  vécut  pen- 
dant trois  mois  que  de  lait ,  de  pain 
bien  cuit,  d'un  ou  deux  œufs  fortant 
du  ventre  de  la  poule ,  par  jour ,  & 
d'eau  fraîche  ,  au  moment  où  on  l'ap- 
portoit  de  la  fontaine.  Il  prenoit  du 
lait  quatre  fois  par  jour;  deux  fois  au 
fortir  du  pis  ,  fans  pain  ,  deux  fois 
chauffé  avec  du  pain.  Le  remède  étoit 
un  opiat  compofé  de  quinquina ,  de 
conferve  d'écorce  d'orange  ,  &  de  fi- 
rop  de  menthe.  Il  avoit  Teftomac  cou- 
vert avec  un  emplâtre  aromatique  j 
on  lui  frottoit  tout  le  corps  avec  une 
flanelle  tous  les  matins  }  il  prenoit  le 
plus  d'exercice  qu'il  pouvoit  à  pied  Se 
à  cheval ,  &  fur- tout  il  vivoit  beau- 
coup en  plein  air.  Sa  foiblefTe  &  {q$ 
maux  de  poitrine  m'empêchèrent  de 
lui  confeiller  les  bains  froids  à  cette 
époque.  Le  fuccès  des  remèdes  fut  tel , 
que  les  forces  revinrent,  l'eftomac  fe 


ZI4  l'Onanis  me. 

rétablit  ;  il  pat  au  bout  d'un  mois  faire 
•une  lieue  de  chemin  à  pied }  les  vomif- 
fements  ceflTerent  entièrement  ;  les  dou- 
leurs de  poitrine  diminuèrent  xoniî- 
dérablement  ,  &c  il  continue  depuis 
plus  de  trois  ans  à  être  dans  un  état 
fort  tolérable  }  il  revint  peu-à-peu  aux 
aliments  ordinaires  3  parce  qu'il  fe 
dégoûta  du  lait. 

Les  parties  génitales  font  toujours 
celles  qui  recouvrent  le  plus  lentement 
leurs  forces  ,  fouvent  même  elles  ne  les 
recouvrent  point 3  quoique  le  refte  du 
corps  paroilfe  avoir  recouvré  les  tien- 
nes ;  l'on  peut  prédire  à  la  lettre  ,  dans 
ce  cas  j  que  la  partie  qui  a  péché  fera 
celle  qui  mourra. 

J'ai  toujours  trouvé  plus  de  facilité 
à  guérir  ceux  qui  fe  font  épuifés  par 
des  grands  excès  en  peu  de  temps ,  dans 
l'âge  fait  >  que  ceux  qui  fe  font  épuifés 
à  la  longue  par  des  pollutions  plus 
rares ,  mais  commencées  dans  la  pre- 
mière jeunefle ,  qui  ont  empêché  leur 
accroiiTement ,  &:  ne  leur  ont  jamais 
•laifTé  acquérir  toutes  leurs  forces.  On 
peut  envifager  les  premiers  comme 
ayant  eu  une  maladie  très  violente  qui 
.a  confumé  toutes  leurs  forces  j  mais 


l'Onanisme.  %  i t 

les  organes  ayant  acquis  toute  leur  per- 
fection ,  quoiqu'ils  aient  beaucoup 
fouffert  5  la  ceflation  de  la  caufe  ,  le 
temps  j  le  régime  ,  les  remèdes  peu- 
vent les  rétablir.  Les  féconds  n'ont 
jamais  laifTé  former  leur  tempéra- 
ment 5  comment  fe  rétablirai ent- ils  ? 
Il  faudroit  que  l'arc  opérât  dans  l'âge 
de  la  maturité  ce  qu'ils  ont  empêché 
la  nature  d'opérer  dans  l'enfance  & 
dans  la  puberté  :  on  fent  combien  cet 
efpoir  eft  chimérique  }  &  les  obferva- 
tions  me  prouvent  tous  les  jours  que 
les  jeunes  gens  qui  fe  font  livrés  à  cette 
fouillure  dans  l'enfance  ,  &  à  l'époque 
du  développement  de  la  puberté  -,  épo- 
que qui  eft  une  crife  de  la  nature  ,  pour 
laquelle  toutes  fes  forces  lui  font  né- 
ceffaires  ,  l'obfervation  me  prouve  , 
dis  je  ,  que  ces  jeunes  gens  ne  doivent 
point  efpérer  d'être  jamais  vigoureux 
&  robuftes,  &  ils  font  très -heureux 
quand  ils  peuvent  jouir  d'une  fanté 
médiocre ,  exempte  de  grandes  mala- 
dies &  de  douleurs. 

Ceux  qui  ne  fe  repentent  que 
tard,  dans  un  âge  où  la  machine  fe  con- 
ferve  quand  elle  eft  bien  montée  ,  mais 
où   elle  ne  répare   que  péniblement  > 


il  6  l'Onanisme, 

ne  doivent  pas  non  plus  avoir  de  gran- 
des efpérances  :  au-defTus  de  quaran- 
te ans  il  eft  rare  de  rajeunir. 

Quand  j'ordonne  le  quinquina  avec 
du  vin ,  je  ne  fais  pas  vivre  unique- 
ment de  lait,  mais  je  fais  prendre  le 
remède  le  matin ,  &c  du  lait  le  foir. 
J'ai  trouvé  quelques  malades  pour  ief- 
quels  il  a  fallu  changer  cet  ordre  :  le 
vin  pris  le  matin  les  faifoit  conftam- 
ment  vomir. 

Quand  j'emploie  les  eaux  minérales , 
j'en  fais  boire  quelques  bouteilles  pu- 
res avant  que  de  les  mêler  avec  du 
lait. 

Quand  le  mal  eft  invétéré  il  dégé- 
nère ordinairement  en  cacochymie  , 
&  il  faut  commencer  par  la  détruire 
avant  que  travailler  au  rétabliffement 
des  forces  :  c'eft  dans  ce  cas  que  les 
évacuants  font  quelquefois  indifpen- 
fablement  nécefTaires ,  &c  opèrent  très- 
efficacement.  Les  fortifiants ,  les  nour- 
riflfants  ,  le  lait ,  ordonnés  dans  ces 
circonftances ,  jettent  dans  une  fièvre 
lente  ,  &  le  malade  perd  {es  forces  à 
proportion  de  Tufage  qu'il  en  fait. 

Quand  des  excès  prompts  jettent 
tout-à-coup  dans  des  foiblelfes  fi  con- 

fidérables  > 


l'Onanisme.  217 

fidérables ,  qu'on  a  lieu  de  craindre  pour 
la  vie  du  malade  ,  il  faut  recourir  aux 
cordiaux  a&ifs  ,  donner  du  vin  d'Ef- 
pagne  avec  un  peu  de  pain  ,  des  bouil- 
lons fucculents  avec  des  œufs  frais  5  met- 
tre le  malade  au  lit ,  &  lui  appliquer 
fur  l'eftomac  des  flanelles  trempées 
dans  du  vin  chauffé  avec  de  la  théria- 
que. 

Dans  les  cas  où  les  excès  vénériens 
ont  occafionné  une  fièvre  aiguë ,  on  ne 
doit  employer  la  faignée  que  quand 
elle  eft  indiquée  par  la  plénitude  &  la 
dureté  du  pouls  ;  ôc  il  vaut  mieux  en 
faire  deux  petites  qu'une  grande.  La 
décoétion  blanche  5  de  l'eau  d'orge 
avec  un  peu  de  lait ,  quelques  prifes 
denitre  ,  des  lavements  avec  une  dé- 
codîon  de  fleurs  de  bon- homme,  quel- 
ques bains  de  pieds  tiedes  ,  8c  pour 
nourriture  des  bouillons  de  veau  fari- 
neux ,  font  les  remèdes  véritablement 
indiqués ,  &c  ceux  qui  ont  réufli  très- 
promptement  dans  les  cas  où  je  les  ai 
employés. 

Les  fymptômes  demandent  rarement 
un  traitement  particulier  ,  &  ils  ce- 
dent  au  traitement  général.  On  peut 
cependant  joindre  quelquefois  les  for- 

K 


1 18         e'Onanis  m  e. 

tifiancs  externes  aux  fortifiants  inter- 
nes 5  quand  on  veut  fortifier  plus  par- 
ticulièrement une  partie ,  ôc  j'ai  Sou- 
vent confeillé  ,  avec  fuccès ,  des  épi- 
thèmes,  ou  des  emplâtres  aromatiques 
fur  Feftomac  y  Ôc  il  n'eft  pas  inutile 
d'envelopper  les  tefticules  dans  une 
fine  flanelle  trempée  dans  quelque  li- 
quide fortifiant,  ôc  de  les  foutenir  par 
l'ufage  d'un  fufpenfoire. 

L'on  peut  placer  ici  ce  que  dit  M. 
Gorter.  »  J'ai  quelquefois  guéri  la  goût- 
»  te  fereine  occafionnée  par  des  excès 
»  vénériens  ,  en  employant  les  forti- 
55  fiants  internes  >  ôc  des  poudres  na- 
»  fales  céphaliques  qui  5  par  l'irrita- 
*>  tion  légère  qu'elles  produifoient  5 
»  déterminoient  un  plus  grand  afflux 
«desefprits  animaux  fur  le  nerf  opti- 
»  que(i). 

Il  feroit  inutile  d'entrer  dans  de 
plus  grands  détails  fur  la  cure  ;  quel- 
qu'étendue  que  je  leur  donnaflTe ,  ils 
ne  pourroient  jamais  fervir  à  guider 
les  malades  fans  le  fecours  d'un  Mé- 
decin ,  pour  lefquels  ilsferoient  inuti- 
les. Je  me  fuis  plus  étendu  fur  le  ré- 

(i)De  peifpir  ,  infenfîb.  p.  514»  f  i  J» 


l'O  N  AN  I  S  M  E.  2I9 

gime  ,  parce  que  ,  quand  le  mal  n'a 
pas  fait  de  grands  progrès,  joint  à  la 
ceiïation  de  la  caufe  ,  il  peut  feul  opé- 
rer la  gucrifon  ,  &c  que  chacun  peut 
s'y  aftreindre  fans  aucun  danger.  Il 
ne  me  refteroit  pour  terminer  cette 
partie  ,  qu'à  joindre  la  cure  préferva- 
toire  ;  j'ai  ferai  que  cet  article  man- 
quoit  à  la  première  édition  de  cet  ou- 
vrage ,  &  que  c'étoit  un  vuide  effen- 
tiel.  Un  homme  célèbre  dans  la  Ré- 
publique des  Lettres  par  {es  ouvrages, 
&  plus  refpedtable  encore  par  fes  ta- 
lents ,  fes  connoiiTances  &  fes  qualités 
perfonnelles  ,  que  par  fon  nom  &  par 
les  emplois  qu'il  remplit  (I  dignement 
dans  une  des  premières  villes  de  Suif- 
fe ,  M.  Ifelin ,  Secrétaire  d'Etat  à  Bafle, 
{  il  voudra  bien  me  permettre  de  le 
nommer  )  ,  m'a  fait  fentir  ce  vuide 
d'une  manière  bien  polie.  Je  rappor- 
terai le  fragment  de  fa  lettre  avec  d'au- 
tant plus  de  plaifir  ,  qu'il  marque  pré- 
cifément  ce  qu'il  faudroit  faire.  Je 
jbuhaiterois  ,  m'écrit- il,  de  voir  de  vo- 
tre main  un  ouvrage  dans  lequel  vous 
expliquiez  Us  moyens  les  plus  fur  s  &  les 
moins  dangereux  ,  par  le/quels  les  pa- 
rents P  pendant  le  temps  de  l'éducation , 


l'Z.0  L    O  N  A  N  I  S  M  E. 

6"  les  jeunes  gens  y  lorfqu  ils  font  aban- 
donnés à  leur  propre  conduite  ,  pour- 
voient le  mieux  fe  prèferver  de  cette  vio- 
lence des  defrs  ,  qui  les  porte  à  des  excès 
dont  naiffent  des  maladies  fi  horribles  % 
ou  à  des  défordres  qui  troublent  le  bon- 
heur de  la  fociété  ,  &  le  leur  propre.  Je 
ne  doute  pas  qu'il  ny  ait  une  diète  quifa- 
vorife  particulièrement  la  continence  ;  je 
crois  quun  ouvrage  qui  nous  Venfeigne- 
voit  y  joint  à  la  dejeription  des  maladies 
produites  par  V impureté ,  vaudroit  les 
meilleurs  traités  de  morale  fur  cette  ma- 
tière, 

II  a  fans  doute  bien  raifon  ;  rien  ne 
feroit  plus  important  que  cette  addi- 
tion qu  il  délire  ;  mais  rien  de  plus 
difficile  en  la  féparant  des  autres  par- 
ties de  l'éducation  ,  non  -  feulement 
médicinale,  mais  morale.  Pour  traiter 
cet  article  à  part ,  fi  l'on  vouloit  le 
traiter  bien  ,  il  faudrait  établir  un 
grand  nombre  de  principes  ,  qui  pro- 
longeraient beaucoup  trop  ce  petit 
ouvrage  3  Se  qui  lui  font  d'ailleurs 
très-étrangers.  Quelques  préceptes  gé- 
néraux ,  ifolés  des  principes  &  des 
divifions  néceflfaires ,  non-feulement 
ieroient  peu  utiles  >  mais  pourraient 


l'Onanisme.  m 

ttieme  devenir  dangereux  •  ainfi  il  vatit 
mieux  renvoyer  ce  traité  ,  à  faire  par- 
tie d'un  plus  confidérable  fur  les 
moyens  de  former  un  bon  tempéra- 
ment ,  &  de  donner  aux  jeunes  gens 
une  fanté  ferme  >  matière  qui  ,  quoi- 
.  que  traitée  par  d'habiles  gens ,  n'efl 
pas  encore  épuifée  ,  tant  s'en  faut ,  & 
fur  laquelle  il  y  a  une  foule  de  chofes 
extrêmement  importantes  à  ajouter  , 
auffi  bien  que  fur  les  maladies  de  cet 
âge.  Ainfi  ,  malgré  moi ,  je  ne  touche- 
rai point  ici  cet  article.  Tout  ce  que  je 
puis  dire,  c'eft  que  l'oifiveté  ,  l'ina- 
ction >  le  trop  long  féjour  au  lit  ,  un  lit 
trop  mol  ,  une  diète  fucculente,  aro- 
matique ,  falée ,  vineufe ,  les  amis 
fufpech  ,  les  ouvrages  licencieux  , 
étant  les  caufes  les  plus  propres  à 
porter  à  ces  excès  ,  on  ne  peut  les  évi- 
ter avec  trop  de  foin.  La  diète  e(t 
fur-tout  d'une  extrême  importance  ,  &c 
Ton  n'y  fait  pas  aflez  d'attention.  Ceux 
qui  élèvent  les  jeunes  gens  devraient 
avoir  préfente  la  belle  obfervation  de 
S.  Jérôme  :  Les  forges  de  Vidcain  ,  Us 
volcans  du  Vèfuve  &  le  mont  Olympe  ne 
brillent  pas  de  plus  de  jlammes  y  que  les 
jeunes  gens  nourris   de  mets  fuccu lents  & 

Kiij 


on  l'Onanisme. 

abreuves  de  vin.  Menjot  ,  l'un  des  Mé- 
decins de  Louis  le  grand  5  dès  le  mi- 
lieu jufqu'à  la  fin  du  (iecle  dernier  , 
parle  de  femmes  que  l'excès  d'hippo- 
cras  jetta  dans  une  extafe  vénérienne* 
L'ufage  du  vin  &  des  viandes  eft  d'au- 
tant plus  fâcheux  ,  qu*en  augmentant 
la  force  des  aiguillons  de  la  chair  ,  il 
afFoiblit  celle  de  la  raifon  ,  qui  doit 
leur  réfifter.  Le  vin  &  les  viandes  hébe- 
untTamt^  dit  Plutarque  dans  fort 
Traité  du  manger  des  viandes ,  ouvrage 
qui  devroit  être  généralement  lu.  Les 
plus  anciens  Médecins  avoient  déjà 
connu  l'influence  du  régime  fur  les 
mœurs  \  ils  avoient  l'idée  d'une  Méde- 
cine morale  ;  &  Galkn  nous  a  laiifé  fur 
cette  matière  un  petit  ouvrage,  qui  eft 
peut-être  ce  que  l'on  a  de  mieux  juf- 
qu'à-préfent.  L'on  fera  convaincu  y 
après  l'avoir  lu  ,  de  la  réalité  de  fa 
promette.  »  Que  ceux  qui  nient  que  la 
«  différence  des  aliments  rend  les  uns 
»  tempérants ,  les  autres  diftolus  ;  les 
»  uns  chaftes  ,  les  autres  incontinents  ; 
»  les  uns  courageux  >  les  autres  pol- 
»  trons  ;  ceux-ci  doux  ,  ceux-là  querel- 
la leurs  y  d'autres  modeftes  ,  des  der- 
"  niers  prefomptueux ,  que  ceux  >  dis- 


l*  Onanisme.  22 


F 


»  je  y  qui  nient  cette  vente  viennent 
35  vers  moi  ,  qu'ils  fuivent  mes  con- 
»  feils  pour  le  manger  5c  pour  le  boi- 
*  re ,  je  leur  promets  qu  ils  en  reti- 
»  reront  de  grands  fecourspour  laphi- 
w  lofophie  morale  ;  ils  fendront  au- 
»  gmenter  les  forces  de  leur  ame  5  ils 
»  acquerront  plus  de  génie  ,  plus  de 
m  mémoire  ,  plus  de  prudence  ,  plus 
»  de  diligence.  Je  leur  dirai  auffi  quel- 
«  les  boi(ïbns  ,  quels  vents ,  quelle  tem- 
»  pérature  de  l'air  5  quels  pays  ils  doi- 
»vent  éviter,  ou  choifir  (1)  »  Hippo- 
cratc  ,  Platon  ,  Ariftotc^  Plutarque  nous 
avoient  déjà  laifTé  de  très-bonnes  cho- 
fes  fur  cette  importante  matière  ;  & 
parmi  les  ouvrages  qui  nous  reftent  du 
Pythagoricien  Porphyre  3  ce  zélé  anti- 
chrétien du  troifîeme  fiecle,  il  y  en  a 
un  de  Vabjlinence  des  viandes  y  dans  le- 
quel il  reproche  à  Firmus  Cajlricius  >  à 
qui  il  PadrefTe,  d'avoir  quitté  la  diète 
végétale  ,  quoiqu'il  eût  avoué  qu'elle 
étoit  la  plus  propre  à  conferver  la  fan- 
ée,  &  a  faciliter  l'étude  de  la  philo- 
fophie  ;  &  il  ajoute,  depuis   que  vous 


(t)  Quod  animi   mores  corporis  temperamenta  fe- 
quantur,  c.  9.   Charterius,  t.  y  ,   p.  457* 

Kiv 


224  L5  O  N  A  M  I  S  M  E* 

mangez  de  la  viande  ,  votre  expérience 
vous  a  appris  que  cet  aveu  étoir  bien 
fondé.  Il  y  a  de  très- bonnes  chofes 
dans  cet  ouvrage. 

Le  préfervatifle  plus  efficace ,  le  feul 
infaillible,  c'eft  fans  contredit  celui 
qu'indique  le  grand  homme  qui  a  le 
mieux  connu  fes  femblables,  &  toutes 
leurs  voies;  qui  a  vu  non- feulement 
ce  qu'ils  (ont,  mais  ce  qu'ils  ont  été, 
ce  qu'ils  doivent  être  ,  &  ce  qu'ils 
pourraient  encore  devenir  ;  qui  les  a 
le  plus  véritablement  aimés  }  qui  a  fait 
les  plus  grands  efforts  en  leur  faveur  ; 
qui  s'eft  facritié  pour  eux ,  qui  en 
a  été  le  plus  cruellement  perfécuté. 
Veille^  avec  foin  fur  le  jeune  homme  , 
ne  le  laifje^  feul  ni  jour ,  ni  nuit  ;  cou- 
che^  tout  au  moins  dans  fa  chambre.  Des 
qu'il  aura  contracte  cette  habitude  %  la 
plus  funefle  a  laquelle  un  jeune  homme 
puiffe  être  ajjujetti  ,  il  en  portera  juf- 
quau  tombeau  les  trijles  effets  ;  il  aura 
toujours  h  corps  &  le  cœur  énervés.  Je 
renvoie  à  l'ouvrage  même  pour  lire 
tout  ce  qu'il  y  a  d'excellent  fur  cette 
matière  (ij. 

(  i  )  Voyez  de  l'Education  ,  t.  z  »  p,  13  t.    t.  3  y  p. 
2.J5  ,  &c. 


l'Onanisme.  22.5 

La  peinture  du  danger  ,  quand  on 
s'eft  livré  au  mal ,  eft  peut-être  le  plus 
puifïant  motif  de  corre&ion  ;  c'eft  un 
tableau  effrayant  ,  bien  propre  à  faire 
reculer  d'horreur.  Rapprochons-en  les 
principaux  traits.  Un  dépériffement 
général  de  la  machine  }  raffoihliife- 
ment  de  tous  les  fcns  corporels  &  de 
toutes  les  facultés  de  Pâme  >  la  perte 
de  l'imagination  &c  de  la  mémoire  5 
l'imbécillité ,1e  mépris,  la  honte,  l'i- 
gnominie qu'elle  entraîne  après  loi  ; 
toutes  les  fondions  troublées  ,  fufpen- 
dues,douloureufes;  des  maladies  lon- 
gues ,  fâcheufes ,  bizarres,  dégoûtantes  ; 
des  douleurs  aiguës  &  toujours  renaif- 
fantes  ;  tous  les  maux  de  la  vieilleffe 
dans  l'âge  de  la  force  }  une  ineptitude 
à  toutes  les  occupations  pour  lesquelles 
l'homme  eft  né  ;  le  rôle  humiliant  d'ê- 
tre un  poids  inutile  à  la  terre  ;  les 
mortifications  auxquelles  il  expofe  jour- 
nellement} le  dégoût  pour  tous  les 
plaifirs  honnêtes  ;  l'ennui  ;  l'averfion 
des  autres  &  de  foi  qui  en  eft  la  fuite  j 
l'horreur  de  la  vie  ,  la  crainte  de  de- 
venir fuïcide  d'un  moment  à  l'autre  ; 
l'angoiflTe  pire  que  les  douleurs  }  les 
remords  pires  que  l'angoiffe  ,  remords 

Kv 


%i6  l'Onanisme. 

qui  ,  croiflant  journellement,  &  pre- 
nant fans  doute  une  nouvelle  force  , 
quand  lame  n'eft  plus  aifoiblie  par  les 
liens  du  corps ,  ferviront  peut-être  de 
fupplice  éternel  3  &  de  feu  qui  ne  s'é- 
teint point  \  voila  Fefquifle  du  fort  ré- 
ferré à  ceux  qui  fe  conduiront  comme 
s'ils  ne  le  craignoient  pas. 

Avant  que  de  quitter  l'article  du 
traitement  2  je  dois  avertir  les  malades , 
(  &  cet  avis  regarde  également  tous 
ceux  qui  ont  des  maladies  chroniques  , 
fur-tout  quand  elles  font  accompa- 
gnées de  foibleffe  )  5  qu'ils  ne  doivent 
point  efpérer  que  l'on  puiife  réparer 
clans  quelques  jours  des  maux  qui  font 
le  produit  des  erreurs  de  quelques 
années.  Ils  doivent  s'attendre  aux  en- 
nuis d'une  cure  longue  ,  &  s'aftrein- 
dre  fcrupuleufement  à  toutes  les  règles 
du  régime  y  fi  quelquefois  elles  paroif- 
fent  minutieufes  ,  c'eft  parce  qu'ils  ne 
font  pas  en  état  d'en  fentir  l'impor- 
tance ;  il  faut  qu'ils  fe  répètent  fans 
cefie,  que  l'ennui  de  la  cure  la  plus 
rigide  eft  fort  inférieur  à  celui  de  la 
maladie  la  plus  légère.   Qu'il  me  foit 

{>ermis  de  le  dire ,  fi  Ton  voit  des  ma- 
adies  curables  qui  ne  guéri(fent  poinc 


l'Onanisme.         227 

parce  qu'elles  font  mal  traitées ,  l'on  en 
voit  aufli  un  grand  nombre  que  Tin- 
docilité  du  malade  rend  incurables  , 
malgré  les  fecours  les  mieux  indiqués 
de   la    part   du  Médecin.   Hippocrate 
exigeoit  ,  pour  mieux  s'alïurer  du  fuc- 
cès  ,  que  le  malade  ,  le  Médecin  &  les 
affiftants  firent  également  leur  devoir  : 
fi  ce  concours  étoit  moins   rare  5  les 
ifïues  heureufes  feroient  plus  fréquen- 
tes.   Que  le  malade  ,  dit  Aretée  >  foit 
courageux  ,    &   qu'il    confpire    avec    le 
Médecin  contre  la  maladie  (1).  J'ai  vu 
les  maladies  les  plus  rebelles  céder  à 
FétablifTement  de  cette  harmonie  ;  Se 
des  obfervations  très-récentes    m'ont 
démontré  que  la  férocité   même  des 
maladies  cancéreufes  cédoit  à  des  cures 
ordonnées  peut-être  avec  quelque  pru- 
dence ,  mais  fur-tout  exécutées  avec 
une  docilité  &  une  régularité  dont  les 
fuccès  font  l'éloge. 

(  1  )  De  diuc.  morb.  1.  i .  pro'ém.  p,  27» 


0^gjf> 


K  vj 


2.2.3  l'O  nanisml 

ARTICLE      IV. 

Maladies  analogues. 

SECTION      XL 
Z^  pollutions  nocturnes. 

J  'ai  montré  les  dangers  d'une  éva- 
cuation trop  abondante  de  femence  par 
les  excès  vénériens  Se  par  la  mafturba- 
tion  y  &  j'ai  dit  au  commencement  de 
cet  ouvrage  qu'elle  fe  perdoit  aufïi  par 
les  pollutions  noélurnes  dans  des  fon- 
ges  lafeifs  ,  &c  par  cet  écoulement  con- 
nu fous  le  nom  de  gonorrhée  (impie  ; 
j'examinerai  brièvement  ces  deux  ma- 
ladies. 

Telles  font  les  loix  qui  unifiTent  Famé 
au  corps,  que  lors  même  que  les  fens 
font  enchaînés  par  le  fommeil ,  elle 
s'occupe  des  idées  qu'ils  lui  ont  tranf- 
mifes  pendant  le  jour. 

Res ,  qti;e  in  vira  ufurpant  homines ,  cogitant  >  cu- 
rant ,  vicient  , 

Quxque  aiunt  vigilantes  agiuntque ,  ea  û  cui  in 
(bmno  accidunt  , 

Minus mirum eit.  Ace, 


l'Onanisme.  219 

Une  autre  loi  Je  cette  union  3  c'eft 
que  fans  troubler  cet  enchaînement  des 
autres  fens ,  ou  ,  pour  ôter  toute  équi- 
voque ,  fans  leur  rendre  la  fenfibilité 
aux  impreflîons  externes ,  i'ame  peut 
dans  le  fommeil  faire  naître  les  mou- 
vements néceflTaires  à  l'exécution  des 
volontés  que  les  idées  dont  elle  s'oc- 
cupe lui  fuggerent.  Occupée  d'idées 
relatives  aux  plaifirs  de  l'amour  3  livrée 
à  des  fonges  lafeifs  >  les  objets  qu'elle 
fe  peint  produifent  fur  les  organes  de 
la  génération  les  mêmes  mouvements 
qu'ils  y  auroient  produits  pendant  la 
veille  5  &  l'a&e  confomme  physique- 
ment 5  s'il  fe  confomme  dans  l'imagi- 
nation. L'on  fçait  ce  qui  arriva  à  Horace 
dans  un  des  gîtes  de  fon  voyage  à 
Brindes. 

Hic  ego  mendaeem  ftuluflïinus  ufque  puellam 
Ad  mediam  not^eai  exfpecfco  :  fomnus  tamen  aufext 
Tntentum  veneri  :  turn  immundo  fomnia  vifu 
Nocturnam  veftem  maculant,  ventremque  fupinum. 

Ces  organes  5  à  leur  tour ,  irrités  les 
premiers  ne  réveillent  quelquefois  que 
l'imagination ,  &  fufeitent  des  fonges 
qui  fe  terminent  comme-les  précédents. 
Ces  principes  fervent  à  expliquer  les 
•différentes  efpeces  de  pollutions . 


230  l'Onanisme, 

La  première  eft  celle  qui  vient  d'une 
furabondance  de  femence  ;  c'eft  celle 
des  gens  à  la  force  de  l'âge ,  qui  font 
fanguins  ,  vigoureux  ,  chartes.  La  cha- 
leur du  lit  venant  à  raréfier  les  hu- 
meurs 5  &la  liqueur  fpermatique  étant 
plus  fufceptible  de  raréfaéHon  qu'une 
autre  ,  les  véficules  irritées  entraînent 
l'imagination  qui  ,  dénuée  des  fecours 
qui  lui  feroient  voir  l'illufîon ,  s'y  li- 
vre toute  entière  ;  Fidée  du  coït  en 
produit  l'effet  dernier  ,  l'éjaculation. 
Dans  ce  cas  cette  évacuation  n'eft  point 
une  maladie ,  c'eft  plutôt  une  crife  fa- 
vorable, un  mouvement  qui  débarraffe 
d'une  humeur  qui ,  trop  abondante  Se 
trop  retenue ,  pourrait  nuire  }  &  quoi- 
que quelques  Médecins  ,  qui  n'ajoutent 
foi  qu'à  ce  qu'ils  ont  vu  ,  l'aient  nié , 
il  n'en  eft  pas  moins  vrai  que  cette  li- 
queur peut  5  par  fon  abondance  ,  pro- 
duire des  maladies  différentes  du  pria- 
pifme  ou  de  la  fureur  utérine. 

Qu'on  me  permette  une  courte  di- 
greflîon  fur  cette  queftion  ;  elle  n'eft 
pas  étrangère  à  monfujet. 

Galkn  nous  a  confervé  l'hiftoire 
d'un  homme  Se  d'une  femme  que  l'ex- 
cès  de  femence  rendoit  malades ,  Se 


l'Omanisme.  23 1 

qui  furent  çuéris  en  renonçant  à  la 
continence  qu'ils  s'étoient  impofée  (  1  )  j 
&  il  regarde  la  rétention  de  cette  hu- 
meur comme  capable  de  produire  des 
accidents  très-fâcheux.  J'ai  vu  à  Mont- 
pellier une  obfervation  femblable  en 
rout  à  celle  de  la  femme  dont  ce  grand 
homme  parle.  Une  veuve  très-robufte, 
âgée  de  près  de  quarante  ans  ,  qui  avoit 
joui  très-fouvent ,  pendant  long-temps  , 
du  phyfique  de  l'amour,  &  quienétoic 
privée  depuis  quelques  années  ,  tom- 
boit  de  temps  en  temps  dans  des  ac- 
cès hyftériques  fi  violents  ,  qu'elle  per- 
doit  l'ufage  des  fens;  aucun  remède 
ne  pouvoit  difliper  les  accès  ;  on  ne 
pouvoit  les  faire  finir  que  par  de  fortes 
frictions  des  parties  génitales,  qui  lui 
procuroient  un  tremblement  convulfif 
fuivi  d'une  abondante  éjaculation  j  ôc 
dans  le  même  inftant  elle  recouvroic 
fes  fens.  L'on  a  publié  depuis  la  pre- 
mière édition  de  cet  ouvrage  trois  ob~ 
fervations  entièrement  analogues ,  l'une 
de  M.  Weber  ,  Médecin  à  Waflrode, 
dans    l'éle&orat    d'Hanovre ,    qui    l'a 


(t  )  De  loris  afFeftis.  I.  S,  0  y,  Charter  ,  t.  7  ,  p> 
5'^ 


i$i  l'Onanisme. 

inférée  dans  un  recueil  de  très-bonnes 
observations  ,  qu'il  publia  fuccefiïve- 
ment  (i)  ;  les  autres  font  de  M.  Bet- 
beder  ,  Médecin  à  Bordeaux  &  fe 
trouvent  dans  le  recueil  que  publia  M. 
Richard  (i).  Elles  concourent  à  prou- 
ver que  les  Médecins  ne  doivent  pas 
perdre  entièrement  de  vue  cette  caufe 
cle  maux  ,  puifqu'elle  fe  préfente  quel- 
quefois. 

Zacutus  Lujîtanus  rapporte  une  ob- 
fervation  très-femblable.  Une  fille  > 
dit  il  y  étoit  dans  un  paroxyfme  con- 
vulfif  très-violent  }  elle  étoufFoit  9  fans 
fentiment  ,  fans  connoiffance  ,  avec 
un  tremblement  général  ,  les  yeux 
fenverfés,  &c.  tous  les  autres  remè- 
des étoient  inutiles  :  je  fis  appliquer 
un  pefifaire  acre  qui  produifît  une  abon- 

(i)  Chrift.  Weber  obfervationum  meâtccrum  faf- 
ciculus  alter .  Cellis  i  7  6  f ,  obferv.  10.  Il  finie  a  in  fi  i'hif- 

toire  de  la  maladie sûbdominis  tandem  mira  ifia 

contraftio  cogitationem  mini  injiciebat,  numne  forfait 
pariium  genitalium  friclio  huic  agrota  eodem  modo  ac 
viduœ  Monfpelienfe  ,  de  qua  ex.  Tijfot  mentionemfecit , 
in  paroxyfmo  conducat,&  ecce..  mulzo  citiàs  acantea  ad 
ft  redibat  virgo,  vividiorque  erat.  Totum  autem  cubi- 
culum  :am  fœtido  &  hircino  replebatur  odore  ,  ut  vite 
perferri  pojfit  ,  anufque  fnUionem  in  œgrâ  exercens  de 
UUo  decedere  deberer. 

(2)  Recueil  d'obfervJtions  de  Médecine  des  Hôpi- 
taux militaires  ,  fait  Se  rédigé  par  M.  Richard  de 
Haut£Sieb.cK  ,  i«-4a.   1766  ,   t.  1  }  p.  181. 


l'  O  N   A  N  I  S  M  É.  13  3 

dante  évacuation  fpermatique  ,  &  elle 
recouvra    fur-le-champ  fes   fens  (1). 
M.  Hoffman  nous  a  aulîi  confervé  l'his- 
toire d'une  Religieufe  qu'on  ne  pou- 
voir   tirer   du    paroxyfme    hyftérique 
qu'en  excitant    la  même   évacuation  3 
&c  Zacutus  9  dans  le   même  ouvrage 
que  je  viens  de  citer  ,  parle  de  deux 
hommes   auxquels  la   fuporeffion   des 
plaifirs  de  l'amour  nuifit  :  l'un  fut  atta- 
qué d'une  tumeur   à  l'ombilic  qu'au- 
cun remède  ne  put  diminuer  >  &  que 
le   mariage    diiîipa  :  l'autre  ,   affoiblï 
par  fes    débauches  en  ce  genre  ,  les 
quitta  tout- à-coup  \  fix  mois    après  il 
eut  des  vertiges  ,  &  bientôt  des  atta- 
ques de  véritable  épilepfie  3  qu'on  at- 
tribua à  un  vice  de  Teftomac  :  on  le 
traita  par  des  ftomachiques  qui  aigri- 
rent le  mal ,  &c  il  mourut  dans  un  vio- 
lent accès.  L'on   trouva  tout  en  bon 
état  dims  le  cadavre  ,  excepté  les  véfi- 
cules  féminales  &  le  candi  déférent  qui 
étoient  remplis  d'un  fperme  verd  5  &c 
ulcérés  dans   pluheurs  endroits  (i)« 
Un  Médecin ,  refpedabie  par  fon 

(1)  Prax.  admirand.  I.  11  9  obf.  &J. 
(1)  Ibid.  obf.  ic<>.   110, 


234  i/  O  N  À  M  I  S   M  E. 

fçavoir  &  par  fon  âge  ,  qui  a  fuivi  long- 
temps les  armées  Autrichiennes  en 
Italie  ,  m'a  dit  avoir  remarqué ,  que 
ceux  des  Soldats  Allemands ,  qui  né- 
toient  pas  mariés  ,  &  qui  vivoient  fa- 
gement  étoient  fouvent  attaqués  d'ac- 
cès d'épilepfie  ,  de  priapifme  3  ou  de 
pollutions  nocturnes  ;  accidents  qui 
venoient  d'une  fécretion  plus  abon- 
dante de  femence  ,  &  peut  être  de  ce 
que  cette  femence  avoit  plus  d'âcreté  , 
dans  un  pays  plus  chaud  ,  &  où  la 
diète  eft  plus  fucculente. 

L'on  a  du  même  Do&eur  ,  Jacques  9 
que  j'ai  cité  dans  le  fécond  article  de 
cet  ouvrage  ,  une  thefe  (i),  dont  M. 
de  la  Meitric  a  donné  la  traduction  (2)  , 
dans  laquelle  il  cite  beaucoup  de  ma- 
ladies produites  par  la  privation  des 
plaifirs  vénériens  ;  &  M.  de  la  Mcttric 
en  indique  une  autre  ,  du  D.  Reneau- 
me,  fur  la  virginité  dauflrale,  donc 
l'objet  eft  le  même. 

M.  Zindel  a  publié  à  Baiîe  ,  une  dif- 
fertation,  dans  laquelle  il  a  recuelli 

0)  An  ex  negato  veneris  ufu  morbi  ,  1712. 

fx)  Pénélope,  0  S  ,   des  qualités  neceffaires  au  Mé- 
iiccin« 


l'O  nanisme.  25c 

les  obfervations  éparfes  des  maladies 
produites  par  une  trop  grande  chafteté 
(1)  ;  &  Ton  peut  placer  ici  ce  que  dit 
M.  de  Sauvages  des  dangers  de  la  cha- 
fteté pour  les  femmes  ,  au  tempéra- 
ment defquelles  elle  ne  convient  pas  ; 
elles  font  d'autant  plus  le:  vidâmes  de 
leur  feu  ,  quelles  cherchent  à  le  cacher 
plus  foigneufement ,  &  elles  tombent 
dans  la  triftefle  ,  i'infomnie,  le  dé- 
goût ,  la  maigreur ,  les  pollutions.  Ii 
ajoute  une  obfervation  qui  fournit 
peut-être  l'exemple  de  la  plus  rude 
épreuve  ,  à  laquelle  le  tempérament 
combattu  ait  jamais  été  expofé ,  c'eft 
celle  d'une  jeune  fille  qui ,  dévorée  par 
fon  feu  y  &c  confervant  fon  ame  pure 
avec  une  force  étonnante  ,  étoit  fujette 
a  des  pollutions ,  même  dans  le  temps 
qu'elle  gémilToir  de  fon  malheur  aux 
pieds  d'un  Confeffeur  décrépit  ôc  dé- 
goûtant (2). 

Une  jeune  femme  qui  êpoufe  un  vieux 
mari  y  difoit  une  nouvelle  mariée  à 
fon  amie  ,  ferait  mieux  de  fe  juter  dans 
la  rivière  avec  une  pierrz  au  coL 

(1)  Nicolaus  ZindeliUS  ,  de  motbis  ex  cafticate  ni- 
mia  orian^is.  Bafïlea? ,    1  745  • 
{%)  Npfolog.  medic.  c.  4 ,  p.  344» 


1*6  L5  O  N  A  N  ï  S  U  H. 

Enfin  ,  fans  parler  de  quelques  au- 
tres ,  M.  Gaubius  met  la  continence 
excefïive  dans  îa  clafTe  des  caufes  de 
maladies.  Il  eft:  rare,  dit -il,  qu'elle 
produife  quelques  maux  ,  on  l'a  vu 
cependant  dans  quelques  hommes  nés 
avec  beaucoup  de  tempérament  ,  & 
qui  forment  beaucoup  defemence  ,  & 
dans  quelques  femmes  (i)  \  il  fait  en- 
fuite  l'énumération  de  ces  maux.  L'on 
ne  doit  donc  point  en  nier  Fexiftence  , 
mais  l'on  peut  en  affirmer  la  rareté  , 
fur- tout  dans  ce  fiecle,  qui  paroît  être 
celui  de  la  foiblefTe  ;  &  l'on  fe  trompe 
tous  les  jours ,  en  attribuant  indiftin- 
6tement  a  cette  caufe  toutes  les  mala- 
dies qui  attaquent  les  personnes  nu- 
biles du  fexe,  &  en  leur  confeillant  le 
mariage  pour  tout  remède  ;  remède 
fouvent  mal  indiqué  &  fouvent  nui- 
fible  ,  parce  qu'il  ne  peut  pas  détruire 
les  vices  qui  entrerenoient  la  maladie  , 
&  qu'il  ne  fait  qu'ajouter  aux  maux 
pafifés  ceux  que  la  groifeffe  &  les  cou- 
ches produifent  ordinairement  dans  les 
perfonnes  languiifantes.  Je  reviens  aux 
pollutions. 

(ï)  Inflicutiones  pathologie^  $.  ^3. 


L*  O  N  À  N  I  S  M  E.  2  37 

L'on  a  vu  que  la  première  efpece  , 
produire  par  une  furaboncîance  de  fe- 
mence  qu'elle  évacue  ,  n'étoit  pas  un 
mal  en  elle-même  j  mais  elle  peut  le 
devenir  en  revenant  trop  fréquem- 
ment, &  lors  même  qu'if  n'y  a  plus 
de  furabondance  nuifibie.  J'ai  déjà  ob- 
fervé  qu'une  évacuation  difpoibit  à 
une  fuivante  3  tant  eft  grande  la  force 
de  l'habitude  ,  qui  coniîfte  en  ce  que 
la  réitération  des  mouvements  les  rend 
plus  faciles  ,  &  qu'ils  fe  produisent 
par  la  plus  légère  caufe  ,  obfervation 
d'une  grande  utilité  pour  l'intelligence 
de  l'économie  animale  ,  fur  laquelle 
Galkn{i\  Se  fur-tout  M.  Maty  (2)  ont 
dit  d'excellentes  chofes  ,  mais  qui  n'a 
cependant  pas  encore  été  pleinement 

(1)  Galenus  Iibro  de  çonfuetudinibus.  Chanter  , 
t.  6  ,  p    >«i. 

(1)  M.  Maty  ,  difTertatio  de  confuecudinis  efficacia 
in  corpus  hurnaïuim  ,  Leid.  1740.  M-  Putatif  aufli 
donné  de -très-bonnes  réflexions  fur  cette  Matière  dans 
fon  traité  de  La  diète  des  fiévreux  ,  p.  $7  ,  &c.  Les  Mé- 
taphysiciens qui  paroi  (Tent  l'avoir  mieux  faille  font , 
M  Locke  ,  Liïay,  &c.  !•  *, '.c.  31.  M.  de  Condillac  , 
Traité  des  animaux  ,  p.  x  ,  c.  %  &  9  j  5c  l'Auteur  ano- 
nyme des  Eléments  de  i'fycologie,  c.  6j  s  62  ,  63  ,  64. 
Je  connois  un  homme  qui,  ayant  été  éveillé,  il  y  a 
plus  de  vingt  ans  ,  à  une  heure  après  minuit  ,  par  le 
bruit  d'un  incendie ,  s'eft  constamment  réveillé  toutes 
les  nuits,  dès  cette  époque,  précifémenc  à  la  même 
jUeurje. 


238  L*  Q  N  A  N  I  S  M  E. 

traitée  ;  Se  il  en  réfulte  cet  inconvé- 
nient y  c'eft  que  les  évacuations  en  de- 
viennent une  fuite  ,  indépendamment 
du  befoin  y  &c  lots  même  qu'il  n'exifte 
pas.  Alors  elles  font  très-fâcheufes  ,  & 
elles  ont  tous  les  dangers  de  l'évacua- 
tion exceflîve  3  procurée  par  d'autres 
moyens.  Satyrus  5  furnommé  Gragropi- 
lex  ,  demeurant  à  Thafus  ,  eut  ,  dès 
l'âge  de  vingt-cinq  ans ,  de  fréquentes 
pollutions  nocturnes  j  quelquefois  mê- 
me la  femence  s'écouloit  pendant  le 
jour.  Il  mourut  de  confomption  dans 
fa  trentième  année  (i). 

M.  Zimmermann  me  parle  d'un 
homme  d'un  très-beau  génie  ,  à  qui  les 
pollutions  avoient  fait  perdre  toute 
l'adtivité  de  fon  efprit ,  &  dont  le  corps 
étoit  exactement  dans  l'état  décrit  par 
Boerkaave.  L'on  a  vu  ,  page  1 1  ,  les 
maux  que  M.  Hoffman  obferva  après 
des  pollutions.  Les  fymptômes  les  plus 
ordinaires  ,  quand  le  mal  n'a  pas  fait 
encore  de  bien  grands  progrès  ,  c'eft 
un  accablement  continuel  5  plus  consi- 
dérable le  matin,  &  de  vives  douleurs 
de  reins.  L'on  me  confulta  ,  il  ya  quel- 

(i)Epidcm,  1.  6  ,  f.  S  ,n.  5*1  F°ïs-  «*>•• 


l'Onanisme.  2^9 

ques  mois,  ponr  un  vigneron  âgé  de 
cinquante  ans,  très-robufte  aupara- 
vant ,  &  que  des  pollutions  fréquentes 
depuis  trois  ou  quatre  mois,  avoient 
fi  prodigieufement  affoibli  ,  qu'il  ne 
pouvoit  travailler  que  quelques  heures 
par  jour  ,  fouvent  même  il  en  étoit 
empêché  par  des  douleurs  de  reins  qui 
le  retenoient  au  lit ,  &  il  maigriffoit 
journellement.  Je  donnai  quelques 
confeils,  dont  j'ai  ignoré  l'exécution 
&  l'effet. 

J'ai  connu  un  homme  devenu  fourd 
pendant  quelques  femaines ,  après  un 
long  rhume  négligé,  qui  ,  quand  il 
avoir  une  pollution  nodturne  ,  étoit 
beaucoup  plus  fourd  le  lendemain  , 
avec  beaucoup  de  mal-aife  j  &c  un  au- 
tre affoibli  par  plufieurs  caufes,qui, 
après  la  pollution  5  fe  réveille  dans  un 
fi  grand  accablement  &  un  engourdif- 
fement  fi  générai ,  qu'il  eft  comme  pa- 
ralytique pendant  une  heure,  èc  fort 
abattu  pendant  plus  de  vingt-quatre. 

L'on  peut  mettre  dans  cette  pre- 
mière claffe  les  pollution-  de  ceux  qui 
ayant  été  accoutumés  à  ie  fréquentes 
emiffions  5  les  fufpendent  tout-à-coup. 
Telles  étoient  celles  d'une  femme  dont 


140  l'O  n  anïsme, 

parle  G  alun  ;  elle  étoit  dans  le  veuvage 
depuis  quelque  temps  5  &  la  rétention 
A\x  fperme  lui  procuroir  des  maladies 
de  l'utérus  \  elle  eut ,  dans  le  fommeil , 
d  3s  mouvements  des  lombes  ,  des  bras 
Se  des  jambes  qui  étoient  convulfifs, 
&qui  furent  accompagnés  d'une  émif- 
fîon  abondante  de  fperme  épais,  avec 
la  même  fenfation  que  dans  le  coït  (i). 
Une  danfeufe  fut  blelTée  par  hazard 
près  du  fein  gauche  fort  légèrement  ; 
le  Chirurgien  lui  preferivit  une  diète 
a(Tez  févere  ,  &c  lui  défendit  les  plai- 
iîrs  dont  elle  étoit  en  ufage  de  jouir 
fouvent.  La  troifîeme  nuit  de  cette  pri- 
vation ,  à  laquelle  elle  fe  fournit  en 
négligeant  la  diète  ?  elle  eut  une  pol- 
lution ,  qui  revenant  plufieurs  fois  tou- 
tes les  nuits  fuivantes  ,  la  maigtifïoient 
à  vue  d'oeil ,  &  lui  caufoient  des  vio- 
lents maux  de  reins.  La  plaie  ne  laif- 
foit  pas  que  de  guérir  ,  &  l'eût  été 
tout-à-fait  fi  elle  s'éroit  ménagée  pour 
les  aliments  &  la  boifion.  Le  Chirur- 
gien ferme  dans  f^s  principes  ,  conti~ 
nuoit  fon  interdiction  ,  la  faignoit  Se 
la  purgeoit.  Ennuyée  &  afFoiblie  ,  elle 


(i)Defemine.l,  i ,  ch-  i,  Cherté*.,  t.  $  ,  p.  **5« 

laifla 


l'Onanisme.  241 

laiifa  les  remèdes ,  reprit  fon  ancien 
train  ,  la  foiblefTe  &  les  douleurs  fe 
diiîiperent  bien  vite. 

Mais  qu'on  fe  garde  bien  de  con- 
clure de  cette   observation  l'inutilité 
du  précepte  des  plus  grands  maîtres  en 
chirurgie  ,  qui,  fondés  fur  d'autres  ob- 
fervations ,  interdifent  févérement  le 
coït  aux  blefiTés  $  il  n'y  a  point  de  prati- 
cien qui  n'ait  pùfe  convaincre  par  foi- 
même    combien    il   leur  eft  nuifible. 
J'en  rapporterai  un  feul  exemple  dans 
lequel  la  mafturbation  fut  mortelle  5  & 
dont  G.  Fabrice  de  Hllden  nous  a  con- 
fervé    Thifloire.    Cofme   Slctan    avoir 
coupé  la  main  à  un  jeune  homme  qui 
l'avoit  eu  meurtrie   par  un  coup  de 
feu  ;  comme  il  le  connoifToit  très-ar- 
dent ,  il  lui  défendit  févérement  tout 
commerce  avec  fa  femme  >  qu'il  aver- 
tit auffi  du  danger.   Mais  quand  tous 
les  accidents  furent  diffipés,  &  que  la 
guérifon  étoit  en  bon  train  ,  le  ma- 
lade fe  fentant  des  defirs  auxquels  fa 
femme  ne  voulut  pas  répondre  ,  il  fe 
procura,  fans  coït  ,  une  émiffion  de 
femence  ,  qui  fut  immédiatement  fui- 
vie  de  fièvre  ,  de  délire ,  de  convul- 
fions,  &  d'autres  accidents  violents  > 

L 


142  l'Onanisme. 

dont   il    mourut    au  bout  de  quatre 
jours  (i). 

J'ai  vu  un  jeune  marié  qui  ,  fe  jet- 
tant  étourdiment  du  fiege  d'un  cabrio- 
let, tomba  à  côté  j  la  roue  de  derrière 
lui  pafTa  fur  le  pied  ,  entre  le  talon  ëc 
la  cheville }  il  n'eut  ni  fracture,  ni 
luxation  ,  mais  une  forte  contufion  ;  fe 
trouvant  bien  au  bout  de  cinq  jours  > 
il  fe  conduisit  comme  s'il  n'eût  point 
eu  d'accident.  Deux  heures  après,  toute 
la  jambe  enfla  ,  avec  des  douleurs 
inouïes ,  8c  une  forte  fièvre  qui  dura 
près- de  trente  heures.  Revenons. 

Ce  que  j'ai  dit  au  commencement  de 
c  eue  fe&ion  ,  fur  la  liaifon  entre  les 
rêves  èc  les  idées  dont  l'ame  s 'eft  occu- 
pée pendant  le  jour ,  fert  à  expliquer 
pourquoi  les  mafturbateurs  font  fi  fujets 
aux  pollutions  nodurnes  :  leur  ame , 
occupée  pendant  tout  le  jour  d'idées 
vénériennes  ,  ie  repréfente  pendant  la 
nuit  les  mêmes  objets  ,  6c  le  fonge  laf- 
tif  eft  fuivi  d'une  évacuation  qui  eft 
toujours  prête  à  fe  faire  quand  les  or- 
ganes ont  acquis  un  degré  confidérable 
d'irritabilité. 

(i)0bfervat.Chhur§.cent.  l«  obf.  lu 


l'Onanisme.  24$ 

11  eft  important  de  prévenir  de 
bonne  heure  les  progrès  de  l'habitude  ; 
Se  ,  quelle  que  foit  la  première  caufe 
des  pollutions ,  de  ne  pas  les  laifTer  in- 
vétérer.  Quand  elles  ont  duré  long- 
temps elles  fe  guériffent  très-difficile- 
ment. //  n'y  a  point  de  maladie  ,  dit  M. 
Hoffman  ,  qui  tourmente  plus  les  mala- 
des ,  Gr  donne  plus  de  peines  aux  Méde- 
cins ,  que  les  pollutions  nocturnes  qui  ont 
duré  long-temps  ,  &  qui  font  devenues 
habituelles  ,  fur  -  tout  fi  elles  reviennent 
tous  les  jours.  L'on  emploie  les  meilleurs 
remèdes  prefque  toujours  inutilement  9 
fouvent  même  ils  font  plus  de  mal  que 
de  bien  (1). 

Tous  les  Médecins,  qui  ont  écrit 
fur  cette  maladie  ,  en  ont  dit  la  guéri- 
fon  très-difficile,  &  tous  les  Médecins, 
qui  ont„eu  occalîon  de  la  traiter,  l'ont 
éprouvé  eux-mêmes,  &  l'on  ne  doit 
point  en  être  furpris.  A  moins  que  l'on 
ne  pût  ou  redonner  aux  organes  leur 
force  ,  &  diminuer  leur  irritabilité 
pendant  le  temps  qui  s'écoule  entre 
deux  pollutions ,  ce  qui  eft  impoflible  , 
ou  prévenir  tout-à-coup  le  retour  des 

f  0  Conf.  los. 


244  i/  O  N  A  N  I  S  M  E. 

fonges  lafcifs  ,  ce  qui  n'eft  pas  plus 
aifé  ,  on  doit  être  fur  que  la  pollution 
reviendra,  &  qu'elle  détruira  prefque 
tout  le  bien  que  peut  avoir  opéré  la 
petite  quantité  de  remède  qu'on  a  em- 
ployée depuis  la  dernière  :  on  ne  peut 
donc  gagner  d'une  pollution  à  l'autre 
qu'un  infiniment  petit ,  &  il  faut  en 
accumuler  un  grand  nombre  avant  que 
d'obtenir  un  effet  fenfible. 

Cœlius  Aurdianus  a  raflfemblé  tout 
ce  que  les  anciens  ont  dit  de  mieux 
fur  le  traitement.  Il  veut  i°.  que  le 
malade  évite  autant  qu'il  eft  pofîible 
toute  idée  vénérienne  \  20.  qu'il  foit 
couché  fur  un  lit  de  matière  dure  &c 
rafraîchiflante }  qu'il  applique  fur  {qs 
reins  une  mince  plaque  de  plomb  -y 
qu'il  applique  fur  toutes  les  parties  qui 
font  le  tîege  delà  maladie  >  des  épon- 
ges trempées  dans  de  l'eau  &  du  vinai- 
gre ,  ou  des  cîiofes  rafraîchiflantes  , 
comme  les  balauftes ,  l'acacia  ,  l'hypo- 
cifte,  le  pyllium  ;  30.  qu'il  ne  faiTe 
ufage  que  d'aliments  &  de  boiflon  qui 
rafraîchiiïent  &  qui  reflferrent.  11  lui 
confeille  40.  les  fortifiants  ,  50.  l'ufage 
du  bain  froid  ,  6°.  de  ne  jamais  fe  cou- 
cher fur  le  dos  ,   mais  toujours  fur  le 


l'Onanisme.  145 

coté  ou  fur  le  ventre.  Ce  confeil  eft 
plein  cle  bonnes  chofes  ;  mais  voyons 
pins  diftin&ement  qu'elle  eft  l'indica- 
tion qui  fe  préfente.  C'eft  de  dimi- 
nuer la  quantité  de  la  femence  ^  &c  de 
prévenir  les  rêves. 

La  diète  &  le  régime  général  font 
beaucoup  plus  propres  à  la  remplir  que 
les  remèdes.  Les  aliments  les  plus  con- 
venables font  ceux  qui  font  tirés  du 
règne  végétal ,  les  légumes  &  les  fruits. 
Parmi  les  viandes  5  celles  qui  contien- 
nent le  moins  de  fubftanee.  Dans  l'une 
&  l'autre  claffe  ,  il  faut  faire  choix  de 
ceux  qui  n'ont  aucune  âcreté.  L'on  a 
déjà  vu  plus  haut  l'influence  de  ce  ré- 
gime fur  la  tranquillité  du  fommeil  ^ 
on  ne  peut  trop  le  recommander  aux 
perfonnes  affligées  de  pollutions  noc- 
turnes ,  à  qui  cette  tranquillité  eft  (î 
néçelTaire.  Elles  doivent  fur- tout  re- 
noncer au  fouper  ,  ou  au  moins  ne  fou- 
per  que  très-légérement  j  cette  feule 
attention  contribue  plus  à  opérer  la 
guérifon  que  cous  les  remèdes. 

J'ai  vu,  il  y  a  plusieurs  années,  un  jeu- 
ne homme  qui  avoit  prefque  toutes 
les  nuits  une  pollution  nodturne  >  & 
qui  avoit  déjà  eu  quelques  accès  de  co- 

L  iij 


1^6  l'Onanisme. 

chemar.  Un  Chirurgien  barbier  lui  or- 
donna de  boire   en  fe  couchant  quel- 
ques verres  d'eau  chaude  ,  qui  lans  di- 
minuer les  pollutions ,  augmentèrent 
la  dernière  maladie  ;  les   deux   maux 
fe   réunirent  &    revinrent    toutes  les 
nuits  ;  le  phantôme  du  cochemar  étoit 
une  femme  qui  occafionnoit  en  même 
temps  la  pollution.    Affoibli  par  cette 
double   maladie  ,   &  par  la  privation 
d'un  fommeil  tranquille,  ilmarchoit  à 
grands  pas  vers  une  confomption    Je 
lui  ordonnai  de  ne  prendre  à  fouper 
qu'un  peu  de  pain  &  quelques  fruits 
cruds,   de  fouper  de  bonne  heure,  &c 
de  prendre  ,  en  entrant  au  lit ,  un  ver- 
re d'eau  fraîche  avec  quinze  gouttes 
de  liqueur  anodyne  minérale  d'Hoff- 
man.     Il  ne  tarda  pas  à  reprendre  un 
fommeil  tranquille  >  les  deux  maladies 
fe  dilîiperent    entièrement ,  &  il  re- 
couvra bientôt  fes  torces. 

Les  viandes  indigeftes ,  les  viandes 
noires  ,  fur-tout  le  foir  ,  font  un  véri- 
table poifon  pour  ce  mal  ;  &  ,  je  le 
répète  ,  fi  l'on  ne  prend  pas  le  parti  de 
fouper  très-peu  &  fans  viande,  les  au- 
tres remèdes  ne  font  d'aucune  utili- 
té. Le  vin,  les  liqueurs,   le  café  nui- 


l'Onanisme.  247 

fent  par  plufïeurs  endroits.  La  meil- 
leure boiiîbn  eft  l'eau  pure,  fur  cha- 
que bouteille  de  laquelle  on  peut  dif- 
ioudre  avec  fuccès  une  dragme  de  ni  - 
tre.  J'ai  cependant  vu  ,  il  n'y  a  pas 
long-temps  ,  un  malade  à  qui  le  nitre 
nuifoit ,  en  lui  procurant  de  plus  fré- 
quentes pollutions  :  j'attribuai  cet  effet 
à  deux  caufes  ;  l'une ,  c'eft  qu'il  avoir 
les  nerfs  très  foibles  ,  &  dans  ces  tem- 
péraments le  nitre  agit  comme  irri- 
tant ;  l'autre,  c'eft  qu'il  augmentoit 
considérablement  les  urines  }  la  vefîie 
fe  rempliftoit  plus  promptement  pen- 
dant la  nuit,  &  l'on  fçait  que  laten- 
fion  de  la  veftie  eft  une  des  caufes  dé- 
terminantes des  pollutions. 

Le  précepte  ,  que  donne  Cœlïks 
d'éviter  les  lits  mous  ,  eft  de  la  plus 
grande  importance  ;  il  n'y  faut  point 
fouffrir  de  plume  \  îa  paille  feroit  de 
beaucoup  à  préférer  au  crin,  &  j'ai  vu 
quelques  malades  qui  fe  font  bien 
trouvés  de  couvrir  le  matelas  d'un 
cuir.  Le  confeil  de  ne  pas  fe  coucher 
fur  le  dos  eft  également  nécefïaire  ; 
cette  fituation  nuit  en  contribuant  à 
rendre  le  fommeil  plus  agité  ,  &c  en 
échauffant  davantage  les  parties  géni- 

Liv 


248  i/    O  N  A  N  I  S   M  £. 

taies.  Enfin  comme  Phabitude  a  ici 
une  très  -  grande  influence  ,  &c  qu'il 
importe  de  la  rompre  5  l'obfervation 
fuivante  pourra  fournir  un  moyen  d'y 
réuflïr.  Je  la  tiens  d'un  Italien  refpec- 
table  par  fes  vertus ,  &  Pun  des  plus 
excellents  hommes  que  je  me  rappelle 
d'avoir  vus.  11  meconfultoit  pour  une 
maladie  très-différente  }  mais  afin  de 
mieux  m'inftruire  il  me  fit  toute  Phif- 
toire  de  fa  fanté.  Il  avoit  été  incommo- 
dé ,  cinq  ans  auparavant  ,  de  pollu- 
tions fréquentes  qui  Pépuifoient  tota- 
lement. Il  réfolut  fortement  le  foir  de 
fe  réveiller  au  premier  moment  où 
une  femme  frapperoit  fon  imagina- 
tion ,  &  s'occupa  long-temps  de  cette 
idée  avant  que  de  s'endormir.  Le  remè- 
de eut  le  plus  heureux  fuccès  ;  Pidée  du 
danger  &  la  volonté  de  fe  réveiller 
unies  étroitement  la  veille  à  Pidée 
d'une  femme  ,  fe  reproduifirent  au 
milieu  du  fommeil  en  même  temps 
que  cette  dernière  }  il  fe  réveilla  à 
temps  y  &  cette  précaution  réitérée 
pendant  quelques  foirs  diiîipa  le 
mal.  (1) 

(i>   J'ai  vu  des   jeunes  gens  qui  avant  efTayS  de  fc 
ïkilu  verge  le  foir  s'en  font  bien  trouvés  i  il  y  en  a 


L*  O   N  A  N  I  S  ME.  249 

Mais  que  ces  deux  derniers  cas  n'in- 
fpirent  pas  trop  de  fécunté ,  il  en  eft 
contre  lefquels  les  meilleurs  remèdes 
échouent  ;  celui  que  M.  Haffman  rap- 
porte (1)  en  eft  un  exemple}  &  Ton 
doit  d'avance  donner  aux  malades 
l'avis  qu'il  donnoir  au  fien  ;  c'eft  que  > 
fans  une  longue  perfévérance  dans 
l'ufage  des  remèdes ,  on  ne  doit  en 
attendre  aucun  effet ,  ou  plutôt  ,  dans 
ce  cas  où  le  régime  eft  l'eftentiel ,  ce 
n'eft  fouvent  qu'en  l'obfervant  long- 
temps  qu  on  peut  éprouver  un  toula- 
gemenc  fenfible.  Si  l'on  emploie  des 
remèdes  ils  doivent  être  fondés  fur  la 
même  indication  que  le  régime.  Il  n'y 
a  pas  long-temps  que  j'ai  vu  une  fai- 
gnée  aflez  abondante  emporter  le  mal. 
Les  poudres  mtreufes  ,  la  limonade, 
les  efprits  acides  ,  les  laits  d'amandes 
peuvent  être  d'ufage. 

M.  Hoffnan  employa  pour  le  ma- 
fturbateur  qui ,  après  avoir  quitté  fes 
infamies,  tomba  dans  des  pollutions  , 
la  poudre  fuivante. 

eu  d'autres  pour  qui  cet  expédient  a  été  inutile     L'on 
a  l'obligation  à  M.   Zit$-er  ,  Médecin  à  Vinthretour, 
d'avoir   imaginé  une  machine  dont  il    m'a  envoyé  un 
modèle  qui  m'a  parupiopre  à  remplit  Ton  but. 
(1)  Caf.  102. 

Lv 


2jo  l'Onanu  m  ]F. 

ç>.  C.  C.  pphice  ppati.  ojjis  fepice  a  a 
une.  S.  fuecini  cum  inflillat.  olci  tartar. 
per  deliquium  ppat.  dr.  II.  cafear.  dr.  I. 
dont  il  prenoit  une  dragme  le  foir  avec 
de  l'eau  de  cerifes  noires;  le  matin 
les  eaux  de  Selter  &  le  lait  \  pour  boif- 
ion  une  ptifane  de  fantal,  de  racines  de 
chine,  de  chicorée  >  de  feorfonere  &c 
de  cannelle.  Moyennant  ces  feccurs^ 
&  une  diète  convenable  ,  le  malade 
guérit  en  quelques  femaines.  M.  Zim- 
mermann  a  guéri  ,  par  l'ufage  de  la 
même  poudre,  des  pollutions  très-fré- 
quentes yfuivies  des  langueurs  ordinaires  , 
£*  qui  avoient  duré  quelques  années  ,  che^ 
un  jeune  homme  de  vingt-un  ans.  Il  n'eft 
pas  aifé  d'expliquer  comment  cette 
poudre,  qui  n'eft  qu'un  fimple  abfor- 
bant  ,  fait  du  bien  ;  mais  j'ai  vu  de 
bons  effets  du  camphre. 

Une  autre  efpece  de  pollutions  , 
ce  font  celles  des  hypochondriaques. 
La  circulation  chez  eux  fe  fait  lente- 
ment, fur-tout  dans  les  veines  du  bas- 
ventre  ;  par-là  même  les  parties  d'où 
elles  rapportent  le  fang  font  fouvent 
engorgées  ;  les  nerfs  font  aifement  mis 
en  mouvement;  leurs  humeurs  ont  un 
cara&ere  d  acreté  très-propre  à  irrite  i 


l'  O   N  A  N  I  S  M  Es  15Î 

leur  fommeil  eft  ordinairement  trou- 
blé par  des  fonges  :  voila  bien  des  rai- 
fons  de  pollution  ;  auffi  ils  y  font  ex- 
trêmement fujets.  L'imagination ,  dit 
M.  Boerhaave  produit  Jouvent pen- 
dant U  fommeil  des  èmifflons  de  femence. 
Les  gens  de  lettres  les  plus  affîdus  >  &  les 
rateleux  -,  font  fujets  à  cet  accident  ,  & 
V écoulement  de  la  femence  efl  fouvent 
fi  confidèrable  quils  tombent  dans  Va- 
trophie  (1).  Cette  maladie  a  pour  eux 
des  fuites  d'autant  plus  fâcheufes  qu'ils 
ne  fe  livrent  jamais  à  quelques  excès 
dans  ce  genre  fans  en  être  extrême- 
ment incommodés.  M.  Fleming  Ta  heu- 
reufement  exprimé  ; 

Non  veneri  crebro  licet  unquam  impunèlitare. 

Il  n'y  a  qu'un  moyen  de  curation  9 
c'eft  d'attaquer  la  maladie  principale. 
L'on  commence  par  détruire  les  engor- 
gements, enfuite  l'on  emploie  les  bains 
rroids  ,  &  cette  falutaire  écorce  que 
Dieu  veuille  nous  conferver.  C'eft  alors 
véritablement  le  cas  de  ces  deux  puif- 
fants  remèdes  ,  auxquels  on  peut  quel- 
quefois allier  le  mars.   Si  les  attentions 

(1)  Iu&iiut.  $.  776. 

L  v  j 


1^1  L    O  N  A  N  ï  S  M  K, 

fur  le  choix  des  aliments  font  nécef- 
faires  dans  tous  les  cas  ,  elles  le  font 
plus  particulièrement  dans  celui-ci. 
Les  hypochondriaques  font  générale- 
ment très  -  mal  les  digeftions  ;  les 
aliments  mal  digé'és  produifent  des 
gonflements  flatueux  qui  ,  troublant  la 
circulation,  les  difpofent  aux  pollu- 
tions de  deux  façons:  i°.  en  gênant  le 
Teour  du  fângdans  les  veines  génita- 
les; 2°.  en  troublant  la  tranquillité  dit 
fbmmeil  ,  Se  en  difpofant  par-là  mê- 
me aux  rêves.  L'on  fent  par  là  la  rai- 
ion  de  la  défenfe  que  Pythagoh  faifoit 
à  fes  difcipLes  de  manger  des  aliments 
flatueux  ?  qu'il  regardoit  avec  raifon 
comme  nuifibl  s  ,  tant  à  la  netteté  & 
à  la  force  des  fonctions  de  l'ame ,  qu'à 
la  chafteté.  Outre  les  deux  raifons  que 
j'en  ai  données,  pourrois- je  hazirder 
d'en  indiquer  une  troifieme  ,  que  j'ai 
eu  fortement  lieu  de  foupçonner  chez 
deux  ma  ades  ?  C'eft  l'expaniion  de 
l'air  ,  dégagé  dts  fluides ,  dansles  corps 
caverneux  5  ce  qui  produifoit  une  érec- 
tion 8c  le  prurit  vénérien.  Perfonne 
n'ignore  que  toutes  nos  liqueurs  font 
imprégnées  de  ce  fluide  ,  mais  que  tant 
qu'elles  fontparfakemenr  faines  y  il  y 


l5  Onanisme.  ijj 

eft  comme  incarcéré  &c  privé  de  toute 
ckfticité.  De  grands  Phyficiens  a  voient 
cru  qu'il  n'y  avoit  que  deux  moyens 
de  la  lui  rendre  ;  un  degré  de  chaleur 
plus  considérable  qu'on  ne  l'obferve 
jamais  dans  le  corps  animal  ,  &  la 
putréfa&ion.  Mais  une  foule  d'obfer- 
vations  de  maladies  ,  produites  par  l'air 
ainfi  dilaté  ,  ont  prouvé  qu  indépen- 
damment de  ces  deux  caufes  il  y  avoir 
d'autres  altérations  dans  les  fluides  qui 
opéroientle  même  effet;  &c  ces  altéra- 
tions paroiffent  plus  fréquentes  chez 
les  hypochondriaques  :  ainfî  il  n'eft 
point  étonnant  que  les  corps-  caver- 
neux foient  le  fîege  de  ce  développe- 
ment d'air  maladif  ^  il  n'y  a  au  con- 
traire point  de  partie  qui  paroiffe  de- 
voir y  être  plus  expofée  -y  &  fi  l'on  n'y 
a  pas  fiic  attention  plutôt  ,  c'eft  vrai- 
femblablement  manque  d'obfervateurs 
plutôt  que  d'obfervations.  Celles-ci 
font  fentir  toute  la  néceiïïté  d'éviter 
ces  aliments  qui,  plus  chargés  d'air 
que  les  autres  ,  incommodent  &t  par 
celui  qui  s'en  fépare  dans  les  premiè- 
res voies  ,  &  par  celui  qu'ils  portent 
dans  le  fang.  Tout  le  monde  fçait  que 
la  bière  nouvelle  3  qui  eft    extrême- 


254  1*On  AKÎSMfi. 

ment  flatueufe,  occafïonne  de  violentes 
érections  y  Se  j'ai  vu  depuis  la  dernière 
édition  de  cet  ouvrage  >  que  M,  Thie- 
ry  y  un  des  plus  fçavants  Médecins  ,  & 
des  plus  célèbres  Praticiens  de  France, 
a  connu  ces  érections  flatueufes. 

L'on  peut  placer  ici ,  comme  ana- 
logue à  cette  dernière  efpece  de  pollu- 
tion ,  &c  attaquant  principalement  les 
mélancholiques  ,  une  maladie  qu'on 
pourroit  appeller  fureur  génitale  ;  elle 
diffère  du  priapifme  &  du  fatyriafis  } 
je  la  peindrai  par  une  obfervation  que 
j'avois  déjà  publiée  dans  la  première 
édition  latine  de  cet  ouvrage  ,  &  omis 
dans  la  françoife.  Un  homme  âgé  de 
cinquante  ans  en  étoit  atteint  depuis 
plus  de  vingt-quatre  ,  &  dans  ce  long 
terme  il  n'avoit  pas  pu  fe  paflTer  vingt- 
quatre  heuresvde  femme  ou  de  l'hor- 
rible Supplément  de  TOnanifme  }  &  il 
réitéroit  ordinairement  les  aéles  plu- 
sieurs fois  par  jour.  Le  fperme  étoit 
acre  ,  ftérile  ;  l'évacution  tres-prompte. 
Il  avoit  les  nerfs  excefîivement  aflfoi- 
blis  ,  des  accès  de  mélancholie  8c  de 
vapeurs  très  -  violents  ,  les  facultés 
abruties ,  l'ouïe  tres-pefante ,  les  yeux 
extrêmement  foibles  :  il  eft  mort  dans 


l'Onanisme.  25  j 

l'état  le  plus  trifte.  Je  ne  lui  ai  jamais 
confeillé  de  remèdes  ;  il  en  avoit  pris 
un  grand  nombre  ;  plufieurs  ne  lui 
avoient  rien  fait }  tous  ceux  qui  étoient 
chauds  lui  avoient  nui  ;  le  ieui  quin- 
quina infufé  dans  du  vin,  que  lui  avoit 
ordonné  M.  Alblnus  >  Tavoit  foulage; 
&  l'autorité  de  ce  grand  Médecin  eft 
un  nouveau  témoignage  bien  refpec- 
table  en  faveur  de  ce  remède.  On 
trouve  parmi  les  confultations  de  M. 
Hoffman  un  cas  à  peu  près  femblable  ^ 
le  prurit  vénérien  étoit  prefque  con- 
tinuel ,  &  l'âme  oc  le  corps  étoienc 
également  énervés  (1). 


SECTION     XII. 

Gonorrkée  fimple. 

JLj  A  Gonorrhée  ,  dit  Galien  qui  ne 
connoiflfoit  que  la  (impie ,  efi  un  écou- 
lement de  femence  fans  érection.  Plufîeurs 
auteurs  de  tous  les  fiecles  en  parlent, 
ôc  Moïfe  ,  le  plus  ancien  de  tous.  L'on 

(  1)  Confuk.  centt  i  &  3  >  oper.  t.  3  ,  p.  214* 


1^6  HUMANISME. 

trouve  dans  les  obfervarions  d'Tfippo- 
crate  l'exemple  d'un  montagnard  , 
dont  la  maladie  paroît  avoir  été  un 
marafme ,  &  qui  avoir  un  écoulement 
involontaire  d  urine  &  de  femence  (i). 
M.  Boerhaave  paroît  cependant^ mettre 
cette  maladie  au  nombre  des  chofes 
douteufes.  On  lit,  dit-il,  dans  quel- 
ques livres  de  médecine ,  que  la  femence 
s'efl  quelquefois  écoulée  fans  qu  on  fait 
fende.  Mais  cette  maladie  doit  être  très- 
rare  ,  &  je  nefçache  pas  que  la  femence 
fe  foit  écoulée  fans  que  que  chatouillement y 
ou  ce  net  oit  pas  delà  vraie  femence  fé- 
parée  dans  les  tejlicules  ,  &  accumulée 
dans  les  véficules  féminaires  ,  quoique 
f  aie  vu  la  liqueur  des  prof  aies  s*  écoukr\  2). 
Cette  autorité  eft  fans  doute  bien  ref- 
pedable  ;  mais  outre  que  M.  Boerhaa- 
ve ne  décide  point  pofitivement ,  il  a 
contre  lui  tous  les  Médecins  \  &  pour 
ne  point  fortir  de  fon  école ,  l'un  de 
fes  plus  îliuftres  difciples  ,  M.  Gau- 
bius ,  admet  l'évacuation  de  femence 
fans  fen'ation.  Mes  propres  obferva- 
tions    ne    me  laifTent  pas   douter  de 

(1)  rpid.  1.  6  ,  f.  3  ,  n°.   13,  Fois   i  173. 
(i)  Ibid,  LaMETTKH  ,    t.  7,  p.  114. 


L'UN   ANISM  E.  2y7 

l'exiftence  de  Tune  &  de  l'autre  mala- 
die. J'ai  vu  des  hommes  qui,  après 
une  gonorrhée  virulente  ,  après  des 
excès  vénériens  >  ou  des  mafturbations , 
avoient  un  écoulement  continuel  par 
la  verge  ,  mais  qui  ne  les  rendoit  pas 
incapables  d'ére&ion  &  d'éjaculation  : 
ils  fe  plaignoient  même  qu'une  feule 
éjaculation  les  affoibliflToit  plus  qu'un 
écoulement  de  quelques  femaines  5 
preuve  évidente  que  la  liqueur  de  ces 
deux  évacuations  n'étoit  pas  la  même , 
&  que  celle  qui  fort  par  la  gonorrhée 
ne  vient  que  des  proftates ,  de  quel- 
ques autres  glandes  qui  entourent  i'u- 
rethre  ,  des  follicules  répandues  dans 
toute  fa  longueur  ,  ou  enfin  des  vaif- 
féaux  exhalants  dilatés.  J'en  ai  vu 
d'autres  qui  avoient ,  comme  les  pre-* 
miers  >  un  écoulement  qui  les  alfoi- 
bliiïoit  beaucoup  plus  >  qui  les  rendoit 
incapables  de  tout  prurit  vénérien  ,  de 
toute  ére&ion  ,  &  par  -  là  même  de 
toute  éjaculation  ,  quoique  les  tefticu- 
les  ne  parurent  point  hors  d'état  de 
faire  leurs  fondions.  Il  me  paroît  dé- 
montré que  dans  ces  derniers  la  vraie 
femence  tefticulaire  s'écouloit  fans 
fenfation.    Et   quand    on  connoît   la 


258  l'Onanisme, 

ftructure  des  parties  génitales,  Ton  le 
perfuadera  aifément  que  la  première 
maladie  doit  être  beaucoup  plus  fré- 
quente que  la  dernière  ,  mais  Ton 
comprendra  très -bien  l'exiftence  de 
celle-ci.  Les  auteurs  exacts  ont  appel- 
lé  gonorrhée  vraie  celle  dans  laquelle 
ils  ont  cru  que  la  matière  de  l'écoule- 
ment étoit  la  vraie  femence,  &  l'autre 
gonorrhée  bâtarde  ou  catarrhale.  M.  Mor  ■ 
gœgni ,  dont  le  fuffrage  eft  d'un  fi  grand 
poids  ,  admet  l'écoulement  de  l'une 
&de  l'autre  humeur  ,  $c  il  me  fembîe 
qu'on  ne  peut  pas  le  révoquer  en 
doute  fi). 

Les  dangers  de  cet  écoulement  font 
très-confidérables;  Ton  a  vu,  p.  7  ,  le 
tableau  qixArétée  en  fait  :  comment , 
dit-il  au  même  endroit ,  ne  feroiton 
pas  foible  ,  quand  ce  qui  fait  la  force  de 
la  vie  fe  perd  continuellement.  La  feule 
femence  ejl  ce  qui  fait  la  force  de  l  hom- 
me. Celfe  5  qui  vivoit  avant  Aritci  , 
dit  pofitivement  que  l'écoulement  de 
femence  fans  fenfation  vénérienne  me- 
né à  la  confomption  (2).  Jean  }  fils  de 


(0  De  fedib.  &  cv)C.  morbor,  epift.   44  ,  §.   16. 
(1)  Ds  Meiicina  l.  4  ,  c.  zi , 


l'Onanisme.  259 

Zacharie ,  plus  connu  fous  le  nom 
d'Acluarius  ,  dans  l'ouvrage  qu'il  com- 
pofa  en  faveur  de  PAmbàïïadeur  que 
l'Empereur  de  Conftantinople  en- 
voyoit  dans  le  Nord  ,  penfe  comme 
les  auteurs  que  j'ai  déjà  cités*  Si  l'é- 
coulement de  femence  qui fe  fait  fans  érec- 
tion &  fans  fenfation  dure  quelque  temps  y 
il  produit  né  clairement  la  confompùon 
&  la  mort  5  parce  que  la  partie  la  plus  bal- 
fornique  des  humeurs  ,  6*  tes  efprits  ani- 
maux fe  dïfjîpent  (  1  ). 

Les  Auteurs  les  plus  modernes  pen~ 
fent  comme  les  anciens.  Tout  le  corps 
maigrit ,  dit  Sennert  5  &  fur- tout  le 
dos  ;  les  malades  deviennent  foibles  % 
fecs  ,  pales  ;  ils  ïanguijfent  ;  ils  ont  des 
douleurs  de  reins  ;  les  yeux  fe  creufent(i). 
M.  Boerhaave  range  cette  gonorrhée 
parmi  les  caufes  de  la  paralyfîe  ;  6c 
l'on  remarquera  que  dans  cet  endroit 
il  admet  la  gonorrhée  de  véritable  fe- 
mence.  »  La  paralyfie  ,  dit-il  ,  qui 
55  vient  de  la  gonorrhée  ,  efl:  incura- 
»  ble  parce  que   le  corps    eft   épui- 

(  1  )  Medicus ,  fîve  de  mechodo  medendi.  1.  i  9  c.  t  z  « 
(z)  Praxis  medica.  1,  3  ,  part.  5? ,  fedt.  i,  c.  4. 


160  l'Onani  s  m  e. 

«fé  (i)  ».  Ou  trouve  dans  une  très- 
bonne  diiïertation  de  M.  Koempf  des 
obfervations  fort  intéreirantes(i). 

Cette  maladie    peut    dépendre    de 
plufieurs  caufes   éloignées.    La    caufe 
prochaine  eft  prefque  toujours    com- 
binée d'un  vice  dans  les  liqueurs  qui 
s'écoulent ,   qui    font  trop    ténues   & 
fouvent  trop  acres  ,   Se  d'un  grand  re- 
lâchement des  parties.   Le  vice  des  li- 
queurs dénote  un  défaut  d'élaboration 
qui  dépend  d'une  foiblefTe  générale, 
qui  exige  les  toniques  que  la  foiblef- 
fe  des  organes  indique  auffi  }  les  cir- 
conftances  concourantes  décident  fur 
le  choix.  Il  feroit  hors  de  place  d'en- 
trer ici  dans  tous  ces  détails  ,  fur  lef- 
quels  on   trouvera  de  bonnes    chofes 
dans  plufieurs  auteurs  3     &  fur -tout 
dans  Senncrt  ,     l'auteur    du   meilleur 
abrégé  de  médecine  pratique  qu'on  ait. 

(i)  De  morb.  nervor.  p.  71/7.  Cet  ouvrage  ,  recueilli 
de  fes  leçons  depuis  i7?o  jufques  à  1735  ,  &  poité* 
rieur  par-là  même  ,  de  quelques  années ,  aux  leçons 
recueillies  par  M.  de  Haller  ,  prouve  que  m.  Boek- 
haave  avoir  changé  de  fentim-n.  fui  la  poiTîbilicé de 
la  gonorrhée  vraiment  féminale  ,  c\.  Ton  fçait  que  ce 
grand  homme  écoir  toujomsprêt  à  abjurer  les  ancien- 
nes idées  pour  en  adopter  de  nouvelles  ,  dès  qu'il  ètoic 
convaincu  qu'elles  croient  plus  juiïes 

(2)  G  L.  Koempf  de  niotbis  ex  atrophia.  Basl.  1756. 


L    O  N   A  N  I  S  M  E.  Z6  I 

Les  mêmes  remèdes  ,  indiqués  dans 
Le  courant  de  cet  ouvrage  contre  les 
autres  fuites  de  la  pollution  ,  le  font 
contre  celle-ci }  le  bain  froid  ,  le  quin- 
quina ,  le  mars  ,  les  autres  robo- 
rants  (i).  M.  Boerhaave  difque l'hépa- 
tique produit  d'excellents  effets  ,  (  egre- 
g'ios  fane  prœflat  ufus  )  dans  la  gonor- 
rhee  invétérée  qui  dépend  du  relâche- 
ment des  organes  (*).  Quelquefois 
pour  détourner  la  tendance  que  l'ha- 
bitude donne  aux  humeurs  fur  la  mê- 
me partie  5  on  peut  commencer  par 
quelques  laxatifs  :  il  y  a  même  de 
grands  Médecins  qui  leur  ont  attribué 
une  efficacité  prefque  fpécifique  con- 
tre cette  maladie  ;  l'expérience  ,  plus 
encore  que  la  raifon ,  m'a  prouvé  le 
contraire.  Et  ceux  qui  fe  donneront  la 
peine  de  lire  les  auteurs  que  j'ai  noni- 

(i)  Je  crois  cependant  devoir  avertir  que  quoique 
les  fortifiants  foient  les  remèdes  le  plus  généralement 
indiqués  dans  ce  cas  ,  il  y  a  fouvent  des  exceptions  > 
j'ai  vu  de  ces  maux  très-invétérés  ,  dont  la  longueur 
dépendoit  de  l'état  continuel  de  légère  phîogofe , 
dans  lequel  ces  organes  fe  trouvoient  ,  8c  j'ai  guéri 
les  malades  par  l'ufage  des  delayaots  les  plus  doux, 
genre  de  cure  que  j'ai  fouvent  employé  avec  le  même 
fuccès  dans  les  maladies  de  Turethre  les  plus  fâcheu  • 
fes  ,  &  les  plus  rebelles,  fur  lefquelies  je  m'étendrai 
■peut  être   davantage  quelque  jour. 

(i)  Hiiloria  pianurum ,   &c.  p.  SU 


Zijl  L    O  N  A  N  I  S  M  E. 

sues  plus  haut ,  verront  qu'ils  n'ordon- 
nent rien  de  laxatif. 

Aciuarius  ordonne  des  chofes  qui  for- 
tifient fans  échauffer  (  i  ). 

Arétée  ,  qui  veut  qu'on  y  remédie 
inceffamment,  vu  le  danger  dont  elle 
menace  ,  n'ordonne  que  des  fortifiants  , 
î'abftinence  des  plaifîrs  de  l'amour  ,  &c 
le  bain  froid  (i). 

Celfe  5  des  ouvrages  duquel  l'un  & 
l'autre  ont  profité ,  ordonne  des  fri- 
ctions ,  &  fur- tout  le  bain  d'eau  extrê- 
mement froide  •  (  natationefque  quàm  fri- 
gidifjîmœ  )  ;  il  veut  que  tout  ce  qu'on 
mange  &  qu'on  boit  on  le  prenne  froid  ; 
qu'on  évite  tous  les  aliments  qui  peu- 
vent engendrer  des  crudités ,  des  vents , 
&  augmenter  Tâcreté  de  la  femence. 
Fernel  ordonne  des  aliments  fuccii- 
lents  ,  aifés  à  digérer  ,  &  des  éleétuai- 
res  reftaurants  (3). 

Si  la  promeffe  de  Langius  ,  qui  ofoit 
Jurer  que  Us  purgatifs  &  la  diète  guéri- 
roient  ente  maladie^  eft  vraie,  ce  ne  peut 
être  que  dans  le  cas  où  elle  feroit  pro- 

(1)  Ibid    I-  4,  c.  8. 
(3)  Oper.  omn.  p.  f<*4« 


h    O   N    A    N   I  S  M  E.  l6$ 

duite  par  une  mauvaife  diète  qui  au- 
roit  donné  lieu  à  des  obftru&ions  dans 
le  bas-ventre  ,  &  fait  dégénérer  toutes 
les  humeurs  ,  fans  que  les  folides  euf- 
fent  encore  reçu  d'atteintes  bien  con- 
fidérables  ;  &  il  n'a  eu  en  vue  que  ce 
cas  ,  car  s'ils  avoient  reçu  une  atteinte 
un  peu  confidérable  5  les  purgatifs  de- 
vroient  nécessairement  être  aidés  par 
les  roborants.  Telle  étoit  la  gonorrhée 
cjue  Régis  obferva ,  Se  dont  Craanen 
nous  a  confervé  le  détail.  Un  homme  7 
dit -il  ,  d'un  tempérament  pituiteux  , 
ayant  fait  long- temps  ufage  d'aliments 
humectants  9  fut  attaqué  d'un  écoulement 
d'une  humeur  aqueufe  ,  crue  ,  vifqueufc  y 
qui  for  toit  fans  fentiment.  Il  maigriffoit  , 
j es  yeux  fe  cav oient ,  il  perdoit  tous  les 
jours  fes  forces.  Régis  commença  par  les 
purgatifs  pour  évacuer  ces  humeurs  pitui- 
teufes  ;  enfuite  il  lui  ordonna  les  forti- 
fiants ,  &c  des  aliments  defTéchants  ; 
enfin  fi  cela  ne  fufïïfoit  pas  ,  il  confeil- 
loit  un  cauftique  à  chaque  jambe  (i). 
Mais  cette  méthode  des  purgatifs  ne 
peut  jamais  convenir  quand  cette  ma- 

(i)  Voyez  J.   7m  Makgeti  ,    Bibliothcca  medico- 
pra&ica.  t.  z  ,  p.  6i$. 


2^4  l'Onakism  £. 

iadie  eft  la  fuite  des  excès  vénériens  , 
<$c  qu'elle  dépend  ,  comme  die  Sen- 
NhRT  ,  de  la  foiblejje  que  les  véficules 
féminales  ont  contractée  par  les  alterna- 
tives fi  fréquentes  de  réplétion  &  d'ina* 
ni  don. 

Le  détail  de  quelques  cas  fera  mieux 
faifir  la  véritable  curation. 

Timée  en  fournit  un  qui  ne  peut  être 
mieux  placé  qu'ici.  Un  jeune  homme  , 
dit- il ,  étudiant  en  Droit ,  d'un  tempéra- 
ment fanguin  ,  Je  polluoit  manuellement 
deux  ou  trois  fois  par  jour ,  &  quelque- 
fois plus  jouvent:  il  tomba  dans  une  go- 
norrhée  ,  accompagnée  d'une  foïbleffe  de 
tout  le  corps.  Je  regardai  la  gonorrhée 
comme  une  juite  du  relâchement  occa- 
jîonné  dans  les  vaiffeaux  féminaux  y  &  la 
foiblejje  dépendoit  de  la  fréquente  ejfu- 
fon  de  femence  5  qui  avoit  diffipé  la  cha- 
leur naturelle  ,  amaffé  des  crudités ,  léfé 
le  genre  nerveux  >  abruti  Came  ,  affoibli 
tout  le  corps.  Il  lui  ordonna  un  vin  for- 
tifiant avec  les  aftringents  &  les  aro- 
matiques infufés  dans  le  gros  vin  rouge \ 
un  opiat  de  même  nature  .,  &  un  on- 
guent compofé  d'huile  de  rofes  ,  de 
maftic  ,  de  nitre,  de  bol  d'arménie, 
de  terre  ïigillée  ,  de  balauftes  &  de  cire 

blanche. 


l'Onanisme,  1&5 

blanche.  Le  malade  fut  guéri  au  bout 
d'un  mois  de  ce  mal  honteux  ,  &  je  £  aver- 
tis de  s'abflenir  à  l'avenir  de  cette  in- 
fâme débauche  ,  &  defefouvenir  de  la  me- 
nace de  /'Eternel  ,  qui  exclut  les  mois 
du  Royaume  des  deux.  Cor  1  ,  c.  £.  (1). 
Un  des  meilleurs  Médecins  que  nous 
ayons  en  Suifle  5  me  marque  M.  Zim- 

MERMAN  ,     M.    G.    M.      WEPFLR      de 

Schaffoufe  5  dont  l'autorité  ne  peut  être 
que  d'un  très- grand  poids  ,  affure  avoir 
guéri  un  écoulement  continuel  defemence  , 
fidte  de  la  maflurbation  ,  par  le  fecours 
de  la  teinture  de  mars  de  Ludovtci. 
M.  Weslin  y  de  Zurçach  y  ma  confirmé 
la  même  chofe  fur  fa  propre  expérience. 
Pour  moi  ,  ajoute  mon  ami  ,yV  n'en  ai 
pas  vu  dïauffi  bons  effets. 

M.  le  ProfefTeur  Stehelin  parie  d'un 
homme  lettré  qui  étoit  affligé  d'une 
effufion  involontaire  de  femence  ,  fans 
idées  vénériennes ,  Se  qu'il  a  guérie  par 
l'ufage  d'un  vin  avec  le  mars  &  le 
quinquina.  Les  remèdes  5  de  entr'autres 
les  eaux  de  Swalbach  ,  &  la  douche 
d'eau  froide  fur  le  pubis  &  le  périnée  , 
n'eurent  pas  les  mêmes  fuccès  chez  un 


(i)  Ibid.  p.  614. 

M 


i66  l'Omanis  m  i. 

jeune  homme  qui  s'étoit  attiré  ce  mal 
par  la  mafturbation.  Il  ajoute  que  M. 
le  Do&eur  Bongars  3  fameux  Praticien 
à  Mafeyck  ,  a  guéri  deux  perfonnes 
attaquées  d'une  débilité  des  véficules 
féminales,  en  leur  faifant  prendre  trois 
fois  par  jour  huit  à  dix  gouttes  de  lauda- 
num liquide  de  Sydenham  dans  une 
taife  de  vin  de  Pontac  >  6c  en  leur  fai- 
fant boire  une  décodtion  de  falfepa- 
reille.  M,  Stehdin  remarque,  que  quoi- 
que l'opium  foit  un  remède  contraire 
aux  indications  ,  il  a  cependant  été 
confeillé  par  Ettmuller  contre  tcjacu- 
lation  trop  prompte  qui  dépend  d'une 
femence  trop  fpiritueufe.  Qu'il  me  foit 
permis  d'ajouter  ,  qu'en  examinant  at- 
tentivement le  confeil  de  ce  fameux 
Praticien  ,  &  en  comparant  la  nature 
du  mal  ,  dans  certains  cas  ,  avec  les 
effets  de  l'opium,  on  concevra  aifément 
que  ce  remède  peut  quelquefois  être 
utile  ,  mais  non  pas  dans  le  cas  dans 
lequel  il  le  confeillé.  Il  diftingue  avec 
beaucoup  de  foin  les  différentes  efpe- 
ces  d'écoulement ,  il  affigne  les  cau- 
fes  &  le  traitement  de  chaque  efpe- 
ce  }  8c  paffant  enfuite  à  l'éjaculation 
qui  vient    dès  le  commencement  de 


L    O  N  A  N   I  S  M  E.  l6j 

l'érection ,  nimis  citam  ,  il  en  donne 
deux  caufes  ;  i°.  le  relâchement  àzs 
véfîcules  féminales  ;  i°.  une  liqueur 
féminale  trop  bouillante  ,  trop  fpiri- 
tueufe  &  trop  abondante  }  c'eft  dans 
ce  cas  qu'il  ordonne  l'opium  (i).  Mais 
à  quel  titre  î  L'opium  ,  dont  la  vertu 
aphrodifîaque  eft  fî  bien  démontrée , 
vertu  qii  Ettmuler lui-même  indique,  & 
dans  fon  petit  ouvrage  fur  ce  remède  , 
&  dans  l'endroit  même  où  il  donne  ce 
confeil ,  ne  peut  qu'augmenter  la  cau- 
ie  de  la  maladie ,  &  par-là  même  en 
aggraver  les  fymptômes.  Les  cas  où 
il  eft  utile ,  c'eft  au  contraire  quand 
les  humeurs  font  crues  3  ténues ,  aqueu- 
£es ,  8c  les  nerfs  en  même  temps  ex- 
ceffivement  mobiles.  L'on  fçait  qu'il 
remédie  à  ces  différents  accidents  , 
qu'il  fufpend  l'irritabilité  ,  &  qu'il 
arrête  toutes  les  évacuations ,  excep- 
té latranfpiration.  Mais  >  on  ne  peut 
trop  le  redire,  l'on  doit  être  atten- 
tif à  ne  l'ordonner  qu'à  propos ,  fans 
quoi  il  deviendroit  nuifible.  M.  TraL- 
les ,  dans  fon  excellent  ouvrage  fur  ce 
remède  ,  nous'  fournit  une  obferva- 
tion  ,   &c  l'on  en  trouve  de   fembla- 

(a)  Colleg.  praft.  fpeciale.  ci,  t.  i  ,  p.  455- 

Mij 


±6%  l'Onanisme, 

blés  ailleurs ,  qui  doit  nous  obliger  à 
beaucoup  de  circonfpe&ion.  Un  hom- 
me ,  dit-il,  qui ,  dès  fa  jeunefTe ,  avok 
eu  du  penchant  aux  pollutions  ,  ce  qui 
l'avoit  rendu  extrêmement  foible ,  ne 
prenoit  jamais  de  l'opium  >  foit  pour 
modérer  une  toux  ou  une  diarrhée  , 
ou  dans  queîqu'autre  but  5  qu'il  n'eût 
pendant  la  nuit  y  ôc  à  fon  grand  dom- 
mage ,  des  fcnges  lafcifs  accompagnés 
d'une  émiiîion  fpermatique(i).  Qu'on 
me  permette  une  réflexion  qui  fe  pré- 
fente naturellement ,  c'eft  que  l'erreur 
à'Ettmulkr  prouve  bien  évidemment  y 
i°.  combien  une  théorie  exaéxe  a  d'in- 
fluence fur  la  pratique  qui  5  fans  fon 
fecours  ,  ne  peut  être  que  très-fouvent 
faufle  &  erronée  y  i°.  combien  par-là 
même  un  homme  ?  qui  réunit  l'une  &c 
l'autre  ,  doit  avoir  d'avantages  fur  ce- 
lui qui  n'eft  guidé  que  par  quelques 
obfervations ,  ou  qui  fe  livre  aune 
théorie  fyftématique  \  enfin  ,3°.  com- 
bien la  lecture  des  meilleurs  auteurs 
de  pratique ,  qui  ont  été  dénués  de 
cette  théorie  exacte  due  à  notre  fiecle5 
peut  tromper  ceux  qui  5  en  les  lifant , 

(1)  Ufus  opii  falubris  Ôc  noxius.  p.  131* 


l'Onanisme.  16? 

ne  peuvent  avoir  qu'une  foi  implici- 
te ,  &  qui  ignorent  ces  principes  ,  qui 
doivent  fervir  de  pierre  de  touche  > 
pourdifcerner  en  médecine  ce  qui  eft 
de  bon  ou  de  mauvais  aloi. 

Je  finirai  par  deux  de  mes  obferva- 
tions  ;  un  plus  grand  nombre  feroit 
fuperflu. 

Un  jeune  homme  de  vingt  ans,  qui 
avoit  eu  le  malheur  de  fe  polluer  ,  étoit 
attaqué  depuis  deux  mois  d'un  écoule- 
ment muqueux  continuel ,  &  de  pol- 
lutions nocturnes  >  de  temps  en  temps , 
accompagnées  d'un  épuifement  confi- 
dérable  ^  il  avoit  de  fréquents  de  vio- 
lents maux  d'eftomac  ;  il  fe  fentoit  la 
poitrine  extrêmement  foible  ,  &c  fuoit 
très-aifément  }  je  lui  ordonnai  l'opiat 
fuivant. 

j^l.  Condit.  rofar.  rubr.  une.  III.  con- 
clue anthos.  cor  t.  peruv.  au  une.  I.  maf- 
tiecs  dr.  IL   cath.  dr,  L    olei.   cinnam* 
gtt.  III.  Jtrup.  cort.  aur.  q.  f.  f.  eUciuar. 
Jblid. 

Il  en  prenoit  un  quart  d'once  deux 
fois  par  jour.  Au  bout  de  trois  femai- 
nes  il  fe  trouva  bien  à  tous  égards  ;  & 
l'écoulement  n'avoir  plus  lieu  qu'après 
les  pollutions  noéturnes  >  qui  étoient 


270  l'Onanisme. 

beaucoup  moins  fréquentes  ;  la  conti- 
nuation du  même  remède  ,  pendant 
quinze  jours ,  le  remit  tout-à  fait. 

Deux  époux  étrangers ,  que  je  n'ai 
jamais  connus  ,  attaqués  prefque  dans 
le  même  temps,  &  bien  fûrs  qu'il  n'y 
avoit  point  de  virus  ,  d'un  écoulement 
accompagné  de  foiblelfe  &  de  douleurs 
tout  le  long  de  l'épine  du  dos ,  ne  pou- 
voient  accufer  que  des  excès  conju- 
gaux ;  l'écoulement  étoit  beaucoup 
plus  confidérable  chez  le  mari.  Ils 
avoient  effayé  différents  remèdes  très- 
inutilement  ,  &  entr'autres  des  pilu- 
les mercurieiles  qui  avoient  augmen- 
té l'écoulement }  ils  me  firent  consul- 
ter. Je  leur  ordonnai  les  bains  froids  9 
un  vin  de  quinquina  ,  d'acier  &  de 
fleurs  de  rofes  rouges }  ils  prirent  ré- 
gulièrement le  remède  j  c'étoit  dans 
l'été  de  1758  j  les  pluies  continuelles 
rendoient  l'ufage  des  bains  de  rivière 
très-difficile  ;  la  femme  n'en  prit  que 
deux  ou  trois ,  le  mari  une  douzaine  ; 
au  bout  de  cinq  femaines  ils  me  firent 
dire  qu'ils  étoient  prefque  totalement 
rétablis  ;  j'ordonnai  la  continuation 
jufques  à  parfaite  guérifon  ,  qui  ne 
tarda  pas. 


l'Onanisml  171 

Ces  fuccès  heureux  ne  peuvent  point 
fervir  à  fonder  un  pronoftic  général  & 
favorable  ;  cette  maladie  eft  le  plus  fou- 
vent  extrêmement  rebelle,  quelquefois 
même  incurable.  Je  n'en  donnerai 
qu'un  feul  exemple,  mais  démonftra- 
tif.  Un  des  plus  grands  Praticiens  qu'il 
y  ait  aujourd'hui  en  Europe,  &  qui  en- 
richit la  Médecine  par  des  ouvrages 
tous  excellents ,  eft  affligé,  depuis  plus 
de  quinze  ans  ,  d'une  gonorrhée  (Im- 
pie ,  que  tout  fon  art  &c  celui  de  quel- 
ques autres  Médecins  qu'il  a  confultés 
n'ont  pu  difîiper  }  cette  trifte  incom- 
modité le  confume*peu  à  peu  ,  &  fait 
craindre  de  le  perdre  long-temps  avant 
le  terme  auquel  il  feroit  à  fouhaiter 
qu'il  parvînt  ,  &  auquel  il  pourroit 
parvenir  dans  le  cours  ordinaire  des 
chofes. 

ïl  seroit  inutile  de  m'étendre 
davantage  ;  j'ai  tâché  de  ne  rien  omet- 
tre de  ce  qui  peut  ouvrir  les  yeux  des 
jeunes  gens  fur  les  horreurs  de  l'abyfme 
qu'ils  fe  préparent.  J'ai  indiqué  les 
moyens  les  plus  propres  à  remédier 
aux  maux  qu'ils  fe  font  attirés  ;  je  finis 
par  réitérer  ce  que  j'ai  déjà  dit  dans  le 


1-J1  L5  O  N  A  N   I  S  M  Ë. 

cours  de  cet  ouvrage,  que^ Quelques 
cures  heureufes  ne  fervent  pas  à  leur 
faire  illufion  :  le  mieux  guéri  recouvre 
difficilement  fa  première  vigueur  , 
&  ne  conferve  une  fanté  payable  qu'à 
force  de  ménagement  \  le  nombre  de 
ceux  qui  reftent  dans  la  langueur  eft 
décuple  de  ceux  qui  guérilTent  ;  &  quel* 
ques  exemples  de  gens,  ou  qui  n'a- 
voient  été  que  peu  malades ,  ou  chez 
lefquels  un  tempérament  plus  vigou- 
reux a  pu  fe  relever  plus  aifément  3  ne 
doivent  point  être  regardés  comme 
faifant  une  règle  générale. 


■"        Non  benè  ripas  crcditur  ; 

Ipfe  arieseliam  nunc  vellera  ficcat. 

F    i    N, 


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